Les obstacles politiques et logistiques contrariant les projets de guerre contre l'Irak ne cessent de s'accumuler. Le Parlement turc a refusé aux troupes américaines le droit d'utiliser son sol dans le cadre de cette intervention.
Le gouvernement turc demandera au Parlement de voter une deuxième fois pour autoriser le déploiement de soldats américains dans le pays, annonce le New York Times en citant le ministre des Affaires étrangères turc, Yasar Yakis. Sans préciser si la nouvelle proposition serait mise à lordre du jour du Parlement turc cette semaine, Yakis a déclaré que cette décision sera prise après une évaluation complète de la situation. Il na pas non plus donné des détails sur les plans du gouvernement, ni sur le temps que prendra sa réflexion, poursuit le NY Times, en insistant sur lintensité des pressions américaines pour obtenir de son allié turc lautorisation du déploiement de 62 000 soldats américains sur son territoire.
Selon le Washington Post, si jamais un second vote est effectivement programmé, ce ne sera pas avant une semaine au moins. Probablement après le 9 mars, date de la tenue en Turquie délections législatives partielles. Le quotidien américain relève que le vote contre le déploiement militaire est passé avec une courte majorité. Trois nouveaux députés arriveront au Parlement après les élections partielles, dont le leader du parti au pouvoir, Recep Tayyip Erdogan, favorable à une présence militaire américaine dans le sud-est du pays. Il est prévu que lactuel Premier ministre, Abdullah Gül lui cède alors sa place, ouvrant la voie à un remaniement gouvernemental, précise le Post.
Risques militaires et politiques Ankara oblige Washington à revoir ses plans, constate le Financial Times de Londres. Le revirement de la Turquie pourrait changer les plans américains, enchaîne USA Today. Mais selon le NY Times, un plan B était dores et déjà prévu. Le FT précise que les analystes militaires estiment que si les forces de coalition sont privées de louverture dun front nord contre lIrak, elles pourraient se contenter dune attaque à partir du sud. Mais, dans ce cas de figure, la durée de la guerre sera plus longue.
Mais les responsables américains continuent à espérer un accord de la Turquie, relève le Washington Post. En effet, constate le journal, les nombreux bâtiments de la marine américaine qui attendent depuis quelques semaines le feu vert pour débarquer leur cargaison en Turquie nont toujours pas reçu lordre de se diriger vers le Golfe. Le soutien de la Turquie est certes souhaitable sur le plan militaire afin de limiter les pertes américaines. Mais une alternative existe pour permettre le positionnement des forces américaines dans le nord de lIrak. Cest sur le plan politique quune invasion de lIrak, menée par les Etats-Unis sans lappui de la Turquie, risque daffaiblir ladministration Bush qui a profondément besoin de laval de la communauté internationale, poursuit le Washington Post. A terme, ce sont les relations avec un important allié musulman au sein de lOTAN qui seront endommagées.
En refusant le déploiement de soldats américains, la Turquie prend également des risques. En premier lieu, celui de perdre un plan daide de 34 milliards de dollars censé relever léconomie du pays, qui traverse sa pire récession depuis 1945. Elle sexpose également à une sérieuse remise en question du versement, prévu par le Fonds monétaire international, dune enveloppe de 16 milliards de dollars de prêts. Maudite pauvreté !, sécrie le Turkish Daily News. Si vous êtes riche, avec une économie solide, sans problème pour obtenir des crédits et doté dune armée forte, alors vous pouvez résister.
Lenjeu kurde Mais le journal nuance son propos en constatant que même si léconomie turque était plus florissante, la position stratégique du pays et ses relations avec les Etats-Unis le pousseraient à coopérer avec Washington. Il ny aura pas de front nord tant que la Turquie et les Kurdes dIrak ne seront pas daccord sur la présence de troupes turques dans le nord de lIrak. Les Américains doivent regagner la confiance des deux parties. La Turquie craint linstauration dun Etat kurde autonome à ses frontières, armé par les Américains et contrôlant les ressources pétrolières de Mossoul et de Kirkouk. Quant aux Kurdes, ils ont clairement annoncé lors de la réunion de lopposition irakienne dans le nord du pays, et en présence du délégué américain, Zalmay Khalilzad, leur refus de toute intervention dune force régionale sur leur territoire.
Les Américains déclarent ne pas vouloir instaurer en Irak une structure fédérale faible. Mais en même temps ils encouragent les Kurdes et les autres groupes dopposition à renverser Saddam, constate le Turkish Daily News. Ces déclarations officielles ne dévoilent pas les réelles intentions des Américains dans la région. En fait, pendant la période de transition nécessaire pour la mise en place dun nouveau gouvernement à Bagdad les soldats américains ne quitteront pas la Turquie. De même, les troupes turques ne quitteront pas lIrak.
Limpatience de ladministration américaine pour obtenir le soutien turc pourrait conduire le peuple kurde vers un désastre. Un peuple réprimé depuis longtemps par ses voisins et souvent courtisé avant dêtre lâché par Washington, note pour sa part le New York Times. Dailleurs, les négociations avec la Turquie et toutes ces complications qui se manifestent nous offrent une avant-première des problèmes qui risquent daccompagner une guerre et linstallation dun nouveau gouvernement à Bagdad. Et le New York Times de prévenir : Ladministration Bush essaie de convaincre un monde sceptique quelle est prête à se battre pour un Irak libre et démocratique. Une affirmation qui sera vite démentie si les Américains abandonnent le peuple kurde.