Colin Powell s'est poliment félicité du soutien de ce «membre important de la coalition» même si les Etats-Unis avaient surtout besoin depuis un mois de faire passer des hommes et des armes plutôt que des cartouches de cigarettes. Le secrétaire d'Etat américain n'a d'ailleurs pas caché sa déception à l'égard de l'attitude des autorités turques. Il a reconnu que le refus du Parlement d'autoriser le déploiement de 62 000 soldats de la coalition a obligé Washington à changer en partie la donne. «La campagne se déroule de façon différente à ce qui avait été envisagé», a regretté Colin Powell.
La visite du haut responsable avait pour objectif affiché de réajuster les relations entre les deux pays mises à mal par les dérobades turques. Mais le dialogue de sourds est toujours de rigueur. Colin Powell a répété que l'armée turque n'avait pas à créer une zone tampon au Kurdistan irakien. «Nous avons démontré à nos amis turcs que nous surveillons la situation de très près. Elle est totalement sous contrôle et pour le moment il n'y a aucune raison pour que les troupes turques traversent la frontière», a rappelé le secrétaire d'Etat américain. La hantise de Washington est de voir se déclencher un conflit dans le conflit opposant la Turquie à l'opposition armée kurde au régime de Bagdad.
Les Etats-Unis ont parachuté voici quelques jours plus d'un millier d'hommes dans la région afin d'encadrer les pechmergas. Les combattants kurdes se sont rapprochés de Kirkouk et Mossoul, mais se retiennent d'attaquer les deux villes pétrolifères du nord pour ne pas provoquer une réaction d'Ankara. Car l'Etat turc soupçonne les Kurdes de vouloir s'emparer de la manne des hydrocarbures à des fins séparatistes.
Pour convaincre leur «ami de cinquante ans» de camper sur ses positions, Washington fait miroiter une aide d'un milliard de dollars qui pourra être convertie en 8,5 milliards de dollars de garanties de prêts. Par précaution, la contribution allouée par la Maison-Blanche doit encore être approuvée par le Congrès.
Le secrétaire d'Etat a également assuré que la Turquie, dont l'opinion publique est majoritairement antiaméricaine, pourra jouer un rôle important dans la reconstruction de l'Irak. Il a promis une «relation fructueuse entre la Turquie et l'Irak, dès lors que l'Irak entrera en phase de reconstruction».