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Accord en vue entre la Turquie et les Etats-Unis

Le Monde - 21/02/2003

 

Un sommet américano-espagnol aux Etats-Unis et un sommet italo-britannique à Rome donnent l'occasion aux partisans de la manière forte à l'égard de l'Irak de resserrer leurs rangs.

Négociations entre Washington et Ankara. La Turquie devrait donner prochainement le feu vert à un déploiement des troupes américaines sur le sol turc en vue d'un éventuel conflit avec Bagdad, tandis que les Etats-Unis poursuivent leurs préparatifs militaires. "Nous avons réalisé des progrès satisfaisants dans les discussions que nous avons eues jusqu'à présent avec les Etats-Unis. Nous sommes assez proches d'un accord", a indiqué vendredi 21 février le ministre turc des affaires étrangères, Yasar Yakis, dans une interview télévisée. Les deux alliés négocient depuis plusieurs jours, notamment sur le montant d'une aide financière américaine à la Turquie, condition requise par Ankara pour autoriser les Américains à utiliser son territoire pour une possible invasion du nord de l'Irak.
Les consultations portent sur "les manières de coopérer en cas de guerre contre l'Irak", dans les domaines "militaire, économique et politique", a détaillé M. Yakis. Les discussions turco-américaines se déroulent dans une atmosphère "de confiance réciproque et de compréhension des inquiétudes de chacun", a pour sa part souligné le premier ministre turc, Abdullah Gul. La décision finale revient au Parlement, qui se prononcera "bientôt" sur le projet de loi autorisant la venue de soldats américains, selon M. Gul. Les plans de guerre américains, qui prévoient de prendre l'Irak en tenaille entre un front nord en Turquie et un front sud au Koweït, sont actuellement contrariés par l'attitude d'Ankara.

Préparatifs militaires. Le secrétaire d'Etat à la défense, Donald Rumsfeld, a assuré dans une interview jeudi soir sur la chaîne publique de télévision PBS : "Nous en sommes au stade où, si le président prend cette décision, le département de la défense y est préparé et a les moyens et la stratégie pour le faire."

En attendant, les premiers militaires américains sont arrivés dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 février en Roumanie à bord de cinq avions Hercules C-130, sur une base aérienne riveraine de la mer Noire, susceptible d'être utilisée en cas de conflit dans le Golfe. Le général Patrick Cordingley, qui commandait la 7e brigade blindée ("Rats du désert") pendant la guerre du Golfe en 1991, a estimé que les troupes britanniques seraient prêtes à participer à une éventuelle guerre en Irak "à partir de la mi-mars". Après un éventuel ultimatum donné à l'Irak, il faudrait "environ une semaine avant que les forces terrestres puissent bouger", a-t-il encore estimé.

Sur le plan diplomatique, les Américains devraient déposer la semaine prochaine aux Nations unies un projet de résolution sur l'Irak. Le texte proposé soulignera que "l'Irak n'a pas respecté la résolution 1441" qui lui fait obligation de désarmer, mais, selon les indications du secrétaire d'Etat Colin Powell, il ne contiendrait pas de "date butoir".

Sommets. Parmi les alliés de Washington, le premier ministre britannique, Tony Blair, et le président du conseil italien, Silvio Berlusconi, ont insisté à Rome sur la justification morale d'une intervention contre l'Irak si le président Saddam Hussein refuse de coopérer au désarmement de son pays. "Nous ne voulons pas la guerre. Personne ne veut la guerre. Mais cette question a une dimension morale. Si nous échouons à désarmer pacifiquement l'Irak, qu'en sera-t-il de l'autorité des Nations unies ?", a souligné M. Blair au cours d'une conférence de presse commune avec Silvio Berlusconi, à l'issue d'une réunion de près de trois heures.

Le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, a quitté Mexico vendredi, à l'issue d'une rencontre éclair avec le chef de l'Etat mexicain, Vicente Fox, sur la question de l'Irak, pour rencontrer le président américain George W. Bush, qui le recevra dans son ranch du Texas. Le président Bush a également invité pour mardi à la Maison Blanche le premier ministre bulgare, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha. Membre non permanent du Conseil de sécurité, la Bulgarie est, avec l'Espagne et la Grande-Bretagne, un des rares pays sur lesquels les Etats-Unis peuvent compter à l'ONU.

Opposé à une guerre dans l'immédiat, le président français, Jacques Chirac, a obtenu au 22e sommet franco-africain réuni à Paris le soutien de cinquante-deux Etats d'Afrique et a réitéré vendredi que "tout justifiait que l'objectif (du désarmement) soit atteint par des voies pacifiques, c'est-à-dire les voies de l'inspection et non par des voies militaires".

A Bagdad. Le président irakien Saddam Hussein a examiné avec ses plus proches conseillers civils et militaires les mesures à prendre en cas de guerre et a exhorté les Irakiens à se tenir prêts. Les inspecteurs ont poursuivi l'identification de missiles irakiens Al-Samoud 2 prohibés, et des équipes d'experts ont visité cinq sites dans la région de Bagdad. Deux avions de reconnaissance Mirage-IV français, dotés de caméras, ont décollé vendredi de leur base en France à destination de l'Arabie saoudite, où ils vont participer à la surveillance de l'Irak. Enfin, plus de la moitié des 1 000 employés étrangers des différentes agences de l'ONU en Irak auraient quitté récemment le pays.

Avec AFP et Reuters

       

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