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Les Etats-Unis accentuent leur pression militaire sur l'Irak

Le Monde - 04/03/2003

 

Malgré le rejet par le Parlement turc du déploiement de soldats américains au nord de l'Irak, les Etats-Unis continuent de resserrer l'étau militaire autour de Bagdad. D'après un quotidien britannique, des forces spéciales opèrent même déjà en Irak, pour confirmer les positions des forces irakiennes et des cibles militaires, et surveiller les puits de pétrole.

Washington révise sa stratégie militaire. Le refus du Parlement turc du déploiement de soldats américains en Antolie a contraint les stratèges du Pentagone à réviser leur stratégie, fondée sur une triple attaque de l'Irak par le nord, le sud et l'ouest. "Nous avons des plans de secours", a déclaré lundi un porte-parole du Pentagone, le lieutenant Dan Hetlage. L'alternative consisterait, selon les experts, à envoyer dans le nord de l'Irak des forces aéroportées à partir de navires de guerre en Méditerranée, voire de bases aériennes en Turquie.
Le refus turc pourrait néanmoins contraindre les Etats-Unis à reporter une éventuelle guerre contre l'Irak à la fin mars, voire à début avril, et poser des problèmes pour le contrôle des champs de pétrole du nord du pays, ont estimé lundi des responsables américains et des experts militaires.
Ce refus rend la situation "plus compliquée", a confirmé le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer. Plus d'une dizaine de navires remplis de chars américains et de matériel militaire attendent au large de la Turquie de pouvoir décharger. Selon des responsables du Pentagone, le vote du Parlement turc ne fait que repousser d'une semaine ou dix jours une éventuelle attaque. Les experts estiment cependant que le report pourrait atteindre deux semaines voire plus, jusqu'en avril et la nouvelle lune, afin de bénéficier de conditions plus favorables pour des opérations nocturnes, en particulier contre Bagdad.
Renforcement des moyens américains. Le secrétaire américain à la défense, Donald Rumsfeld, a signé au cours du week-end des 1er et 2 mars des ordres de déploiement dans le Golfe de 34 500 hommes supplémentaires, a annoncé lundi un responsable du Pentagone. Avec ces nouveaux effectifs, le dispositif militaire américain va atteindre près de 260 000 militaires. A terme, 48 000 Britanniques doivent venir renforcer le dispositif américain.
Cette annonce intervient quelques jours après la décision de déployer des bombardiers B-2 et un sixième porte-avions, le Nimitz, qui a appareillé lundi de la côte ouest américaine pour le Golfe, qu'il devrait atteindre dans une semaine.

Les forces spéciales déjà en action. Plusieurs milliers d'hommes des forces spéciales, dont 300 Britanniques, opèrent déjà en territoire irakien, rapporte le Daily Telegraph dans son édition du mardi 4 mars. Ces troupes font partie d'opérations combinées, incluant plus de 4 000 Américains et Australiens des forces spéciales, dont le centre de commandement se trouve au Qatar et les bases en Jordanie, au Koweït et en Turquie, selon le journal.
Les forces spéciales entrent et sortent comme elles veulent du territoire irakien, explique le Telegraph. Leur mission : surveiller les puits de pétrole, à l'ouest de Bagdad et dans le nord, qui seraient susceptibles d'être mis à feu par les Irakiens en cas d'attaque des alliés. La priorité des SAS a été de localiser les positions des troupes irakiennes et de confirmer sur le terrain que les cibles, prises par photos-satellite, ne sont pas des leurres, ajoute encore le quotidien. Ces mêmes unités sont en train de répérer dans le sud-ouest de l'Irak des zones où ils pourraient concentrer les nombreuses troupes irakiennes qui devraient se rendre dans les premières phases des combats.
Les actions des forces spéciales à l'intérieur de l'Irak coïncident avec l'intensification des raids aériens de ces jours-ci, indique toujours le quotidien. Sur le terrain, des avions de combat américains et britanniques ont bombardé lundi une série d'objectifs militaires irakiens dans le sud du pays, faisant six morts et 15 blessés, selon Bagdad. Londres a démenti que ce bombardement visait des installations "civiles".

Les Etats-Unis punissent la Turquie. Surpris et dépités par la décision du Parlement turc de refuser le passage aux forces américaines afin de prendre l'Irak en tenaille, les Etats-Unis ont indiqué que l'aide économique de 6 milliards de dollars (environ 6 milliards d'euros) promise à Ankara pour compenser les retombées d'une guerre en Irak était désormais compromise. "La majeure partie (de cette aide) n'aura pas lieu d'être s'il n'y pas d'implication directe" de la Turquie dans les opérations, a déclaré lundi le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher.
Les Etats-Unis sont également opposés à une intervention unilatérale de la Turquie dans le nord de l'Irak, a déclaré le sous-secrétaire d'Etat américain pour les affaires politiques, Marc Grossman, dans un entretien, mardi 4 mars, à l'agence turque Anatolie. Le responsable américain s'est déclaré "préoccupé" par la tension entre Ankara et les factions kurdes qui contrôlent le Kurdistan irakien depuis la fin de la guerre du Golfe, en 1991. M. Grossman a averti que "la Turquie pourrait manquer l'occasion de participer d'une manière plus large au processus de reconstruction d'un nouvel Irak".
La Grèce, qui préside pour six mois l'Union européenne, a salué la décision turque, la qualifiant "d'importante".
Des milliers de Kurdes irakiens ont eux manifesté lundi à Erbil, dans le nord de l'Irak, contre un possible envoi de soldats turcs dans leur zone. Les manifestants ont brûlé le drapeau turc devant le siège d'agences de l'ONU. Mardi, la presse turque dénonçait en termes virulents cette "provocation".

Washington pour un vote à l'ONU la semaine prochaine. Les Etats-Unis ont émis, lundi 3 mars, le souhait que le Conseil de sécurité des Nations unies se prononce dès la semaine prochaine sur leur projet de résolution ouvrant la voie à un recours à la force contre l'Irak. "Notre opinion est qu'il n'y a pas besoin de débat sur cette résolution très simple et directe", a déclaré l'ambassadeur américain aux Nations unies, John Negroponte, après un entretien avec l'ambassadeur guinéen, Mamady Traoré, dont le pays préside le Conseil en mars.
Malgré la destruction par Bagdad de ses missiles prohibés par l'ONU, la Maison Blanche a une nouvelle fois rejeté, lundi, une prolongation des inspections, par la voix de son porte-parole, Ari Fleischer. "(Saddam Hussein) trouve des choses qu'il dit n'avoir jamais eues et détruit en apparence des petites quantités de choses qu'il dit n'avoir jamais possédées", a estimé M. Fleischer, ajoutant que le président irakien pouvait très bien attirer l'attention de la communauté internationale sur les missiles Al Samoud 2 afin "d'enterrer" d'autres armes ailleurs.
L'Irak a annoncé poursuivre, mardi 4 mars, la destruction de ses missiles prohibés, en entamant celle de deux ou trois nouveaux Al-Samoud 2, alors que seize d'entre eux ont déjà été détruits entre samedi et lundi. De plus, un scientifique irakien, le troisième depuis vendredi, a pu être entendu en privé par des experts de la commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU (Cocovinu).

Proposition de compromis canadienne. Face aux divisions du Conseil de sécurité, le Canada a émis une proposition qui a reçu une réponse "très positive" lundi, lors d'une réunion à huis clos des membres non-permanents du Conseil selon un porte-parole du premier ministre canadien, Jean Chrétien. Ottawa suggère de mettre à l'épreuve l'Irak sur un certain nombre de questions toujours en suspens, que le chef des inspecteurs de l'ONU, Hans Blix, a déjà déterminées. L'Irak aurait jusqu'au 28 mars, ou à la mi-avril, pour répondre à l'ensemble des exigences, après quoi le Conseil de sécurité pourrait décider d'autoriser une action militaire contre le régime de Bagdad. Le Chili et le Mexique ont apporté leur soutien à ce plan lundi, et sept autres pays ont indiqué qu'ils pourraient pencher pour une idée de compromis. "Nous sommes toujours loin d'aboutir à un document", a toutefois souligné à l'issue de la réunion l'ambassadeur adjoint du Chili aux Nations unies, Christian Maquieira.

Initiatives papale et arabe. Le pape Jean Paul II, qui fait campagne pour éviter un conflit susceptible de coûter cher aux chrétiens du Proche-Orient, a dépêché à Washington le cardinal Pio Laghi, un ami de la famille Bush, pour remettre au président américain un message de paix. Il envisage de s'adresser personnellement au Conseil de sécurité si son message au président américain ne le convainc pas de renoncer à l'usage de la force, selon une source diplomatique vaticane.
Alors que l'organisation de la conférence islamique (OCI) doit tenir un sommet mercredi 5 mars à Doha (Qatar), le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a appelé à la tenue rapide d'un deuxième sommet arabe, après celui du week-end à Charm-el-Cheikh (Egypte).
De leur côté, cinq des six monarchies du conseil de coopération du Golfe (CCG) se sont regroupées autour d'une initiative visant à l'exil du président irakien Saddam Hussein et à la mise en place à Bagdad d'une administration transitoire sous l'autorité de la Ligue arabe et de l'ONU. Le CCG se compose de l'Arabie saoudite, des Emirats arabes unis, du Koweït, de Bahreïn, d'Oman et du Qatar.

Avec AFP et Reuters

        

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