Grève de la faim de Kurdes de Turquie à Toulouse Jean-Paul Besset Le Monde - 16/03/2003 A Montpellier et Fréjus, d'autres réclament également le statut de réfugié C'est la première conséquence humanitaire en France de la guerre annoncée en Irak. En quelques jours, Montpellier, Toulouse et Fréjus ont vu des Kurdes de Turquie occuper des églises pour réclamer le statut de réfugié politique. Invoquant le contexte international, ils ont entamé, dans les deux dernières villes, une grève de la faim. Soumis pour la plupart à un arrêté d'expulsion, ils craignent d'être renvoyés en Turquie au moment où, disent-ils, "la Turquie profite de l'atmosphère de guerre pour poursuivre l'extermination des Kurdes". Le mouvement a commencé à Toulouse. Ils sont 31, tous des hommes, à refuser de s'alimenter depuis samedi 8 mars. Dans le local des Motivés où ils ont trouvé refuge après avoir été expulsés d'une salle paroissiale de la basilique Saint-Sernin, ils restent groupés, serrés les uns contre les autres, silencieux, le front ceint d'un bandeau blanc sur lequel est écrit "gréviste" en rouge. Sur un drap, ils ont écrit : "Pour la liberté, pour l'égalité, nous irons jusqu'à la mort." De leur discipline collective se dégage une forte impression de solidarité et de détermination. Aucun d'entre eux ne parle français, même si certains sont en France depuis plusieurs années, et ils ne s'expriment que par l'intermédiaire d'une jeune femme turque qui traduit leur parole, toujours collective : "La vie en Turquie est impossible pour nous, les Kurdes, et nous n'avons aucune chance d'y vivre. Si nous devons mourir tous les jours là-bas, nous avons choisi de mourir ici. Nous réclamons 31 tombes ou bien 31 régularisations."
EXEMPLE DE BORDEAUX Leur revendication est aussi simple qu'intransigeante : ils veulent obtenir collectivement le statut de réfugié. Ils s'appuient pour cela sur l'exemple de leurs 27 compatriotes de Bordeaux qui, en janvier, après 38 jours de grève de la faim, se sont vu reconnaître tous ensemble ce droit. A la préfecture qui leur propose de traiter chaque cas "le plus humainement possible" et de favoriser un examen rapide des situations individuelles, ils opposent leur volonté d'obtenir une réponse générale. Ils demandent que des fonctionnaires de l'Ofpra viennent à Toulouse traiter directement de leurs cas, comme cela s'est passé à Bordeaux. "Ils sont arrivés à un point où leur vie n'a plus d'importance, confie Sezem, leur interprète. Entre eux, ils parlent de s'immoler par le feu s'ils ne parviennent pas à leurs fins." La menace n'est pas gratuite. Il y a quelques jours, dans le hall d'une annexe de la préfecture, un immigré kurde s'est aspergé d'essence et a mis le feu à ses vêtements. Le pire n'a été évité que grâce à l'intervention rapide du public et des gardiens. Les associations et les organisations politiques et syndicales qui soutiennent habituellement à Toulouse les mouvements de sans-papiers ont été prises de court. Aucune d'entre elles n'avait été prévenue de cette initiative. Un comité de soutien s'est cependant immédiatement constitué localement. A Montpellier (Héraut), une cinquantaine de Kurdes tous originaires de Turquie avaient été délogés à la demande de l'évêché de l'église Saint-Denis jeudi après-midi, tandis qu'à Fréjus (Var), 34 autres poursuivent une grève de la faim dans un local municipal mis à la disposition d'une association après s'être eux aussi initialement installés dans une église qu'ils ont accepté d'évacuer jeudi. Lundi 17 mars, un appel national devrait être publié, exigeant la régularisation de tous les Kurdes de Turquie résidant clandestinement en France. |