Bagdad dans la tourmente Courrier International - 07/04/2003 A Bagdad et à Bassorah, les forces anglo-américaines entrent dans les villes sans pour autant en prendre le contrôle. Dans la capitale irakienne, la bataille fait rage, tant sur le plan militaire que médiatique. Au plan international, l'après-Saddam se prépare activement. Plus de 60 chars américains et 45 véhicules blindés de transports de troupes ont atteint le centre de Bagdad ce matin, annonce The Guardian. Le quotidien britannique parle dimages de télévision montrant des blindés sattaquant aux murs du principal palais résidentiel de Saddam Hussein, sur les bords du Tigre. En outre, des tirs dartillerie lourde, de mortiers et de mitrailleuses étaient audibles dans la cité, précise le journal. La visibilité est également très faible dans la capitale irakienne, du fait dune tempête de sable et dépaisses fumées venant de tranchées où brûle du pétrole, une tactique des défenseurs irakiens pour gêner les assaillants, rappelle The Guardian. Un porte-parole de larmée américaine a déclaré que les soldats attaquaient directement le coeur de la ville et que jusque-là il ne sagissait que dincursions, mais que cette fois-ci était la bonne. Un point de vue que la Maison-Blanche sest empressée de pondérer en disant que cette attaque nétait pas encore la bataille de Bagdad tant annoncée, mais simplement une démonstration de force. The Independent signale toutefois que, pour linstant, les troupes irakiennes résistent autant quelles le peuvent et quune bataille intense a lieu autour de lun des palais présidentiels. De leur côté, après avoir été coincées presque trois semaines aux abords de Bassorah, les forces britanniques sont parvenues à pénétrer dans la deuxième plus grande ville dIrak. The Guardian décrit la colonne dune quinzaine de blindés, appuyée par des avions et des hélicoptères de combat, qui a pu atteindre le quartier général du parti Baas et le détruire. Ankara et Téhéran soutiennent Damas Les Britanniques viennent doffrir une amnistie et lasile politique en Grande-Bretagne à un général du haut commandement irakien en échange dinformations sur le régime de Saddam Hussein, révèle The Times. Lofficier - que le quotidien décrit comme le plus haut gradé dans le sud de lIrak - avait réclamé des garanties de sécurité pour sa famille, toujours dans Bassorah et sous la menace des fidèles de Saddam Hussein, avant de parler. Il semblerait quun raid des forces spéciales ait été organisé voilà plus dune semaine pour récupérer cette famille, écrit The Times. Le journal suppose quune nouvelle identité sera fournie à toutes ces personnes. Il sinterroge aussi sur laccueil qui sera fait à cette information au Royaume-Uni, car Tony Blair avait récemment affirmé devant le Parlement quaucun dignitaire du régime irakien ne bénéficierait de lasile politique. Autre allié des Etats-Unis dans cette guerre, lEspagne se prépare à encaisser le fruit de la fidélité sans faille dAznar à Bush, rapporte El País. Alors que le conflit nest même pas encore fini, le gouvernement Aznar a déjà commencé à négocier avec les Etats-Unis sa participation politique, militaire et économique à la reconstruction de lIrak. Rien de sensationnel - dautres pays négocient également -, samuse le quotidien espagnol, si ce nest que tout cela se fait en catimini, en cachette de lopinion publique. Les entreprises espagnoles sont actuellement très bien vues de Washington, reprend El País, et pourraient très vite bénéficier dune part des 1,9 milliard de dollars que lAgence fédérale pour le développement international va consacrer à la reconstruction de lIrak. Même si Andrew Natsios, administrateur de lAgence, a déclaré que cet argent est celui du contribuable américain et [qu] à ce titre il doit aller en priorité à des entreprises américaines afin daider à relancer léconomie des Etats-Unis. Enfin, la Turquie et lIran ont exprimé dimanche 6 avril, lors dune visite à Ankara du chef de la diplomatie iranienne, Kamal Kharazi, leur volonté dengager un dialogue avec la Syrie sur lIrak et plus particulièrement sur le nord du pays, contrôlé par des factions kurdes, annonce LOrient-Le Jour de Beyrouth. Le ministre des Affaires étrangères turc Abdullah Gül se rendra dailleurs le 13 avril à Damas. Ankara comme Téhéran craignent que les Kurdes irakiens ne proclament leur indépendance et propagent des idées séparatistes parmi les communautés kurdes de Turquie et dIran. Quant à la Syrie, sous pression américaine, elle recherche des soutiens politiques. Soutiens que Turcs et Iraniens sont prêts à lui fournir car, selon M. Kharazi, sans le soutien des pays voisins, il nest pas possible dassurer la stabilité en Irak. Or Abdullah Gül comme Kamal Kharazi insistent sur la sauvegarde de lintégrité territoriale de lIrak. |