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LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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Ankara reste un allié difficile pour Washington

Nicole Pope
Le Monde - 09/05/2003

 

Le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz, exprimant la profonde déception de l'administration Bush face au refus turc de participer à la guerre contre l'Irak, a exigé que, pour ouvrir une nouvelle page dans les relations turco-américaines, les autorités turques admettent qu'elles avaient "commis une erreur". Jeudi 8 mai, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a répliqué que "la Turquie, depuis le début, n'a jamais fait d'erreur". Malgré une opinion publique fermement opposée à la guerre, le premier ministre avait tenté de convaincre ses députés de soutenir une motion gouvernementale qui aurait permis à 62 000 soldats américains d'ouvrir un front nord à partir de la Turquie, mais le texte avait été rejeté de justesse.

Les déclarations de M. Wolfowitz ont causé de fortes réactions en Turquie. Le dirigeant de l'opposition Deniz Baykal a déclaré que "la Turquie est un pays démocratique et que tous ceux qui apprécient le fonctionnement d'une véritable démocratie devraient le respecter".

Un autre faucon proche du Pentagone, Richard Perle, a lié l'avenir de l'amitié turco-américaine à la coopération d'Ankara avec Washington contre l'Iran et la Syrie. Les Etats-Unis n'ont pas vu d'un bon œil la récente visite du ministre des affaires étrangères, Abdullah Gül, à Damas et les contacts diplomatiques des Turcs avec l'Iran.

M. Wolfowitz a adressé ses critiques les plus acerbes à l'armée turque. Alors que les Européens s'inquiètent fréquemment du rôle des militaires en Turquie, les Etats-Unis, qui ont toujours favorisé l'aspect stratégique de leurs relations avec Ankara, ont de bons contacts avec l'armée et citent volontiers la Turquie comme un modèle démocratique pour les pays de la région.

CALMER LE JEU

M. Wolfowitz a déclaré que, si les militaires s'étaient alignés sur la position américaine, ils auraient pu influencer le résultat du vote, et que, "pour une raison quelconque, ils n'ont pas adopté le rôle dirigeant fort et l'attitude que nous attendions". Ses commentaires lui ont valu une réponse de l'état-major, par le biais du général Yasar Buyukanit, qui a affirmé que "les forces armées turques font toujours leur devoir de façon démocratique. Cela a toujours été le cas jusqu'à présent et continuera de l'être".

Les Etats-Unis ne sont pas prêts à couper les ponts avec Ankara. Le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, plus conciliant, s'est déclaré attaché à "un bon partenariat avec la Turquie". Abdullah Gül a, lui aussi, tenté de calmer le jeu en soulignant que les relations turco-américaines ne reposaient pas sur une seule motion gouvernementale. "Nous devons nous tourner vers l'avenir,a-t-il déclaré. Nous allons travailler ensemble pour forger de meilleures relations."

 

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