Les Etats-Unis préparent un redéploiement de leur dispositif militaire dans le Golfe Jacques Isnard Le Monde - 30/04/2003 L'Arabie saoudite et la Turquie devraient voir leur rôle stratégique réduit. Les Etats-Unis étudient un réaménagement de leur présence militaire dans le Golfe après la chute du régime irakien. Le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, en visite dans les Emirats arabes unis, n'en fait plus mystère. Le général Tommy Franks, "patron" du Commandement central américain (Centcom), qui s'étend de la Corne de l'Afrique à l'Asie centrale, via le Golfe, et responsable des opérations en Irak et en Afghanistan, ne cherche pas davantage à cacher ce projet d'un vaste remaniement de son dispositif militaire dans cette partie du monde. Pour intervenir en Afghanistan, les Etats-Unis ont dû improviser un réseau de treize bases réparties dans neuf pays ceinturant le théâtre de leurs opérations, dont certains étaient auparavant liés à la Russie. Durant la campagne "Liberté pour l'Irak", les Américains, face aux réticences de la Turquie et de l'Arabie saoudite à leur servir de bases arrière, ont déployé leurs troupes sur plusieurs Etats du Golfe - Koweït, Qatar, Bahreïn et Emirats arabes unis notamment - et ils ont fait appel à l'aide de quelques pays d'Europe centrale, comme la Pologne, la Roumanie ou la Bulgarie. En recourant à ces pays de l'ex- "bloc" communiste, le Pentagone a donné l'impression qu'il voulait les considérer comme se substituant à son allié traditionnel de l'OTAN, l'Allemagne, opposé à la guerre en Irak. En réalité, la réflexion menée par les états-majors de M. Rumsfeld va bien au-delà de ce que l'on a pu considérer comme un simple mouvement de mauvaise humeur du secrétaire à la défense. Durant la "guerre froide" Est-Ouest, les soldats américains étaient au nombre de plus d'un million en Europe. Ils sont aujourd'hui 100 000, non compris les 14 000 à 15 000 marins de la VIe flotte en Méditerranée. DÉPLACEMENT VERS L'ASIE Après cette réduction des effectifs, on assiste maintenant à un glissement du dispositif militaire américain. Le gros des forces se déplace progressivement vers le Golfe et l'Asie, pour s'adapter à une révision stratégique que le Pentagone - au nom de la lutte contre le terrorisme international et les "Etats-voyous"- a lancée, pour l'essentiel, après les attentats du 11 septembre 2001. Et, de fait, M. Rumsfeld entend mener cette adaptation tambour battant, depuis ses "succès" militaires en Afghanistan et en Irak. Il s'agit, à la fois, de réorganiser en priorité l'armée de terre, pour la rendre plus mobile et manuvrière sur le terrain, et de réaménager les implantations à l'étranger de l'ensemble des forces armées américaines pour tenir compte désormais de leur capacité nouvelle à se déployer rapidement dans l'hypothèse d'une guerre "préventive". Pour une raison technique, l'avion de M. Rumsfeld n'a pas été en mesure de le mener en Afghanistan, comme prévu. De sorte qu'il faudra encore attendre, quelques semaines dit-on, pour connaître les suites qui seront données au dispositif américain - 8 000 à 10 000 hommes - dans la région. En revanche, dans le Golfe, il est d'ores et déjà établi que les Etats-Unis ont conçu un premier pas de leur réorganisation avec le transfert très prochain d'Al-Kharg, en Arabie saoudite, à Al-Udeid, au Qatar, de leur commandement central des opérations aériennes. Quelque 10 000 soldats américains sont aujourd'hui en poste à Al-Kharg. Des unités opérationnelles de l'armée de l'air américaine, basées à Incirlik, en Turquie, et à Al-Kharg viendraient s'installer au Qatar, à Oman et dans les Emirats arabes unis, notamment à Al-Dhafra (émirat d'Abou Dhabi). Du même coup, en se retirant en tout ou partie de Turquie et d'Arabie saoudite, les Etats-Unis mettent aussi un terme, après une dizaine d'années, au survol par des avions de combat américains et britanniques des zones dites d'"exclusion aérienne" en Irak, situées au nord du 36e parallèle et au sud du 33e parallèle. Les forces terrestres américaines sont déjà massivement déployées au Koweït, d'où elles sont parties, le 20 mars, à l'assaut de Bagdad. Officiellement, le général Franks a confirmé, sans entrer dans les détails, qu'"il y aura probablement un réaménagement" de la présence militaire américaine dans le Golfe. "C'est notre sentiment pour les jours et les mois qui viennent, a seulement expliqué le "patron" du Centcom, dès lors que le régime irakien n'est plus et qu'il n'y aura plus d'opérations de surveillance des zones nord et sud de l'Irak." |