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Les députés turcs disent "non" à Bush

Courrier International - 03/03/2003

 

Les obstacles politiques et logistiques contrariant les projets de guerre contre l'Irak ne cessent de s'accumuler. Le Parlement turc a refusé aux troupes américaines le droit d'utiliser son sol dans le cadre de cette intervention.

“Le gouvernement turc demandera au Parlement de voter une deuxième fois pour autoriser le déploiement de soldats américains dans le pays”, annonce le “New York Times” en citant le ministre des Affaires étrangères turc, Yasar Yakis. Sans préciser si la nouvelle proposition serait mise à l’ordre du jour du Parlement turc cette semaine, Yakis a déclaré que cette décision sera prise après “une évaluation complète” de la situation. “Il n’a pas non plus donné des détails sur les plans du gouvernement, ni sur le temps que prendra sa réflexion”, poursuit le “NY Times”, en insistant sur l’intensité des pressions américaines pour obtenir de son allié turc l’autorisation du déploiement de 62 000 soldats américains sur son territoire.

Selon le “Washington Post”, “si jamais un second vote est effectivement programmé, ce ne sera pas avant une semaine au moins. Probablement après le 9 mars, date de la tenue en Turquie d’élections législatives partielles”. Le quotidien américain relève que le vote contre le déploiement militaire est passé avec une courte majorité. Trois nouveaux députés arriveront au Parlement après les élections partielles, dont le leader du parti au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan, favorable à une présence militaire américaine dans le sud-est du pays. “Il est prévu que l’actuel Premier ministre, Abdullah Gül lui cède alors sa place, ouvrant la voie à un remaniement gouvernemental”, précise le “Post”.

Risques militaires et politiques
“Ankara oblige Washington à revoir ses plans”, constate le “Financial Times” de Londres. “Le revirement de la Turquie pourrait changer les plans américains”, enchaîne “USA Today”. Mais selon le “NY Times”, un “plan B” était d’ores et déjà prévu. Le “FT” précise que les analystes militaires estiment que “si les forces de coalition sont privées de l’ouverture d’un ‘front nord’ contre l’Irak, elles pourraient se contenter d’une attaque à partir du sud. Mais, dans ce cas de figure, la durée de la guerre sera plus longue.”

Mais les responsables américains continuent à espérer un accord de la Turquie, relève le “Washington Post”. En effet, constate le journal, les nombreux bâtiments de la marine américaine qui attendent depuis quelques semaines le feu vert pour débarquer leur cargaison en Turquie n’ont toujours pas reçu l’ordre de se diriger vers le Golfe. “Le soutien de la Turquie est certes souhaitable sur le plan militaire afin de limiter les pertes américaines. Mais une alternative existe pour permettre le positionnement des forces américaines dans le nord de l’Irak. C’est sur le plan politique qu’une invasion de l’Irak, menée par les Etats-Unis sans l’appui de la Turquie, risque d’affaiblir l’administration Bush qui a profondément besoin de l’aval de la communauté internationale”, poursuit le “Washington Post”. “A terme, ce sont les relations avec un important allié musulman au sein de l’OTAN qui seront endommagées.”

En refusant le déploiement de soldats américains, la Turquie prend également des risques. En premier lieu, celui de perdre un plan d’aide de 34 milliards de dollars censé relever l’économie du pays, qui traverse sa pire récession depuis 1945. Elle s’expose également à une sérieuse remise en question du versement, prévu par le Fonds monétaire international, d’une enveloppe de 16 milliards de dollars de prêts. “Maudite pauvreté !”, s’écrie le “Turkish Daily News”. “Si vous êtes riche, avec une économie solide, sans problème pour obtenir des crédits et doté d’une armée forte, alors vous pouvez résister.”

L’enjeu kurde
Mais le journal nuance son propos en constatant que même si l’économie turque était plus florissante, “la position stratégique du pays et ses relations avec les Etats-Unis le pousseraient à coopérer avec Washington”. Il n’y aura pas de “front nord” tant que la Turquie et les Kurdes d’Irak ne seront pas d’accord sur la présence de troupes turques dans le nord de l’Irak. “Les Américains doivent regagner la confiance des deux parties.” La Turquie craint l’instauration d’un Etat kurde autonome à ses frontières, armé par les Américains et contrôlant les ressources pétrolières de Mossoul et de Kirkouk. Quant aux Kurdes, ils ont clairement annoncé lors de la réunion de l’opposition irakienne dans le nord du pays, et en présence du délégué américain, Zalmay Khalilzad, leur “refus de toute intervention d’une force régionale sur leur territoire”.

“Les Américains déclarent ne pas vouloir instaurer en Irak une structure fédérale faible. Mais en même temps ils encouragent les Kurdes et les autres groupes d’opposition à renverser Saddam”, constate le “Turkish Daily News”. Ces déclarations officielles ne dévoilent pas “les réelles intentions des Américains dans la région. En fait, pendant la période de transition nécessaire pour la mise en place d’un nouveau gouvernement à Bagdad les soldats américains ne quitteront pas la Turquie. De même, les troupes turques ne quitteront pas l’Irak.”

“L’impatience de l’administration américaine pour obtenir le soutien turc pourrait conduire le peuple kurde vers un désastre. Un peuple réprimé depuis longtemps par ses voisins et souvent courtisé avant d’être lâché par Washington”, note pour sa part le “New York Times”. D’ailleurs, les négociations avec la Turquie et toutes ces complications qui se manifestent “nous offrent une avant-première des problèmes qui risquent d’accompagner une guerre et l’installation d’un nouveau gouvernement à Bagdad”. Et le “New York Times” de prévenir : “L’administration Bush essaie de convaincre un monde sceptique qu’elle est prête à se battre pour un Irak libre et démocratique. Une affirmation qui sera vite démentie si les Américains abandonnent le peuple kurde.”

HSY

        

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