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Le point sur les combats

Le Nouvel Observateur - 10/04/2003

 

Les Kurdes sont entrés jeudi matin dans la grande ville pétrolifère irakienne voisinne de leur territoire. La Turquie s'en inquiète mais précise que les Etats-Unis lui ont assuré qu'ils gèreraient eux-mêmes la ville prochainement.

Des soldats américains progressent à découvert à la périphérie de Bagdad (AP)

Voici le point sur les combats jeudi, au vingt-deuxième jour de guerre.

NORD

Kirkouk. Les forces américaines et kurdes sont entrées jeudi dans Kirkouk, ville pétrolière du nord de l'Irak, pour garantir la sécurité à la suite d'un soulèvement de la population locale, ont indiqué des responsables des deux parties. Un convoi de pechmergas kurdes est entré jeudi dans la ville. Les combattants kurdes ont pénétré dans un quartier industriel de cette ville qu'il rêvaient de reprendre depuis longtemps.
Une situation qui inquiète au plus au point les autorités turques. Le chef de la diplomatie turque Abdullah Gul a ainsi indiqué jeudi que la Turquie ferait "tout ce qui est nécessaire" après la chute de la ville. "Nous allons faire tout ce qui est nécessaire. Nous suivons la situation très attentivement", a déclaré M. Gul, cité par l'agence Anatolie. Inquiétude relativisée un peu plus tard par le même Abdullah Gul, qui a affirmé avoir reçu l'assurance de Washington que des forces américaines prendraient d'ici quelques heures le relais des forces kurdes dans cette ville pétrolière du nord de l'Irak. M. Powell "a dit qu'ils enverront des renforts à Kirkouk dans les heures qui viennent. Ils sortiront ceux qui sont entrés", a-t-il ajouté devant la presse. "Nous aurons des observateurs militaires là-bas", a ajouté M. Gul. Les Américains "ont fait cette proposition et nous l'avons acceptée", a-t-il expliqué. Ce qui est sûr, pour le chef de la diplomatie turque, c'est qu'Ankara n'autorisera pas les réfugiés kurdes à changer la composition démographique des villes irakiennes de Mossoul et Kirkouk

Un autre responsable turc a été, sous couvert de l'anonymat, beaucoup plus vindicatif : un contrôle "permanent" de Kirkouk par les forces Kurdes serait "inacceptable", a-t-il déclaré. "Ce que nous essayons de savoir maintenant c'est s'ils (les Kurdes) sont entrés (à Kirkouk) en coordination avec les forces américaines ou s'il s'agit d'un événement spontané", a-t-il dit sous couvert d'anonymat.

Il a souligné que la Turquie ne serait pas inquiète si les Kurdes "sont entrés dans la ville avec quelques camions pour offrir un spectacle à leur population et s'ils en ressortent le soir venu".

Mais, a-t-il poursuivi, "ce serait inacceptable s'ils sont entrés dans la ville pour en prendre le contrôle et y créer une administration".

Khanaquin. Les combattants kurdes ont pénétré jeudi dans la ville stratégique de Khanaqin au nord-est de Bagdad alors que la résistance irakienne semblait s'effondrer dans le nord du pays.

Plusieurs centaines de pechmergas sont entrés dans cette ville de 100.000 habitants, acclamés par la population. Khanaqin est située non loin de la frontière iranienne à la limite des zones à peuplement kurde et arabe chiite.

Takrit. L'aviation américaine et britannique bombardait dans la nuit de mercredi à jeudi les forces irakiennes dans la ville de Takrit, fief natal de Saddam Hussein et prochain objectif de la coalition après la prise de contrôle de Bagdad par les troupes américaines.
Plus au nord, des hommes des forces spéciales et des combattants kurdes ont pris une petite ville à 24 km au nord de Mossoul et ont capturé plus de 200 Irakiens, a affirmé le général de brigade Vincent Brooks au Commandement central américain à Doha.

Les forces spéciales "adoucissent le champ de bataille" avant l'arrivée des troupes américaines à Takrit, située au nord de Bagdad, ont commenté des responsables militaires américains, qui pensent que des renforts irakiens vont arriver depuis le sud et le nord pour défendre la ville.

"Cette bataille n'est vraiment pas finie", a déclaré le capitaine Frank Thorp, porte-parole du Commandement central. "Nous savons qu'il y a de fortes probabilités de violents combats à venir", a-t-il prévenu. AP

Mossoul. Ils ont également pris le contrôle d'une colline située à 16 km au nord-est de Mossoul, où se trouvaient un radar irakien et un centre de communications à environ 1.000 mètres d'altitude.

L'aviation a frappé le sommet de cette colline, stratégique pour le système de défense antiaérienne irakien, pour ouvrir la voie à l'avancée des troupes terrestres kurdes.
Les forces spéciales appuyées par l'aviation ont aussi attaqué des positions irakiennes à environ 30 km au sud de la ville d'Erbil, dans le nord du pays, tuant des soldats irakiens et détruisant des chars.

BAGDAD

Combats. Les combats ne sont pas terminés dans Bagdad. Tôt jeudi, les Marines américains ont pris le contrôle d'un palais présidentiel situé dans le nord de la capitale irakienne après avoir livré trois heures de violents combats à coups d'artillerie lourde.
Un Marine a été tué et huit autres blessés quand leurs véhicules ont été touchés par des tirs de lance-grenades RPG. Le palais, installé sur cinq hectares, a subi d'importants dégâts.

"Nous ne sommes pas confrontés à une résistance organisée", a dit le capitaine Frank Thorp au commandement central américain (Centcom) à Doha au Qatar.
Les forces américaines opèrent cependant désormais dans toute la ville. Elles ont atteint la rive orientale du Tigre dans le centre de Bagdad, acclamées par des badauds brandissant des drapeaux blancs.

Pillages. Dans le même temps, les scènes de pillages que l'on avait déjà vu mercredi se sont répétées ce jeudi, visant cette fois-ci des bâtiments occidentaux. L'ambassade d'Allemagne et le centre culturel français à Bagdad ont été mis à sac jeudi par des pillards.

L'ambassade, située rue Karada, et le centre culturel, rue Abou Nawwas, ont été attaqués par les pillards peu après midi (08H00 GMT), selon le journaliste. Les accès à l'ambassade de France, située derrière le centre culturel, étaient bloqués par des barrières.

Les pillards sont rentrés dans la cour intérieure de l'ambassade d'Allemagne en voiture et même à cheval. Ils démontent tout ce qu'ils trouvent, le mobilier, les néons, les réfrigérateurs, les appareils vidéo.

Ils sont arrivés en familles et défilent pour, à tour de rôle, s'emparer de tout ce qu'ils trouvent.

Dans le centre culturel français, la scène est la même, tout est emporté par les pillards.
Un groupe de sept Français employés par la chancellerie française étaient restés à Bagdad pour assurer la protection des locaux, le personnel diplomatique ayant évacué la capitale irakienne.Voici le point sur les combats jeudi, au vingt-deuxième jour de guerre.

      

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