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Chypre pessimiste sur sa réunification

Frédéric Scamps
Le Figaro - 26/02/2003

 

En tournée depuis dimanche dans les pays clefs du conflit, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a mis tous les protagonistes de l'imbroglio chypriote au pied du mur. Dès son arrivée hier à Athènes, il a solennellement demandé qu'un accord sur son plan de paix soit «atteint le 28 février», conformément au calendrier qu'il avait fixé à la mi-novembre. Il a rappelé que les Nations unies, comme l'Union européenne, «préféreraient de beaucoup» que Chypre entre réunifiée dans l'UE. Or, le traité d'adhésion à l'Europe des dix nouveaux pays membres doit être signé le 16 avril à Athènes. En cas d'accord à Chypre, il faudra en outre organiser, le 30 mars, un référendum de ratification du plan de paix dans les deux parties de l'île, la zone chypriote turque au nord et la zone chypriote grecque au sud. Sinon, seule la partie grecque entrera dans l'Union.

«L'heure de la décision est arrivée», a déclaré le secrétaire général de l'ONU à l'aéroport, avant de s'entretenir, dans la soirée, avec le premier ministre grec, Costas Simitis. Tout au plus l'échéance du 28 février pourrait-elle être repoussée «de quelques jours», a-t-il ajouté. Kofi Annan doute fortement qu'une telle occasion de faire la paix se représentera de sitôt. «Que cela se produise, et que cela arrive dans un avenir proche, est incertain», a-t-il tenu à souligner.

Parmi les Chypriotes, c'est le pessimisme qui prévaut largement. «Les deux camps sont aussi éloignés l'un de l'autre qu'ils ne l'étaient auparavant», a fait savoir lundi le chef de la communauté chypriote turque, Rauf Denktash. Pour le nouveau président chypriote, Tassos Papadopoulos (qui doit prendre ses fonctions le 1er mars à la tête de la partie grecque de Chypre), un accord n'est «possible» que «s'il y a un changement dans la position turque». Tous les dirigeants grecs ont exprimé leur pessimisme, Simitis jugeant «quasi inexistantes» les chances d'un accord pour la fin du mois. Seuls les dirigeants turcs y croient encore, à prendre au pied de la lettre leurs déclarations. «Je crois que cette affaire peut être réglée avec les référendums» prévus fin mars, a affirmé lundi l'homme fort de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan.

Kofi Annan est arrivé dans la région après avoir transmis aux négociateurs, via son représentant permanent pour Chypre, Alvaro de Soto, d'ultimes retouches à son plan de paix (notamment sur les limites respectives des zones ethniques), déjà amendé en décembre. Résultat d'un an de pourparlers intensifs entre dirigeants des deux communautés sous l'égide de l'ONU, ce plan organise le pouvoir sur la base du modèle suisse, deux entités égales en droit, chypriote grecque et chypriote turque, cohabitant au sein d'un Etat central aux prérogatives limitées.

Chef de la République turque de Chypre du Nord, reconnue seulement par la Turquie, Denktash, qui n'a jamais formellement avalisé le plan Annan comme base de discussion, continue de revendiquer la coexistence de deux Etats souverains, en dépit des critiques à son encontre des nouveaux dirigeants d'Ankara et des manifestations massives d'hostilité de la population chypriote turque le mois dernier. Pour sa part, Papadopoulos, qui vient de se rendre en visite à Athènes, rappelle constamment que le projet de l'ONU doit être «viable et fonctionnel», mais se veut «réaliste», sachant que les marges de négociation sont «très limitées». Il s'est gardé de tout commentaire sur les ultimes propositions de Kofi Annan, prétendant ne pas les connaître en détail. A l'inverse, pour Denktash, celles-ci «offrent un gâteau aux Chypriotes grecs et des cacahuètes pour nous».

«Denktash réclame beaucoup de changements. Si Papadopoulos a la même position, ça n'avancera pas», observe un diplomate occidental à Nicosie, bien au fait des discussions. Selon lui, en cas d'échec, «les perspectives d'un règlement seront beaucoup plus sombres après le 16 avril» cette fois. Le succès dépend aussi de la capacité de la Grèce et de la Turquie, qui entretiennent chacune un contingent militaire à Chypre, à se mettre d'accord sur des garanties de sécurité sur l'île. Or, la première réunion bilatérale à ce sujet, la semaine dernière, s'est soldée par un fiasco, selon la partie grecque.

Pour tenter de faire pencher la balance du bon côté, les Britanniques ont proposé officiellement de rétrocéder à Chypre près de la moitié du territoire qu'elle possède (sans que cela affecte l'opérabilité des bases militaires qu'ils y entretiennent), mais à condition que la date butoir du 28 février soit respectée. Cela mettrait fin à vingt-neuf ans de division.

       

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