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LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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Les pressions se multiplient sur la Turquie
pour qu'Ankara reste neutre dans le conflit

Nicole Pope
Le Monde - 25/03/2003

 

Malgré les réactions négatives que suscite sa prise de position, la Turquie n'a apparemment pas renoncé à son projet d'établir une présence au nord de l'Irak. "Les forces armées ont fait certains plans et préparatifs à ce sujet. Au moment et à l'endroit voulu, les décisions nécessaires seront prises et appliquées" a déclaré, lundi 24 mars, le chef de l'état-major turc, le général Hilmi Ozkök, après une discussion avec le premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Les troupes turques demeurent campées près de la frontière irakienne, mais jusqu'à présent aucun mouvement massif de réfugiés n'a été détecté qui justifierait leur intervention.

A Ankara, les autorités poursuivent leurs négociations avec l'envoyé spécial américain, Zalmay Khalilzad, revenu d'urgence dans la capitale turque pour tenter d'éviter un regain de tensions entre Turcs et Kurdes et de bloquer toute incursion turque susceptible de causer des affrontements en parallèle au conflit irakien.

Les Kurdes irakiens ont clairement indiqué qu'ils s'opposeraient à l'arrivée de troupes turques sur leur territoire. "Nous avons parlé du désir de la Turquie d'avoir une présence au nord de l'Irak. Nous n'avons pas encore d'accord sur ce sujet", a déclaré M. Khalilzad, après une journée de pourparlers avec ses interlocuteurs turcs. Les discussions devaient reprendre mardi. Le président George Bush a déclaré dimanche que les Etats-Unis ne voulaient pas de la Turquie en Irak.

Sur ce sujet, Washington semble en accord avec la "vieille Europe": l'Allemagne et la Belgique qui, avec la France, se sont opposées longtemps à un projet de l'OTAN permettant le déploiement de matériel défensif en Turquie, ont annoncé qu'une incursion turque remettrait en question l'accord finalement conclu par les membres de l'Alliance nord-atlantique. Les deux pays ont indiqué qu'ils pourraient retirer les équipes envoyées en Turquie pour assurer le soutien aux avions de reconnaissances Awacs et aux batteries anti-missiles Patriote déployés pour protéger la Turquie d'une éventuelle attaque irakienne. La Commission de l'Union européenne a également adressé un avertissement par l'intermédiaire de son porte-parole Jean-Christophe Filori. "Toute action par un voisin -de l'Irak-, qui pourrait déstabiliser la situation, serait très malvenue", a déclaré M. Filori, rappelant que l'UE était radicalement opposée à des incursions turques au nord de l'Irak. Le ministre des affaires étrangères belge, Louis Michel, avait déjà affirmé qu'il serait "impensable" d'accepter la Turquie au sein de l'Union européenne si elle devenait un des belligérants.

Sans répondre directement à leurs critiques, les autorités turques continuent d'affirmer que la Turquie n'a pas l'intention d'occuper le nord de l'Irak et qu'elle veut préserver l'intégrité territoriale de l'Irak. Ankara craint avant tout que la chute de Saddam Hussein cause le démantèlement de l'Irak et la formation d'un état kurde indépendant, qui pourrait raviver les aspirations nationalistes de ses propres Kurdes. "La Turquie est en Irak et sera en Irak, pour des raisons humanitaires et en raison de craintes de terrorisme", a déclaré Cemil Cicek, porte-parole du gouvernement, lundi.

Contraints de renoncer à l'ouverture d'un second front à partir de la Turquie, les Etats-Unis ont augmenté leur présence au nord de l'Irak et développé leur coopération avec les Kurdes irakiens. Ce rapprochement ne fait qu'augmenter les inquiétudes des Turcs qui, malgré une longue alliance, ne font guère confiance à Washington. Les Américains ont notamment ouvert un commandement de liaison et de coordination militaire (MCLC) au nord de l'Irak, placé sous le commandement du général Pete Osman, dont le but est de "synchroniser le soutien des opérations humanitaires, d'aider à éviter un conflit d'intérêt entre les opérations militaires et humanitaires en Irak et de coordonner les secours dans le nord de l'Irak".

Malgré la détérioration des relations entre Washington et Ankara, les Etats-Unis ne semblent pas vouloir entièrement écarter la Turquie et ils poursuivent le dialogue avec Ankara. La demande de fonds soumise par le président George Bush au Congrès américain pour le financement du conflit, prévoit un milliard de dollars d'aide financière pour la Turquie. Le montant est modeste mais serait le bienvenu pour l'économie turque : la compagnie aérienne Turkish Airlines a déclaré que ses passagers avaient diminué de moitié depuis le début du conflit, et la livre turque a atteint un plancher historique lundi.

   

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