hautdroite2.gif (179 octets)

Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

OLUSUM / GENESE  -  EXTRAITS DE LA REVUE

--- Retour---

"L'art de la calligraphie turque"

Ugur DERMAN

extrait de notre revue bilingue
"OLUSUM/GENESE"
N° 66-67

OLUSUM/GENESE N°66-67
 
L’art n’est jamais le monopole d’une société. Mais lorsqu’une société l’a marqué de son empreinte, l’art devient une des expressions de son identité.

Les Turcs ottomans ont eu un tel art, la calligraphie. Sans qu’elle soit turque, les Ottomans l’ont adoptée avec une ferveur toute religieuse et une grande inspiration, créant des merveilles. La calligraphie turque est une création artistique exceptionnelle.


Quand nous parlons de cette calligraphie, nous avons à l’esprit une écriture fondée sur les lettres de l’alphabet arabe, d’une très grande qualité esthétique. L’acquisition de traits propres à cet alphabet s’est faite assez lentement au début, puis le processus s’est accéléré à partir du milieu du VIIIe siècle. Au Xe siècle, à l’époque où les Turcs adoptèrent l’islam, la calligraphie était déjà une forme d’art reconnue. Aussi nous paraît-il nécessaire, tout d’abord, de donner un bref aperçu de la formation des caractères arabes et de leur évolution au cours des premiers siècles de l’islam.

De l’alphabet à l’art

«La calligraphie est une géométrie conçue par l’esprit à partir d’éléments matériels.» Cette rapide définition qui figure dans les premiers textes islamiques a servi de guide aux progrès constants de la calligraphie.


D’origine phénicienne, les caractères arabes étaient à l’origine appelés nabatî parce qu’ils étaient en usage chez les Nabatéens, population qui vivait sur les territoires de la Jordanie et de la Syrie actuelle, en particulier dans les villes de Hijr, Pétra et Bosra. Avant l’avènement de l’islam, la calligraphie arabe se réduisait à l’emploi de quelques caractères rudimentaires, qui ne laissaient pas deviner qu’ils pouvaient donner lieu à des développements artistiques. Lors de l’apparition de l’islam, l’écriture arabe est devenue le moyen d’expression privilégié de la religion. Elle permettait en effet la transmission du Coran, sans erreur, directement dans la langue du Prophète.


La calligraphie prend ses origines dans la religion, car les musulmans ont cherché à faire de leur livre sacré (mushaf), le Coran, un modèle de beauté physique, à l’image de son contenu spirituel. Il faut savoir que dans le système d’écriture arabe, les lettres ont une forme différente selon leur position au début, au milieu, à la fin d’un mot, ou encore isolées. En devenant un art, l’écriture acquit souplesse et fluidité. A l’intérieur d’un mot, puis d’une phrase, furent obtenus de riches effets visuels. La figure 2 reproduit plusieurs combinaisons en écriture sülüs du XIXe siècle et la lettre bâ (B) avec la lettre mim (M). La possibilité d’écrire le même mot ou la même phrase de plusieurs manières ouvrait la voie à une recherche constante de nouveaux styles et de nouvelles dispositions. Les lettres différaient de manière étonnante, selon le type d’écriture et le calligraphe.


L’alphabet arabe a été adopté surtout en signe d’allégeance religieuse par la quasi-totalité des peuples convertis à l’islam, au point d’appartenir à leur patrimoine commun. Après l’Hégire (622), la «calligraphie arabe» limitée d’abord aux pays arabes, devint une «calligraphie islamique».


La nécessité de rendre plus aisée la lecture du Coran, l’alphabet arabe étant à l’origine purement consonantique - à l’exception de trois consonnes qui peuvent, dans certains cas, être considérées comme des voyelles -, conduisit à l’invention de signes vocaliques (hareke). Ces points ou groupes de points placés au-dessus ou en dessous de la ligne (hurûf-ý mühmele) formèrent les signes diacritiques dont l’usage se généralisa ; ils furent à l’origine de nouveaux développements qui contribuèrent à la transformation de l’écriture en une expression artistique. Ensuite, l’article défini arabe fréquemment utilisé, alif et lâm (al-), devint un élément permettant des jeux d’équilibre dans l’écriture.


A l’époque pré-islamique, les formes de l’écriture arabe ont pris le nom des régions où elles étaient le plus souvent utilisées : anbârî, hîrî, mekkî (La Mecque) ; après l’Hégire, on les nomma medenî (Médine). Le Coran, livre sacré de l’islam, se présente sous la forme d’un volume ou codex (mushaf) ; écrit dans le style mekkî/medenî sur du parchemin, à l’encre noire ou à l’encre brune, il ne présentait au début ni signe diacritique ni ponctuation. Les premières copies du Coran n’étaient par ornées. Par la suite, se sont distinguées deux manières d’écrire : l’une, le coufique (kûfî), angulaire et rigide, employée pour copier le Coran et pour la correspondance destinée à être conservée, était ainsi désignée à cause de son usage courant à Kufa, en Irak. L’autre, non anguleuse, servait chaque jour pour écrire rapidement. Avec ses formes rondes et douces, elle se prêtait à l’art de la calligraphie. Sous le califat omeyyade (661-750), cette écriture se répandit à Damas. Les calames, aux extrémités taillées en différentes largeurs, apparurent au VIIIe siècle. Se sont alors développées plusieurs variétés de styles, liées à ces calames. Le celîl, pour les inscriptions de grande taille, le tûmâr (une écriture très large, celle des rouleaux), habituellement utilisé dans la correspondance officielle, comptent parmi les plus anciens. La plupart de ces nouvelles écritures relevaient du style tûmâr (en turc tomar), écrit avec des calames dont les pointes avaient des proportions relatives à ces calames. Il existait deux types de calames : l’un était appelé sülüseyn (deux tiers), parce que sa pointe mesurait les deux tiers de sa largeur, et l’autre sülüs (un tiers), parce que sa pointe en mesurait le tiers.


Plus les calames étaient étroits, plus les styles avaient des caractères particuliers, notamment les riyasî, kalemü’n-nýsf, hafîfü’n-nýsf et hafîfü’s-sülüs, qui ont été abandonnés par la suite.


A la même époque, le terme calame qui, initialement, désignait l’instrument, s’est appliqué à l’écriture elle-même. Par exemple l’écriture kalemü’n-nýsf, qui signifie littéralement calame de demi-taille, doit son appellation à l’emploi d’une pointe égale à la moitié de la pointe tûmâr. Le mot hat, ou calligraphie, concernait des écrits kýsas ou muâmerat rédigés dans certains cas et n’impliquait pas la nécessité de recourir à des calames aux pointes proportionnées.


Sous le califat abbasside (750-1258) se développa le goût pour l’instruction et pour les arts, ce qui provoqua à Bagdad, la capitale, et dans de nombreuses villes, une augmentation de la demande de livres. Pour faire face à cette demande, le nombre de copistes et de papetiers (verrâklar) augmenta considérablement. L’écriture utilisée par les copistes portait différents noms : verrâkî, muhakkak (sans aucune relation avec le muhakkak moderne), neshî ou irâkî.


A partir de la fin du VIIIe siècle, les expressions aslî hat, calligraphie de base, et mevzûn hat, calligraphie bien proportionnée, désignaient le recours à des lettres de dimensions précises et symétriques. Ibn Muqla (mort en 328 de l’Hégire [940]) occupe une place à part parmi ceux qui ont fait progresser l’écriture. Il fixa des règles concernant la disposition et l’harmonie de la calligraphie et ce style a été appelé mensûb hattý, écriture proportionnée.
A ce moment-là, l’écriture coufique (kûfî) était à son apogée, particulièrement pour la copie du Coran. Des variantes régionales furent élaborées, notamment en Andalousie et en Afrique du Nord où, sous le nom de magrýbî, le coufique prit des formes plus arrondies. En Perse et à l’Est, il est connu comme mesrýk kûfîsi (coufique oriental), utilisé jusqu’à son remplacement par les aklâm-ý sitte, ou six écritures, développées plus loin. Le coufique de grande taille (iri kûfî), surtout employé sur les monuments, est essentiellement décoratif.


L’écriture proportionnée (mensûb hattý), qualifiée de verrâkî, était généralement réservée à la copie de livres et, pour cela, désignée par le terme neshî, dérivé du verbe istinsâh (copier). Cette calligraphie fut en quelque sorte le prototype des styles muhakkak, reyhânî et nesih qui firent leur apparition au XIe siècle. Le meilleur calligraphe de cette époque, Ibn al-Bawwâb (mort en 413 de l’Hégire [1024]), modifia les règles mises au point par Ibn Muqla et établit une méthode qui fut largement utilisée jusqu’au milieu du XIIIe siècle. Le calligraphe Ibn al-Khâzin (mort en 518 de l’Hégire [1124]) contribua à la diffusion des écritures tevkî’ et rýkâ’. Enfin, Yâqût al-Musta’simî (ou Yâqût ; mort en 698 de l’Hégire [1298]), grand calligraphe de Bagdad, reprit la voie ouverte par Ibn al-Bawwâb et la perfectionna. Il est, pour le XIIIe siècle, l’auteur des plus beaux caractères en sülüs, nesih, muhakkak, reyhânî, tevkî’, rýkâ’, les six écritures (aklâm-ý sitte) de l’art de la calligraphie.


Il eut l’idée de couper en biais la pointe du calame en roseau jusqu’alors coupé droit, ce qui donna beaucoup d’élégance à la calligraphie. Lorsque les six écritures furent adoptées, que leurs règles et leur place dans la calligraphie furent bien définies, les autres formes furent abandonnées. De nos jours , il n’en subsiste aucune trace, si ce n’est quelques-uns de leurs noms : sicillât, dîbâc, zenbûr, mufattah, harem, lûlûî, muallâk et mürsel.
 
Après la mort de Yâqût, les aklâm-ý sitte ont été diffusées de Bagdad jusqu’en Anatolie, en passant par l’Egypte, la Syrie, l’Iran et la Transoxiane en Asie centrale, par l’intermédiaire des maîtres qu’il avait formés ; cet art y a été accueilli avec intérêt par les dynasties et les Etats musulmans. Les nouvelles générations de calligraphes de ces régions se sont efforcées de suivre la voie tracée par Yâqût. Cependant, progressivement, le style d’origine s’est perdu. Les six écritures ont été sauvées par les Turcs ottomans qui les ont portées à leur apogée. Jetons un bref regard sur les outils et les matériaux utilisés par les calligraphes avant de poursuivre cette histoire.

Outils et matériaux

Solidité et maniabilité sont les premières qualités des outils utilisés dans la calligraphie. A l’époque ottomane, les artisans y apportèrent un soin et une habileté particuliers, créant des objets d’une grande beauté. Ils sont, pour certains, assez beaux pour figurer dans un musée.

Le calame : Utilisés à la fois comme instrument de musique (ney, ou flûte) et comme calame, les roseaux évoquent l’atmosphère mystique du monde islamique oriental. Ils proviennent des roselières des bords de rivières et de lacs des régions chaudes. De couleur blanc jaunâtre, ces roseaux ne peuvent pas être utilisés dans leur état naturel comme calames, mais doivent au préalable être enterrés dans du fumier de cheval qui les maintient à une chaleur constante. Ils perdent ainsi leur eau, se durcissent et deviennent brun-rouge, brun foncé ou brun clair, parfois noirs, selon les types de roseaux.


Lorsque le roseau a séché, son extrémité est taillée en pointe, puis retaillée régulièrement car la partie du calame en contact avec le papier s’use rapidement. Cela présente certains inconvénients lorsqu’il s’agit de livres comme le Coran dont la copie requiert beaucoup de temps. En effet, la moindre différence de largeur d’une pointe de calame, ne serait-ce que d’un cheveu, produit un défaut d’autant plus visible que l’écriture est fine, comme c’est le cas, par exemple, du style nesih. Cela explique que, lorsqu’ils avaient des textes longs, les calligraphes utilisaient des calames provenant des pousses minces, dures et noires d’un arbre tropical d’Indonésie et de Malaisie. (Les calligraphes ottomans découvrirent ces calames au début du XIXe siècle grâce aux Javanais musulmans qui les portaient sur eux lors du pèlerinage à la Mecque.) Appelés «calame de Java» (cava kalemleri), ils étaient extrêmement résistants et n’avaient pas besoin d’être retaillés fréquemment. Pour être mieux tenu en main, le cava kalemi était fixé à un calame normal.

 
La taille des calames était choisie en fonction de la largeur de l’écriture désirée. Les becs des calames, appelés kargý kalemler, étaient taillés dans des bambous. Cependant ces calames ne convenaient pas aux caractères celî (larges) ; pour eux, les calligraphes utilisaient des calames taillés dans du bois (
aðaç Kalemler ou tahta kalemler. Il était difficile de tracer directement avec la main de très larges inscriptions et celî car il aurait fallu un instrument trop lourd à tenir. De telles inscriptions étaient tout d’abord rédigées à petite échelle, puis reproduites à plus grande échelle par la mise au carreau.

Pour tailler la pointe, on plaçait le roseau dans la paume de la main gauche (pour un calligraphe droitier), et on le coupait en biseau avec un couteau (kalemtýraþ) jusqu’à ce que le bord ait la forme d’une amande. L’extrémité ainsi obtenue, appelée kalem dili (langue de calame), était ensuite taillée en fonction de la largeur de bec souhaitée. Puis le bec était fendu de quelques centimètres et, remplie, cette fente (çatlak) faisait office de réservoir et permettait l’écoulement régulier de l’encre.


On procédait enfin à la finition de l’extrémité du calame sur un makta. A force d’utiliser le calame, le bec s’usait et l’on devait régulièrement placer le calame sur le makta pour le tailler à l’aide d’un couteau (kalemtýraþ). La taille en biseau, avec des angles différents, épousait la position naturelle de la main et de l’écriture.
Les calames en roseau sont parfois conservés dans une écritoire portative (divit ; fig. 5) dont la partie latérale se compose d’un encrier et d’un plumier long et aplati ; d’autres fois, dans des coffrets rectangulaires ou cylindriques (kalemdanlar), nus ou décorés. Le terme kubur désigne aussi le kalemdan de forme cylindrique (fig. 7).

Le kalemtýraþ : C’est un couteau composé d’une lame en acier (tîg), et d’un manche en matériau parfois précieux comme l’acier plaqué or, l’or émaillé, l’ivoire, le corail, la nacre ou l’ébène. La partie qui relie la lame au manche est appelée parazvana. Le taille-calame mesure entre 10 et 20 centimètres. Sur le plat de la lame est souvent gravé le sceau du fabricant. Celui-ci est par exemple visible sur la lame du kalemtýraþ de la figure 4.

Le makta : C’est un support plat, de 10 à 20 cm de longueur, de 2 à 3 cm de largeur, et de 2 à 3 mm d’épaisseur, en bois, en os, en ivoire, en écaille de tortue ou en nacre. On utilise des matériaux souples pour ne pas altérer le tranchant des kalemtýraþ. La figure 4 montre un makta gravé, fait en argent et en résine de polyester noir, avec incrustation d’ivoire sur le bourrelet coupant, créé par l’artiste Salih Balakbabalar (né en 1950).

Le papier : Autrefois, le papier brut (ham kaðýt) ne pouvait être utilisé dès sa sortie de fabrique. En effet, il était blanc et fatiguait les yeux ; il devait être teint. Pour cela, il était encollé avec une substance appelée âhâr, et était poli avec un outil (çakmak mühre) qui adoucissait la surface et stabilisait la couche âhâr. Toujours utilisé par les calligraphes d’aujourd’hui, ce procédé donne un papier lustré et doux au toucher, comme s’il avait été passé dans une calandre.


On utilisait généralement des teintures végétales. La teinture était bouillie dans l’eau, puis versée dans une auge. Le papier était trempé dans la teinture jusqu’à ce qu’il ait la couleur souhaitée, puis mis à sécher. La couleur la plus fréquente était celle obtenue à partir du thé. Les autres substances tinctoriales étaient les écorces de grenade et les enveloppes vertes des noisettes qui donnaient la couleur brune ; les semences de garance donnaient le jaune ; le bois de campêche rouge donnait le rouge ; le bois de campêche violet, le violet ; la suie récoltée dans les cheminées des confiseurs à l’issue du processus de production de caramel donnait le blanc cassé et les pelures d’oignon le blanc rougeâtre. Les pourtours des feuilles de papier pouvaient recevoir une teinte différente de celle de la partie réservée à l’écriture. Le papier préparé de la sorte était un papier akkâse.


Après la teinture, et selon les anciennes pratiques, une couche protectrice de âhâr était appliquée sur la surface du papier pour empêcher que l’encre fabriquée à partir de la suie ne pénètre dans ses fibres. Du fait que l’encre restait en surface, les imperfections d’écriture telles que les bavures qui se produisaient parfois autour des caractères pouvaient être enlevées facilement en passant un morceau de coton, en léchant la surface, ou encore par grattage avec un petit couteau spécial, le tashih
kalemtýraþý. La qualité des feuilles de papier enduites de âhâr s’améliorait avec le temps. Le meilleur encollage était obtenu par du blanc d’oeuf battu avec de l’alun et appliqué avec une éponge. De l’amidon ou de la farine bouillie pouvaient également être utilisés sous forme de pâte fine. Si la feuille de papier brute n’était pas polie (mühre) au cours de la semaine, l’encollage pouvait se craqueler et la feuille de papier était perdue.

Le polissage de la feuille de papier se faisait avec un çakmak mühre, instrument que l’on saisissait par les extrémités et qui comportait un morceau de silex poli dans sa partie centrale. La feuille de papier était posée sur une plaque de bois lisse. Elle était au préalable frottée avec un chiffon en laine que l’on avait enduit de savon. Ensuite, on saisissait l’instrument par ses deux extrémités, le silex tourné vers le bas, et l’on faisait des mouvements de va-et-vient sur le papier. Petit à petit, la feuille de papier acquérait un aspect brillant. On stockait ensuite le papier pour au moins une année avant de l’utiliser.
Ce n’est que lorsque le papier était encollé, polie et vieilli que l’on pouvait facilement utiliser le calame et corriger les bavures à l’aide d’un chiffon ou d’un couteau. (Toutefois, les documents officiels de l’Empire étaient écrits sur des feuilles de papier poli mais non encollé et l’encre ainsi absorbée empêchait de procéder à des modifications ou de fabriquer des faux).


Pour écrire sur du papier encollé, il était nécessaire de passer doucement, au préalable, un chiffon de laine imprégné de craie sur sa surface. Celle-ci avait la particularité d’éliminer la pellicule glissante de savon qui s’était déposée au moment du polissage. Elle ôtait également toute trace de gras due à la manipulation du papier, puisque l’on sait que l’encre n’adhère pas à une surface grasse.

L’encre au noir de fumée : On utilise habituellement de l’encre noire pour la calligraphie. Celle-ci provient du noir de fumée (is mürekkebi) obtenu par la combustion de matières telles que l’huile de lin, la cire d’abeille ou le pétrole. La gomme arabique, autre ingrédient utilisé, fixait les particules de carbone au papier. Les procédés de fabrication de l’encre ont évidemment changé au cours du temps. Dans la formule finale, la plus élaborée, on utilise de la suie, de la gomme arabique liquide et de l’eau distillée, longuement mélangées ; cette encre ne s’altère jamais.


On laissait l’encre sécher naturellement lorsqu’il s’agissait de calligraphies artistiques. Mais dans la correspondance officielle, on jetait des pincées de sable (
rýh ou rîk ; fig. 7). Les lettrés emmenaient partout avec eux des encriers contenant cette encre à base de noir de fumée.

Les encres de couleur : Dans la palette de la calligraphie ottomane, les couleurs les plus utilisées étaient l’encre jaune (zýrnýk), à base d’orpiment, l’encre rouge (lâl), l’encre blanche (üstübeç), obtenue à partir de céruse, et l’encre dorée (zer).


Pour fabriquer l’encre jaune, selon la tradition ottomane, on mélangeait l’orpiment, la soude et la gomme arabique dans de l’eau et on moulait le tout vigoureusement. (Le réalgar, un sel de mercure [
altýnbaþ zýrnýðý], était parfois utilisé à la place de l’orpiment, qui était un sel d’arsenic produisant un jaune plus orangé).

L’encre rouge rubis (lâl) était fabriquée à partir d’une substance toujours non identifiée (lotur) ; elle était mélangée avec de la saponaire, de l’alun et de l’eau et l’on faisait bouillir le tout. Le rouche de cochenille était ensuite ajouté à ce liquide qui était à nouveau mis à bouillir, ce qui donnait une couleur rouge extrêmement plaisante.


L’encre blanche était fabriquée de la même façon que l’encre jaune, sauf que l’orpiment était remplacé par de la céruse. La céruse était à l’origine utilisée pour écrire les sourates (sûre), ou chapitres, et en-têtes des Corans enluminés.


L’encre dorée était obtenue à partir de feuilles d’or très pures, pulvérisées et ajoutées à une solution épaisse de gomme arabique ou de miel dans une coupelle en porcelaine. Après cette opération longue, le mélange était rincé pour éliminer la gomme et le miel, puis le résidu était filtré, et l’on recueillait une fine poussière d’or. Elle était fixée avec de la gélatine dissoute dans de l’eau. Cette encre dorée était déposée sur la pointe du calame avec une brosse spéciale ou un pinceau. C’était la base de la technique zer-endud (peinture à l’or).

Les encriers : A une époque où l’écriture reposait sur l’utilisation de calames en roseau et d’encre de noir de fumée, l’encrier (hokka) était un élément indispensable à toutes les écritoires, qu’elles soient fixes, portatives (divit, kalemdan, kubur), ou en coffrets. Les encriers pouvaient être en céramique ou en verre, mais plus fréquemment en métal : laiton, cuivre ou argent.


L’encre n’était pas directement versée dans les encriers, mais sur une bourre de soie brute (lika) placée dans le fond. Le lika faisait fonction d’éponge, de sorte que le calame ne prélevait que la quantité d’encre nécessaire. Grâce à ce procédé, l’encre ne se répandait pas si l’encrier venait à se renverser.

La réglure : La disposition des lettres, des mots et leur alignement sont déterminés par des règles. Le calligraphe créait des lignes sur le papier en utilisant un mýstar, en fait un morceau de carton sur lequel des fils étaient tendus à intervalles réguliers.
Le calligraphe calculait d’abord l’espacement des lignes en fonction de l’écriture envisagée. Il prenait une pièce de carton de la dimension de la page, fixait avec une aiguille sur celle-ci des fils de soie à la fois horizontaux et verticaux pour indiquer les marges, appliquait ensuite la feuille contre le carton sur la face où se trouvaient les fils et, en appuyant un doigt sur la feuille, il obtenait une impression très fine des fils sur la feuille de papier. Les lettres étaient tracées d’après ces repères.
 
Les sous-main : A l’époque ottomane, les calligraphes n’étaient pas assis devant des tables pour écrire. Ils étaient assis sur des sofas ou des coussins, le genou droit relevé ; la feuille de papier reposait sur ce genou, une position qui plaçait la feuille de papier de façon perpendiculaire par rapport au regard du calligraphe. Celui-ci utilisait un
altlýk, un sous-main souple constitué de feuilles de papier brut de 20 cm sur 25 cm, qu’il appuyait sur son genou. Contrairement à une surface rigide, ce sous main flexible permettait une plus grande mobilité de la main. Un altlýk d’une forme différente était employé pour écrire les caractères ta’lîk.

Les ciseaux à papier (makas) : Les ciseaux ottomans étaient des outils très élégants, avec de longues lames tout à fait appropriées pour obtenir des feuilles de papier découpées à partir de feuilles plus grandes. Certains ciseaux comportaient, sur leurs anneaux, le nom du propriétaire qui était gravé et visible (fig. 4). C’est un grand plaisir que d’utiliser de tels instruments. Les calligraphes ottomans, qui avaient des outils et du matériel de si belle qualité, étaient ainsi à même de créer les plus belles oeuvres.
   

 

[Présentation] [Press-Book] [Album] [Activités] [Actualités] [Nous Contacter] [Olusum/Genese]
[Dossier O/G] [Editions A TA TURQUIE] [Bibliographie] [Bibliothèque] [Poésies] [Hommage] [Galeries]
[Exposition] [Manifestations] [Annuaire] [Annonces] [Informations] [Liens] [Carnet Rose] [Quoi de Neuf]

Copyright 1999-2000 © Site créé par ATATURQUIE
Tel : 03 83 37 92 28 / Fax : 03 83 37 83 30 / poste@ataturquie.asso.fr
Webmaster :
Dominique SOUTREL
Site optimisé en 1024 x 768 pour Microsoft Internet Explorer 5

basdroite.gif (174 octets)