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EUROPE - TURQUIE

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  L'Europe serait-elle en Asie ?

   
Henri Froment-Meurice (*)
(Ouest-France - 19/10/2009)

 

À entendre les arguments des partisans de l'adhésion de la Turquie à notre Union européenne, l'on en vient à se poser cette question. Pour eux, l'appartenance de la Turquie à l'Europe relève de l'évidence : la Turquie a, en Europe, une partie de son territoire ; elle contrôle les détroits ; avec Istanbul, elle est l'héritière de Byzance ; elle siège au Conseil de l'Europe ; au sein de l'Union européenne, elle ne pourra qu'évoluer vers nos valeurs de démocratie et de laïcité ; la rejeter en ferait un voisin hostile et favoriserait la poussée de l'islamisme.

Mais tous ces arguments pèsent bien peu face à une réalité plus dominante : la Turquie n'est pas d'Europe. Certes, elle a conservé, avec Istanbul et la Thrace orientale, l'ultime reste d'un Empire ottoman contre lequel les Européens, François Ier excepté, n'avaient cessé de lutter pour l'en repousser. Encore peut-on rappeler qu'elle n'y est demeurée que par la grâce de Lénine : si celui-ci n'avait pas conclu, le 3 mars 1918, une paix séparée avec Guillaume II, la Russie serait restée dans une coalition d'autant plus victorieuse et Constantinople lui serait revenue conformément aux accords conclus entre les Alliés pendant la guerre.

Cependant, ce territoire ainsi conservé ne représente que 3 % de la superficie totale du pays et 10 % de sa population. Et pour cause puisque tout le reste se trouve en Asie où la Turquie voisine avec la Syrie, l'Irak, l'Iran, l'Arménie, la Géorgie. Il en résulte que, si elle est, à tous égards, une vraie puissance, elle exerce son influence bien moins en Europe qu'en Asie : sur le Caucase, au Proche et au Moyen-Orient, et, bien au-delà, en Asie centrale, dans un espace largement turcophone. C'était d'ailleurs pour consolider le front caucasien face à l'Union soviétique que nous avions accepté, dès les années 1950, son adhésion à l'Alliance atlantique.

Au-delà de toute discussion sur la compatibilité du régime turc, tel qu'il évolue actuellement, avec les valeurs de l'Union européenne, la question fondamentale est donc de savoir si celle-ci, en laissant la Turquie adhérer, doit devenir une puissance qui ne serait plus seulement voisine de l'Asie, mais qui serait territorialement implantée en Asie et impliquée dans tous les problèmes que suscite ce voisinage, qu'il s'agisse, entre autres, des rapports étroits de la Turquie avec Israël, de la douloureuse question kurde ou des séquelles du génocide arménien (même si un rapprochement entre Erivan et Ankara s'esquisse).

En vérité, il est vital, pour l'avenir de notre Union européenne, qu'elle ne s'étende ni en Asie ni sur l'autre rive de la Méditerranée. Ce serait trahir sa vocation historique que de lui faire franchir les frontières du continent européen. Et que le président Obama qui, comme son prédécesseur, George W. Bush, plaide pour l'adhésion de la Turquie, veuille bien ne pas se mêler de ce qui ne regarde pas les États-Unis d'Amérique !

 

(*) Ambassadeur de France.
             


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