ISTANBUL (Reuters) - Le ministre turc des Affaires étrangères, Yasar Yakis, a déclaré qu'un accord était proche sur l'utilisation du territoire turc par les forces américaines comme tremplin en vue d'une éventuelle intervention en Irak.
Mais il a ajouté que certains points concernant le contrôle de villes irakiennes du Nord et de gisements pétroliers restaient en discussion.
Le ministre a dit à des journalistes que le conseil des ministres de lundi pourrait décider de soumettre un accord à la ratification du Parlement.
"Une mesure est possible demain au Conseil des ministres, mais il nous faut d'abord peaufiner les négociations", a dit Yakis cité par l'agence de presse anatolienne.
Le chef du parti au pouvoir, Tayyip Erdogan, a déclaré pour sa part qu'il n'existait dans l'immédiat aucun plan à soumettre au Parlement.
Washington réclame d'urgence le feu vert du Parlement afin de pouvoir décharger dans les ports turcs le matériel militaire qui attend au large, en Méditerranée.
Yakis avait expliqué dans la journée à la chaîne turque CNN que son pays voulait s'assurer que les armes américaines ne tomberaient pas entre les mains de rebelles kurdes au cours d'une guerre et que les forces turques seraient sous commandement turc.
Il a ajouté que la Turquie s'inquiétait de savoir qui contrôlerait les gisements pétroliers autour de Kirkouk et de Mossoul si les Etats-Unis interviennement militairement en Irak.
La Turquie craint, a-t-il dit, que les Kurdes irakiens expulsés de ces deux villes par le gouvernement irakien veuillent reprendre possession de leurs maisons et revendiquent éventuellement les gisements pétroliers.
"Selon la formulation dont nous nous approchons dans un accord, ces régions seront sous contrôle américain", a dit Yakis.
Aux termes de l'accord, la Turquie obtiendrait cinq milliards de dollars plus dix milliards de dollars de garanties de crédit pour aider son économie à faire face à l'impact d'une guerre.
INQUIETUDE DE PARLEMENTAIRES KURDES IRANIENS
Yakis a expliqué que son pays cherchait à obtenir un crédit-relais pour que l'argent soit disponible immédiatement en cas de guerre.
Il a cependant démenti tout marchandage. "Nous ne sommes pas des maquignons, nous sommes deux alliés en pleine discussions sur la manière de coopérer".
Le chef de la diplomatie turque a aussi expliqué que son pays voulait empêcher l'Irak d'éclater en plusieurs régions ethniques. La Turquie craint qu'une entité kurde indépendante dans le nord de l'Irak encourage les Kurdes turcs à reprendre les armes.
Les dirigeants kurdes irakiens, qui démentent toute velléité d'indépendance, ont contesté le plan turc de déploiement de troupes dans le nord de l'Irak sous prétexte d'aider les réfugiés.
"Personne ne veut de nouveau combat, bien sûr", a déclaré dimanche Hoshiyar Zebari, porte-parole du Parti démocratique kurde, à des journalistes à Arbil.
"Mais s'il y a incursion sous le prétexte: 'je vais vous donner une aide imposée', alors, croyez-moi, il y aura des heurts incontrôlés".
"Et ce sera mauvais pour l'image des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d'autres pays qui veulent aider l'Irak de voir deux de leurs alliés, la Turquie et le Kurdistan, se prendre à la gorge".
Zebari a ajouté que les dirigeants kurdes et les militaires turcs avaient l'intention de se réunir mardi pour préciser les plans turcs.
A Téhéran, les parlementaires kurdes iraniens ont également exprimé leurs préoccupations concernant les intentions de la Turquie en Irak et ils ont accusé Ankara de vouloir prendre le contrôle de Kirkouk et Mossoul, qui firent autrefois partie de l'empire ottoman.
Les 22 membres du groupe parlementaire kurde iranien ont écrit au secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, aux dirigeants de l'Union européenne et au président iranien Mohammad Khatami.
"Qui ignore dans le monde que les Turcs désirent le pétrole de Kirkouk et souhaitent annexer Kirkouk et Mossoul à leur territoire?", demandent les lettres. "Autoriser une présence militaire turque au Kurdistan irakien signifie autoriser un génocide et la fin de l'intégrité territoriale de l'Irak".