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LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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Le plan B de Washington

HSY et PhR
Courrier International - 04/03/2003

 

Après le "non" turc à un déploiement militaire américain, les tensions au Conseil de sécurité et le début de la destruction de missiles par Bagdad, les Etats-Unis sont contraints de réviser leur stratégie politique et militaire.

Les récents développements dans la crise irakienne forment autant d'"obstacles politiques et idéologiques à l'objectif apparent de George W. Bush, qui est de renverser Saddam Hussein", constate "The New York Times". Néanmoins, Washington poursuit sa marche déterminée vers la guerre. L'analyste du "Times" estime que l'administration américaine est déjà passée à une phase supérieure. Plus question de savoir s'il faut intervenir ou non, mais jusqu'où aller et comment. "Une stratégie de saute-mouton" qui vise à "outrepasser les objections franco-germano-russes, l'intransigeance turque, les provocations nord-coréennes et l'anxiété de la Ligue arabe".
La guerre sans front nord
"Washington revoit sa stratégie globale de déploiement, compromise par le rejet du Parlement turc", annonce le quotidien panarabe "Al Hayat". Un plan B pour attaquer l'Irak est déjà prévu, et le commandant en chef des forces américaines en Europe, le général James Jones, a affirmé que l'armée américaine peut toujours prendre Bagdad sans les bases turques permettant d'ouvrir un front nord. Mais "Al Quds al-Arabi" est sceptique : "Le nord de l'Irak est stratégiquement crucial. Dans cette zone autonome se trouvent également des gisements de pétrole importants que les Américains souhaitent contrôler le plus rapidement possible." C'est probablement le Koweït qui sera la base à partir de laquelle des soldats américains pourraient être acheminés par pont aérien vers le nord de l'Irak, estime cet autre quotidien panarabe. "Les responsables koweïtiens ont favorablement accueilli cette solution. Plus de 100 000 soldats américains sont déjà stationnés au Koweït et les deux tiers du territoire koweïtien leur est déjà dédié et transformé en zone militaire interdite."
Des alternatives existent, mais un front nord permettrait de mener une guerre plus courte, moins sanglante et moins coûteuse. Surpris et dépités, "les Etats-Unis envisagent des sanctions économiques à l'encontre de la Turquie pour son refus d'accueillir les troupes américaines sur son sol, et évoquent le retrait de leur proposition d'aide financière", poursuit "Al Quds al-Arabi". En effet, l'aide économique pour compenser les retombées d'une guerre, n'a plus lieu d'être si l'allié turc ne s'implique pas directement dans les opérations. Les conséquences économiques de la décision du Parlement se font d'ailleurs déjà ressentir, relate de son côté "Al Hayat" : "La livre turque a perdu 5 % face au dollar et la Bourse d'Istanbul a plongé de 11 %."
Les "douze salopards" irakiens
Pour sa part, le "Wall Street Journal" traite sur sa une le thème du changement de régime en Irak. Le quotidien financier américain consacre une longue enquête aux cibles de la guerre qui, loin de se limiter au chef du parti Baas, concerneront "un cercle bien plus large de son entourage, d'une cinquantaine de personnes, généralement liées par les liens du sang ou par des liens matrimoniaux". Le département d'Etat, lui, pointe du doigt une liste restreinte à "douze salopards", dont le "WSJ" publie les photos. Ce cercle comprend notamment "les deux fils de Saddam, ses demi-frères et des membres de sa tribu, les Albou Nassir".
"L'élément le plus incertain dans le plan de guerre du Pentagone demeure le sort à réserver à ces piliers du régime de Saddam Hussein", note "le "Wall Street Journal". Nombre d'entre eux ont des états de service qui "interdisent toute amnistie ou réhabilitation", mais les rendent passibles de tribunaux pour crimes de guerre. Toutefois, l'administration américaine compte sur certains retournements de veste et des alliés potentiels au sein de la hiérarchie du parti Baas. A cet égard, "Washington aura plus de succès parmi les fonctionnaires de rang intermédiaire".
Quel Irak après Saddam ? Les exemples récents de la Bosnie et de l'Afghanistan peuvent certes alimenter le débat, mais "le choix d'une personnalité pour diriger le pays n'est pas fait", souligne le "Christian Science Monitor". L'installation d'un pôle de démocratie dans la région, évoquée il y a peu par le président Bush, est tout aussi périlleuse. "Certains ont mis en avant l'idée d'une 'cantonisation' selon le modèle fédéral de la Suisse, mais le danger est un développement à la libanaise, avec un Etat unitaire miné par de guerres incessantes entre différents groupes religieux." Selon l'éditorialiste du quotidien de Boston, "construire une démocratie en Irak n'est pas un programme quinquennal, et se débarrasser du régime de Saddam Hussein pourrait être la partie la plus facile".

  
 

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