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La Turquie ralentit les projets militaires américains

Le Monde - 20/02/2003

 

Le comité des plans de défense (CPD) de l'OTAN a approuvé la mise en œuvre de mesures de protection pour la Turquie en cas de conflit, mais Ankara souhaite obtenir le soutien économique des Etats-Unis.
Tensions entre Ankara et Washington. La Maison Blanche a averti, mercredi 19 février, qu'il n'y avait plus beaucoup de temps pour trouver un accord avec la Turquie sur la question du déploiement des troupes américaines, dans ce pays, en cas de conflit avec l'Irak. "Il ne reste plus beaucoup de temps" pour arriver à un accord, a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, lors d'un point de presse.

"Il vient un moment où les plans doivent être dressés, où les décisions doivent être prises et cela ne peut pas durer indéfiniment", a ajouté le porte-parole de George W. Bush. Ankara a autorisé début février des spécialistes américains à moderniser plusieurs bases et ports pour une éventuelle opération militaire. Mais un débat prévu initialement, mardi, au Parlement turc sur le déploiement des troupes américaines a été reporté sine die dans l'attente de la conclusion d'un accord économique.

Parallèlement, l'OTAN a approuvé, mercredi, la mise en œuvre de mesures de protection pour la Turquie en cas de conflit avec l'Irak. Les mesures de protection pour la Turquie portent sur le déploiement préventif de batteries de missiles anti-missiles Patriot et d'unités spécialisées de protection contre les armes chimiques et bactériologiques (NBC), qui seront fournis au niveau national par des Etats membres, ainsi que d'avions de surveillance de type Awacs en possession de l'OTAN. "La solidarité de l'Alliance a prévalu", s'est aussitôt félicité dans un communiqué l'ambassadeur américain à l'OTAN, Nicholas Burns. Cette décision a été prise lors d'une brève réunion du comité des plans de défense (CPD) de l'OTAN, où sont présents 18 des 19 membres de l'Alliance [la France s'est retirée du comité en 1966], trois jours après le déblocage politique qui avait mis fin à une semaine de crise.

Londres essaie de gagner du temps. Alors que les Etats-Unis ont annoncé qu'ils examinaient avec leurs alliés un projet de "deuxième résolution" qui "pourrait être annoncée dès cette semaine, peut-être la semaine prochaine", Londres tente de persuader les Etats-Unis d'accorder à la diplomatie trois semaines supplémentaires avant qu'il soit demandé à l'ONU le feu vert à une intervention militaire, écrit mercredi le Times. Le premier ministre, Tony Blair, et Jack Straw, son ministre des affaires étrangères, ont suggéré la date du 14 mars pour la réunion à l'ONU, ajoute le journal. "Je veux une seconde résolution si nous devons décider d'une action militaire. Et je pense qu'il faudra beaucoup débattre avant de parvenir à une décision à l'ONU", a déclaré M. Blair, tout en assurant "il n'y a pas de course à la guerre". M. Blair souhaite disposer d'assez de temps pour parvenir à convaincre les pays réticents, comme la France, que le président irakien Saddam Hussein n'a pas coopéré avec les inspecteurs de l'ONU. La Grande-Bretagne a recommandé mercredi à ses ressortissants de quitter le Koweït et l'Irak, "en raison de l'accroissement de la tension dans la région et du risque d'opérations terroristes".

Dissensions en Europe. A Rome, le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a demandé aux Etats-Unis de "ne pas cultiver la solitude" dans la gestion de la crise irakienne, tout en assurant l'administration américaine de son soutien. Tandis qu'à Berlin le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a répliqué indiquant qu'il ne voyait actuellement "aucune raison pour une nouvelle résolution" de l'ONU. "L'obéissance de l'Irak à l'ONU n'a pas de précédent", a soutenu pour sa part l'ambassadeur d'Irak à l'ONU, Mohamed Al-Douri, lors d'un débat public au Conseil de sécurité, évoquant une coopération avec les inspecteurs "pleine" et "active". Une soixantaine de pays se sont inscrits pour participer mercredi à ce débat.

Reprise du débat public au Conseil de sécurité. Le débat public sur l'Irak devant le Conseil de sécurité de l'ONU, qui donne à la majorité des intervenants l'occasion de manifester leur opposition à l'intervention militaire contre Bagdad que préparent les Etats-Unis, a repris mercredi. Trente-deux orateurs, dont le représentant du Vatican, sont inscrits sur la liste provisoire de ce débat. A l'ouverture de la séance, l'ambassadeur allemand, Günter Pleuger, qui assure la présidence du Conseil pour le mois de février, a rappelé aux orateurs qu'ils devaient limiter leur intervention à sept minutes maximum et que, afin de gagner du temps, ils pouvaient se dispenser de prononcer les habituelles formules de félicitations à son égard.

Pas de sommet extraordinaire de la Ligue arabe. Les chefs d'Etat arabes ne tiendront pas de sommet extraordinaire sur l'Irak et se réuniront uniquement en session ordinaire en mars, a annoncé mercredi un responsable à la Ligue arabe. "Le sommet extraordinaire sur l'Irak n'aura pas lieu, en raison des divergences arabes. Les pays arabes se concertent actuellement sur la date et le lieu de la tenue d'un sommet arabe ordinaire en mars", a précisé ce responsable. Il a indiqué que le sommet ordinaire aurait lieu "probablement au Caire, dans le courant du mois de mars et non au début du mois". Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, avait annoncé auparavant qu'un sommet arabe se tiendrait en mars, laissant entendre que la réunion extraordinaire sur l'Irak prévue en février serait annulée. L'annulation du sommet extraordinaire intervient après une réunion houleuse des ministres arabes des affaires étrangères, dimanche au Caire, consacrée à l'Irak. Le Koweït et le Qatar ont protesté contre le Liban, qui, en tant que président en exercice du sommet annuel arabe, avait présidé la réunion de dimanche, affirmant que le communiqué final avait été adopté sans le soumettre au vote.

Avec AFP et Reuters

       

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