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Levée de boucliers contre l'envoi de troupes turques

Le Figaro - 10/10/2003

Les Kurdes sont réticents à permettre le passage de l'armée
Istanbul : Éric Biegala

Une dizaine de manifestants opposés au déploiement turc en Irak ont été interpellés hier après-midi après des échauffourées à Adana sur la côte méditerranéenne du pays. Mercredi, plus de 60 personnes avaient été arrêtées au cours de diverses manifestations dénonçant la décision du Parlement d'autoriser un engagement militaire aux côtés des Américains. Convoquées par les partis de gauche, les syndicats et les Kurdes, ces manifestions n'ont pas empêché le premier ministre Recep Tayyip Erdogan d'avertir hier qu'«une attitude hostile contre nos soldats qui se rendront (en Irak) pour la paix et la prospérité ne [sera] pas acceptable». L'hostilité est pourtant déjà perceptible, notamment chez les Irakiens.


Selon plusieurs de ses membres, le Conseil de gouvernement irakien s'est d'abord «unanimement» entendu pour rejeter la perspective d'une participation turque aux forces de stabilisation, avant que l'administration civile américaine ne fasse pression pour qu'il adopte un ton plus conciliant. Hier la déclaration publique du gouvernement provisoire était à nouveau reportée sine die, Irakiens et Américains n'ayant pas réussi à s'entendre.


Pour autant Hoshiar Zebari, le ministre des Affaires étrangères irakien n'a pas complètement exclu la possibilité d'un déploiement turc. Dans une déclaration publiée dans le quotidien arabe Al-Hayat mardi, il a estimé que «si des troupes turques devaient être envoyées, elles seraient déployées dans l'est du pays, loin des zones kurdes (nord), après une demande des dirigeants kurdes à Washington».


Ce sont en effet les Kurdes dont Hoshiar Zebari est l'un des représentants au Conseil – qui sont les plus réticents à admettre une présence turque. Mais leurs coreligionnaires arabes ne sont guère plus amènes. Faouzi Chafi Ifane, le maire de la grosse agglomération de Falloujah à l'ouest de Bagdad où le contingent turc pourrait intervenir se dit disposé à «bien accueillir les Turcs s'ils [viennent] en tant qu'entreprises [...] contribuer à la reconstruction de l'Irak. En tenue militaire, ils seront rejetés», a-t-il prévenu.


Le quotidien turc Hürriyet affirmait hier que la one de déploiement faisait l'objet de tractations serrées, Ankara exigeant une présence lourde dans la zone difficile de Tikrit mais où résiderait également une population turcomane ethniquement proche des Turcs. Washington s'inquiéterait pour sa part d'une trop grande proximité avec le Kurdistan autonome, préférant offrir aux Turcs la gestion d'un territoire proche de la frontière syrienne.


Quelle que soit leur zone de déploiement, les soldats d'Ankara devront transiter par le Kurdistan irakien, ce dont les Kurdes ne veulent pas entendre parler.


Interrogés hier par le quotidien Milliyet, deux généraux en retraite évoquaient la nécessité d'un cordon logistique «sécurisé» au travers du Kurdistan sur 150 km. Cette route logistique correspond également à un projet mûri depuis quelques années par les cercles nationalistes turcs et qui vise à isoler économiquement le Kurdistan irakien.

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