A Ankara, Colin Powell s'assure d'un soutien logistique turc Nicole Pope Le Monde - 03/04/2003 La Turquie a donné son accord pour le ravitaillement, via son territoire, des forces américaines stationnées au nord de l'Irak. Ainsi l'a annoncé Colin Powell, le secrétaire d'Etat américain, mercredi 2 avril, à la suite d'entretiens à Ankara avec les dirigeants turcs. "Nous avons résolu tous les points concernant le ravitaillement, au travers de la Turquie, des unités qui font un si bon travail au nord de l'Irak et maintiennent la situation stable", a déclaré M. Powell. La visite du secrétaire d'Etat américain visait à remettre les relations turco-américaines sur les rails, après une période de turbulence qui a secoué la longue alliance des deux membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). "La visite a renforcé nos relations et contribué à dissiper certains points concernant les rapports entre nos deux pays", a déclaré le ministre turc des affaires étrangères Abdullah Gül. Malgré la déception profonde qui persiste à Washington après le refus turc d'autoriser le passage de 62 000 soldats américains - un sentiment exprimé par M. Powell durant sa visite -, les Etats-Unis semblent avoir conclu que la Turquie demeure une alliée utile. Les difficultés rencontrées par la coalition dans le Sud de l'Irak n'ont fait que souligner la nécessité d'ouvrir d'autres voies d'accès pour ravitailler les forces et les civils en Irak. D'autre part, Washington veut maintenir le dialogue avec Ankara pour limiter le risque d'une intervention de l'armée turque au nord de l'Irak "Nous avons la situation sous contrôle. Il n'y a pas besoin de mouvement de troupes au travers de la frontière, a souligné M. Powell. Nous espérons que nous serons en mesure de contenir les problèmes sans qu'il soit nécessaire pour les troupes turques de traverser -la frontière-. Mais la Turquie est une nation souveraine. Et je ne peux pas dire à la Turquie, "Non, vous ne pouvez pas faire ce que vous pensez être nécessaire pour votre propre sécurité"." Une incursion turque semble peu probable dans l'immédiat, mais, à Ankara, les autorités continuent de suivre la situation au nord de l'Irak de très près. La prise de Kirkouk ou de Mossoul par les Kurdes irakiens, des mouvements de population visant à modifier l'équilibre démographique de ces villes, une activité accrue des militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, désormais rebaptisé Kadek) le long de la zone frontière ou l'exode de réfugiés en direction de la frontière turque pourraient provoquer une intervention. Les Etats-Unis, qui n'ont qu'une présence limitée au nord de l'Irak et ont besoin des peshmergas kurdes, doivent maintenir un équilibre délicat entre Kurdes irakiens et Turcs pour éviter des frictions. AMBIVALENCE DES AUTORITÉS Washington et Ankara se sont mis d'accord pour mettre sur pied un mécanisme d'alarme visant à éviter une crise En autorisant le passage de ravitaillement sur son territoire, Ankara, qui avait déjà ouvert son espace aérien aux avions américains, développe sa coopération avec Washington, mais sa contribution à la guerre contre l'Irak demeure limitée. L'achat et le transport des vivres et du carburant qui seront acheminés vers le nord de l'Irak devraient contribuer à soutenir l'économie du Sud-Est anatolien, une région déshéritée. La Turquie va aussi ouvrir ses bases aux avions de la coalition en difficulté ou transportant des soldats blessés, qui pourront être traités à l'hôpital d'Incirlik. Conscient de l'ambivalence des autorités turques, M. Powell n'a pas exigé un degré de collaboration qui aurait nécessité un vote au Parlement. Quelques centaines de manifestants avaient l'accueilli au cri de "Yankee go home". M. Powell a aussi promis qu'Ankara jouera un rôle important dans la reconstruction de l'Irak. 1 milliard de dollars (l'équivalent en euros) en faveur de la Turquie, qui pourrait utiliser ce don pour obtenir des crédits de 8,5 milliards de dollars, figurait dans la demande de fonds soumise par le président Bush au Congrès américain. |