La Turquie appelée à tenir le cap des réformes Rafaële Rivais Le Monde - 28/03/2003 La Commission de Bruxelles a énoncé la marche à suivre qu'elle propose à la Turquie pour pouvoir engager, le moment venu, des négociations d'adhésion avec l'Union européenne. Elle appelle Ankara, dans un document de "partenariat d'adhésion" adopté mercredi 26 mars, à concrétiser les réformes démocratiques engagées et souhaite aussi ouvrir le débat sur le pouvoir des militaires. Pour encourager "les partisans de la réforme" à "garder le cap", la Commission propose parallèlement de doubler l'aide financière prévue pour la période allant de 2004 à 2006, qui passerait de 530 millions à plus de 1 milliard d'euros au titre de l'"aide de préadhésion". "Les exigences que nous fixons sont élevées, mais le défi peut être relevé", a déclaré le commissaire à l'élargissement, Günter Verheugen. Pour la Commission, il serait "catastrophique" que la guerre en Irak conduise la Turquie à interrompre ses réformes et à prendre des décisions qui la mettraient en contradiction avec ses alliés. M. Verheugen l'a mise en garde contre toute tentation d'envahir le nord de l'Irak, placé sous administration kurde : "Une pareille incursion aurait des conséquences sérieuses sur l'avenir des relations entre l'Union européenne et la Turquie", a-t-il prévenu. De même, la Commission souhaite qu'après la guerre la Turquie reprenne les négociations sur la question chypriote. A propos du rôle de l'armée dans le système politique irakien, "ce sont le Parlement et le gouvernement qui doivent contrôler l'armée, et non l'inverse", a insisté M. Verheugen. Cette critique du pouvoir militaire a été reprise par le député européen Arie Oostlander, membre néerlandais du groupe du Parti populaire européen, dans un projet de rapport sur la demande d'adhésion de la Turquie qui fera l'objet d'un vote en plénière au mois de juin. Ce rapport, qui a déjà suscité des critiques à Ankara, affirme que "le rôle de l'armée freine l'évolution de la Turquie vers un système démocratique pluraliste". Il réclame "une nouvelle Constitution non explicitement fondée sur le kémalisme mais sur les principes démocratiques européens". Le texte a fait l'objet d'un premier débat le 25 mars en commission, où le Vert Joost Lagendijk, président de la délégation UE-Turquie, l'a jugé "peu constructif". Dans un geste politique, le Parti de la justice et du développement (AKP) du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, vient de demander à adhérer au Parti populaire européen, où les réticences à l'égard de la Turquie sont les plus fortes. "Nous partageons avec ce parti des valeurs traditionnelles comme le respect de la famille",indique le chef de la délégation de l'AKP à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, Mercan Murat : "Nous ne sommes pas des islamistes modérés, mais des conservateurs démocrates". Le PPE hésite sur la conduite à tenir. René van der Linden, président du PPE à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, a en tout cas autorisé quatre membres de l'AKP à siéger dans son groupe, à compter du lundi 31 mars. |