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A Bordeaux, une centaine de Kurdes manifestent pour leur régularisation

Claudia Courtois
Le Monde - 07/04/2003

 

Ils sont une centaine, Turcs d'origine kurde. Depuis le 29 mars, ils manifestent à Bordeaux pour demander leur "régularisation collective". Au fil des jours, la situation s'est enlisée et une guerre psychologique s'est engagée entre eux et les autorités préfectorales et policières.

Les Kurdes se sont installés place de la République, en face du tribunal de grande instance. Une quarantaine d'entre eux – la plupart de Bordeaux, mais aussi de Lyon et de Marseille – sont des sans-papiers : ils ont déjà essuyé un refus auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), puis, en appel, auprès de la commission de recours des réfugiés.

Trois jours plus tard, le 1er avril à l'aube, ils ont été délogés par les CRS. Sur les 82 personnes dont les identités ont été contrôlées, 41 ont été conduites au commissariat avant d'être remises en liberté dans l'après-midi.

Seule consigne policière : ils avaient une semaine pour faire vérifier leur situation à la police aux frontières (PAF). Aucun n'y est allé. "Ils avaient trop peur d'être expulsés", explique Muriel, membre du comité de soutien. Depuis le début du mouvement, manifestants et comité de soutien avancent trois revendications : une garantie de non-expulsion, un local "pour constituer les dossiers correctement" et la demande au préfet de la Gironde de transmettre collectivement les dossiers à l'Ofpra. Ce dernier, Christian Frémont, a affirmé que leur situation serait prise en compte "en raison des événements actuels", mais qu'il était hors de question qu'ils restent sur cette place.

"GUERRE D'USURE"

Les manifestants se sont alors installés place André-Meunier, près de la gare, mardi. Une bâche a été tendue, tenue par des billons de bois, utilisés pour un brasero de fortune. Dessous, des duvets s'entassent. Depuis le 2 avril, ils sont une quarantaine à y dormir. Vendredi, ils ont été réveillés à 5 heures pour un nouveau contrôle au commissariat. Six d'entre eux sont restés au centre de rétention. Le lendemain, à 6 h 35, l'un d'eux était expulsé. Le même jour, la juge des libertés autorisait la prolongation de cinq jours de la rétention des autres. Un clandestin a depuis été libéré. L'administration attend un laissez-passer du consulat de Turquie pour rapatrier les quatre autres.

Pourquoi la préfecture a-t-elle libéré tout le monde lors du premier contrôle et en a arrêté six la seconde fois ? "Le 1er avril, nous n'avions pas eu le temps matériellement de mettre en œuvre les procédures de reconduite à la frontière", explique-t-on au cabinet du préfet. "C'est une guerre d'usure, lâche Vincent Aymard, président de l'Institut de défense des étrangers (IDE) dans la Gironde. On en expulse quelques-uns et on revient à la charge plus tard pour démotiver les autres et les faire se disperser." La préfecture ne veut pas voir cette situation s'enliser au cœur de la ville ni être à nouveau confrontée à une grève de la faim (Le Monde du 13 février).

Les avocats des quatre kurdes retenus ont fait appel de la décision du tribunal d'instance. Ils ont aussi déposé un recours demandant l'annulation des arrêtés de reconduite à la frontière.

L'audience est prévue dans l'après-midi du lundi 6 avril.

      

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