Ankara appelle à la fin des sanctions économiques contre Chypre-Nord Le Monde - 09/05/2003 Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé vendredi la communauté internationale à lever l'embargo économique à l'encontre de Chypre-Nord, affirmant que son pays était prêt en contrepartie à donner accès aux ports et à l'espace aérien turcs aux Chypriotes grecs. S'exprimant lors d'une conférence de presse conjointe avec le dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash, M. Erdogan a également estimé qu'un accord sur la réunification de l'île demeurait possible si les parties chypriote grecque et chypriote turque s'accordaient à discuter sur un pied d'égalité. "Si les embargos sont levés, les demandes des Chypriotes grecs pour une ouverture de corridors aériens et un accès aux ports seront réalisables", a affirmé M. Erdogan. La République de Chypre, seule représentante internationalement reconnue de l'île, mais dont l'autorité ne s'exerce de fait que sur le Sud, se refuse à reconnaître la République turque autoproclamée de Chypre du Nord (RTCN), alors que M. Denktash exige cette reconnaissance comme prix à la mise en place d'une confédération. Abondant dans le même sens, M. Erdogan a indiqué qu'"il existe deux peuples avec des religions et des langues différentes, deux organisations politiques et deux Etats à Chypre. Les efforts pour une solution à Chypre devraient être fondés sur ces réalités". Le président chypriote-grec, Tassos Papadopoulos, a réitéré son refus d'une telle conception. "L'expérience (...) prouve que la communauté internationale ne peut accepter l'existence de deux Etats séparés sur l'île", a-t-il indiqué vendredi dans un communiqué, soulignant que l'embargo international sur le Nord serait levé si la Turquie en retirait ses soldats. Chypre est divisée depuis 1974 lorsque les troupes turques ont envahi le nord de l'île en réponse à une tentative d'ultranationalistes grecs de rattacher l'île à la Grèce. L'invasion turque et la mise en place en 1983 de la RTCN - Etat reconnu uniquement par Ankara - ont provoqué la mise à l'index du nord de l'île, dont l'économie est totalement dépendante de la Turquie. Interrogé sur les perspectives d'une reprise des négociations de paix sur la base d'un plan pour la réunification de l'île mis en avant par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, M. Erdogan a estimé que "si les deux parties l'acceptent, nous pouvons faire usage du plan Annan". Les négociations sur le plan avaient capoté en mars, M. Annan rejetant la responsabilité de cet échec sur M. Denktash. Depuis lors, la République de Chypre a signé un traité d'adhésion avec l'Union européenne (UE), qu'elle rejoindra dans un an. Faute d'accord sur la réunification, la RTCN ne sera pas incluse au sein de l'UE et les chances de la Turquie de rejoindre le club européen risquent elles aussi d'être compromises, selon les observateurs. MM. Erdogan et Denktash, qui avaient exprimé des opinions divergentes en début d'année sur les perspectives de réunification, se sont accordés vendredi à souligner qu'ils étaient d'accord sur tous les sujets abordés lors de leurs entretiens à Nicosie, la dernière capitale divisée au monde. M. Erdogan a également félicité les autorités de Chypre-Nord pour avoir permis, fin avril, la libre circulation entre les deux zones chypriotes, estimant que cette mesure renforcerait la confiance entre les deux communautés. Près de 300 000 personnes - Chypriotes grecs et turcs - ont passé la ligne de démarcation depuis son ouverture le 23 avril. M. Erdogan s'est d'ailleurs rendu, à l'issue de la conférence de presse, sur un des points de passage de la "ligne verte" où il a bavardé avec des soldats de l'ONU responsables des opérations de maintien de la paix. Il a également serré les mains et embrassé des Chypriotes grecs qui se rendaient en visite au Nord. Avec AFP |