La France avait du coeur L'Est Républicain - 27/06/2003 D'abord impressionnants de facilité, les Bleus ont souffert le martyre pour résister au pressing d'une formidable équipe turque. SAINT-DENIS. Les Français avaient évidemment l'esprit ailleurs au moment de débuter cette demi-finale dans les circonstances dramatiques que l'on sait. La terrible nouvelle parvenue de Lyon s'était répandue comme une traînée de poudre dans les couloirs, juste avant le coup d'envoi. Pendant la minute de silence, le regard de Jacques Santini se perdait dans le vague. Coupet, les yeux rougis, peinait pour ne pas s'effondrer. Tous les autres Tricolores, tête basse, restaient atterrés. Tous connaissaient Marc-Vivien Foé, longtemps pensionnaire de notre championnat.
Il fallait jouer, les Tricolores le firent parfaitement en manifestant un cran qu'il faudra ajouter aux louanges générales qui entoureront cette qualification. Santini, qui avait donc réservé trois surprises avec les titularisations de Coupet, Silvestre et Govou, peut s'estimer content de son coup. L'équipe trouva rapidement un vrai équilibre. Elle se déploya vite et bien, utilisant les côtés comme de véritables rampes de lancement. Pour désorienter les Turcs, les changements de jeu étaient fréquents. La fluidité venait au bout des premiers échanges et au terme d'une action collective de grande envergure, Thuram, Pires et Wiltord combinaient leurs efforts pour offrir l'ouverture du score à Henry (11'). Vite fait, bien fait.
Une récompense rapide qui ne gargarisait pas les Bleus, toujours bien en rythme, toujours appliqués. Les Turcs cherchaient à imposer leur jeu court, mais la puissance tricolore les poignardait une seconde fois. Un but qui ressemblait étrangement au premier. Cette fois, Govou jouait les dynamiteurs, Henry relayait et c'est Pires qui terminait le boulot (26'). Impressionnante démonstration.
La suite fut plus équilibrée jusqu'à la pause. La France, bien soutenue par un travail exceptionnel de Dacourt, cherchait surtout à se replacer. Les facilités techniques des Turcs pouvaient s'exprimer et un peu avant la mi-temps, Goekdeniz s'y reprenait à deux fois pour tromper Coupet. Ce n'était pas immérité car les hommes de Gunes n'avaient pas renoncé. Mais décidément, les réserves françaises étaient insoupçonnées car moins de deux minutes plus tard, Wiltord avait remis le siens hors de portée. Après une petite partie de billard dans la surface de Catkic qui avait remplacé Rustu blessé. Mi-temps : 3-1
La France sur le reculoir
Mais la France allait terriblement souffrir par la suite. Eprouvant toutes les peines du monde à contenir un adversaire survolté. D'autant qu'une somptueuse reprise de Tuncay, au nez et à la barbe de la défense française, avait redonné un fameux courage à cette équipe (3-2, 48'). La France était sur le reculoir, souvent battue dans les duels ; cela lui était de plus en plus délicat de tenir la balle pour couper un pressing infernal et dans les espaces, la lucidité manquait de plus en plus.
En tout cas, cette évolution du scénario donnait un spectacle riche en émotions, les Turcs ne lâchant rien. Santini cherchait un peu d'oxygène dans le coaching en appelant ses jeunes auxerrois Cissé puis Kapo, Giuly par la suite, mais le danger rôdait toujours. Heureusement, Coupet se montrait autoritaire sur des ballons très chauds. Mais toujours pas de fléchissement en vue chez les Turcs, étonnamment disponibles jusqu'au terme d'une rencontre animée.
Les Bleus vécurent dans l'angoisse jusqu'au bout. Avant de se qualifier pour cette triste finale contre le Cameroun, ils connaissaient une ultime frayeur. Une faute de Dacourt valait aux Turcs un penalty qu'Okan Yilmaz mettait à côté de la cage.
Les buts : pour la France, Henry (11'), Pires (26'), Wiltord (43') ; pour la Turquie, Goekdeniz (42'), Tuncay (48'). |