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OLUSUM / GENESE - EXTRAITS DE LA REVUE |
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"La
lettre d'adieu de la grenouille noire"
Nuri CAN
extrait de notre revue bilingue
"OLUSUM/GENESE"
N° 70 |
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La grenouille noire quitta dans la nuit du vingt-sept
janvier sa maison qui se trouve à lEst de la ville. Cette nuit, les habitants de la
ville se demandaient pourquoi la grenouille noire ne coassait pas. Depuis sa décision de
déménager la grenouille noire devait garder le silence. Elle ramassa rapidement sa
literie et ses affaires et traversa à la nage le fleuve. Elle écrivit sa lettre
dadieu sur une énorme feuille de nénuphar.
Le matin du vingt-huit janvier, quelques hommes curieux se mirent à sa recherche. Parmi
eux, il y avait un spécialiste des végétaux aquatiques, un autre était le
propriétaire de la société chargée de distribuer leau dans les maisons, et
enfin, le dernier était lun des membres fondateurs de lassociation de
protection de lenvironnement.
La lettre dadieu de la grenouille noire fut lue sur la grande place de la ville,
face à la population. Tous en larmes applaudirent avec un grand enthousiasme. Le
directeur général des musées mit la main sur la lettre en disant quil
sagissait dun précieux document. Il voulait lexposer à la lecture des
touristes sous une cloche en verre.
Personne mais personne ne sétait demandé où la grenouille avait pu partir. Qui
pouvait sintéresser à une pauvre grenouille laide et toute visqueuse.
Des années plus tard, un enfant aux yeux bleus vit la lettre dadieu en visitant le
musée. Il demanda à son père pourquoi on avait déposé la feuille de nénuphar au
musée.
Le père répondit «Cest une lettre qui raconte la migration de la grenouille
noire. Si tu la lis, tu comprendras mieux.» Lenfant aux yeux bleus se pencha sur la
lettre et commença à lire :
«Vous mavez appelée la grenouille noire qui coasse vers la ville. Cela fait des
années que je hurle pour que vous compreniez que vous salissez mon fleuve. Maintenant, je
suis obligée de quitter ma maison. Je vous abandonne à votre solitude, à vos beautés
salies et vos fausses habitudes. Il y a des milliers de propos encore enfouis en moi.
Vous ne savez pas ce quest coasser. Nous avons aussi le droit de pleurer, de
comprendre, de vivre, comme nous le souhaitons. Vous ne pouvez pas le savoir. Je ne pleure
pas pour vous. Je vais quitter ma maison, cest pour cette raison que je suis
attristée.
Le secret de ce fleuve est enfoui dans les foyers des grenouilles, couvertes
dalgues.
Vos yeux sont bleus. Mais mon fleuve vire au marron. Vous êtes devenus si misérables que
vous navez même pas pu abriter une grenouille parmi vous...
Le fleuve est un chemin qui coule. Depuis des siècles nos ancêtres ont suivi ce chemin.
Nos enfants grandissent dans des jardins dalgues.
Un fleuve sale, sen va comme une rose blanche qui se fane. Voudriez-vous vivre dans
un foyer où le soleil nest jamais accueilli ? Moi, je ne le veux pas.
Malgré cela, je ne vais pas pleurer. Vous avez laissé se faner les fleuves qui sont en
vous. Quest-ce que cela peut faire que le mien se fane ?»
Lenfant aux yeux bleus se sentit bouleversé, ses yeux embués de larmes, il se
retourna vers son père et lui posa des questions. Il voulait comprendre le sens du fleuve
qui se trouve en nous. Malgré toutes ses insistances, son père laissa sans réponse ces
questions. En réalité, il ne savait que dire.
Lenfant aux yeux bleus voulait comprendre pourquoi la grenouille noire avait
émigré. Il avait dimportantes idées quil voulait exprimer. Il se retourna
une dernière fois vers son père et lui dit «je ne veux pas que le fleuve qui se trouve
en moi tarisse. Et quaucune grenouille ne quitte son fleuve. Ou alors que mes yeux
ne soient pas bleus. |
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