Les Kurdes en direction de Kirkouk Le Figaro - 28/03/2003 Jusqu'ici, les peshmergas kurdes d'Irak semblaient paralysés par l'absence de déploiement américain dans le Nord, et par la menace, tangible, d'une entrée des troupes turques sur leur territoire autonome. Mais le débarquement, hier dans la nuit, d'un millier de soldats américains, et surtout la promesse faite par Ankara de ne pas entrer militairement en Irak sans coordination avec Washington, a changé la donne. Les Kurdes ont annoncé qu'ils allaient concentrer leurs forces sur le Sud, pour créer, en étroite liaison avec les Américains, l'amorce de ce fameux «front nord», qui fait si cruellement défaut aux troupes de la coalition. Objectif Kirkouk, ville stratégique du Nord irakien, située à 300 kilomètres de Bagdad, dont les Kurdes n'ont jamais caché vouloir faire leur capitale. Un groupe de peshmergas a d'ailleurs franchi hier la ligne de démarcation qui sépare le Kurdistan autonome du reste du territoire irakien. Un journaliste de l'agence Reuters a pu constater leur progression et interviewer le chef d'une unité combattante kurde, qui a affirmé que les hauteurs désertées par les troupes de Saddam Hussein étaient désormais sous contrôle des peshmergas. Les Kurdes ont progressé à partir de la ville de Chamchamal, qu'ils contrôlent, sur 4 kilomètres, sans avoir à affronter de soldats irakiens. Un journaliste de l'AFP rapporte pour sa part avoir observé la prise de contrôle d'une position irakienne sur la route menant à Kirkouk par les combattants de l'Union patriotique du Kurdistan. La partie nord de l'Irak vit depuis 1991 sous une autonomie de fait, contrôlée principalement par deux factions kurdes, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). La décision de la Turquie «va nous soulager d'un poids important en nous permettant de nous concentrer vraiment sur le Sud (vers l'Irak sous contrôle de Bagdad) et non sur le Nord (vers la Turquie)», avait déclaré, mercredi, le responsable des relations extérieures du PDK, Hoshyar Zebari. Désormais, «la présence militaire américaine va s'accroître», avait ajouté le responsable. Mais la progression vers Kirkouk sera observée avec attention par Ankara, qui considère cette région, autrefois intégrée à l'Empire ottoman, comme faisant partie de sa zone d'influence. Et qui, après quinze ans de lutte (1984-1999) contre une rébellion séparatiste kurde dans le sud-est de son territoire, redoute par-dessus tout, sans le reconnaître officiellement, l'éventuelle naissance d'un Etat kurde à ses portes en Irak. Hier, la Turquie a d'ailleurs précisé, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu'elle pourrait revenir sur son engagement de non-intervention en cas de menace grave pour sa sécurité. Les Turcs sont d'ailleurs déjà présents militairement du côté irakien, où ils compteraient actuellement près de 10 000 hommes. |