La crise chypriote vue par la presse grecque Alexia Kephalas Le Monde - 07/03/2003 L'ultimatum fixé au 10 mars par Kofi Annan met la pression sur les deux parties de l'île. Le 28 février, Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, n'était pas parvenu à obtenir des dirigeants chypriotes grec et turc un accord sur le plan de réunification de l'île, divisée depuis 1974. A sa demande, les deux parties doivent remettre le 10 mars à La Haye leur réponse accord ou désaccord concernant la tenue d'un référendum sur le plan de paix, le 30 mars. Ce plan vise la mise en place d'une fédération sur le modèle suisse, composée de deux entités qui cohabiteraient au sein d'un Etat central aux pouvoirs limités. Le nouvel Etat s'appellerait "République démocratique de Chypre". Le quotidien chypriote grec de centre gauche Politis affirme que "toutes les cartes se trouvent entre les mains de Kofi Annan". Celui-ci "est déterminé à obtenir un oui ou un non définitif des deux parties. Il n'autorisera aucune négociation, il sera uniquement permis à Tassos Papadopoulos -le leader grec- et à Rauf Denktash -son homologue turc- de donner leur réponse". Mais celle-ci n'est pas facile à obtenir. Jusqu'à présent, chaque camp attendait la décision de l'autre pour se prononcer. Mais, pour Politis, M. Annan "ne laisse plus aucune marge à l'une ou l'autre partie. Chaque dirigeant devra donner sa position et signer tout de suite". Le suspense est donc entier. I Kathimerini rappelle que "le nouveau président chypriote -grec- évite de dévoiler la position qu'il prendra à La Haye", même s'il laisse entendre qu'il sera favorable au plan de réunification. M. Denktash y semble, lui, hostile : "Il faut que vous sachiez que je ne suis pas d'accord avec ce plan", a-t-il déclaré au quotidien grec To Vima, qui ironise sur la mauvaise grâce du vieux leader turc : "Est-il vraiment utile de courir à La Haye et de multiplier les frais alors que nous pouvons avoir sa réponse dès à présent et par téléphone ?" GROGNE DU CÔTÉ TURC Mais "les pressions exercées sur M. Denktash, tant sur le plan international que de la part des partis turcs, s'intensifient", précise Ta Nea. Tout d'abord, explique le quotidien athénien, le chef des islamistes modérés au pouvoir à Ankara, Recep Tayyip Erdogan, prend cette situation très au sérieux. "Erdogan a plusieurs fois critiqué les positions de Denktash et insiste sur le besoin d'apporter une réponse au plan Annan", rappelle I Kathimerini. L'éditorialiste explique que la porte de l'Europe s'ouvrirait à la Turquie en cas de réunification de l'île. "Ankara ne permettra pas que M. Denktash ne se rende pas à La Haye", parie Politis. Par ailleurs, Eleftherotipia évoque le rebondissement, côté chypriote turc, du 4 mars. Ce jour-là, "quatre des cinq partis de la coalition gouvernementale soutenant Denktash ont, par surprise, voté pour l'organisation d'un référendum et donc pour le plan Annan". Enfin, Rauf Denktash doit faire face aux pressions du peuple chypriote turc lui-même. Le même quotidien annonce "l'organisation de plusieurs manifestations, dont une grève générale de durée indéterminée" qui a débuté le 6 mars, dans le but "de convaincre M. Denktash de démissionner". Pendant ce temps, la diplomatie s'active. A l'issue d'une réunion avec M. Papadopoulos, le 6 mars, le premier ministre grec, Costas Simitis, a demandé à Ankara de contribuer "de manière décisive" à lever l'impasse créée, selon lui, par "l'intransigeance" de M. Denktash. De son côté, le chef de l'entité turque était attendu à Ankara pour s'entretenir avec M. Erdogan. Les deux hommes se rendront ensuite à La Haye pour le rendez-vous crucial du 10 mars. Pour To Vima, le ministre des affaires étrangères grec, George Papandréou, "a raison de souligner que ce rendez-vous est une chance historique pour résoudre enfin le problème chypriote". |