INSTITUTION ROMANTIQUE autant que commerciale, la Saint-Valentin peut aussi devenir un jour béni pour les psychologues expérimentaux : en scrutant les amoureux qui, ce jour-là plus qu'un autre, ne manqueront pas de manifester leur affection, ils pourront observer un phénomène mis en évidence par leur collègue Onur Güntürkün, de l'université de Bochum, en Allemagne, selon lequel deux tiers des baisers s'échangent tête penchée vers la droite. Cette statistique est tirée de l'observation méthodique de 124 couples dans des aéroports, des gares, des plages et des jardins aux Etats-Unis, en Allemagne et en Turquie. Comme il le décrit dans la revue Nature du 13 février, Onur Güntürkün a suivi des critères précis : "contact des lèvres, position face à face, pas d'objets dans les mains (ce qui pourrait induire une orientation préférentielle) et une orientation de la tête évidente durant le baiser". L'âge des sujets observés allait approximativement de 13 à 70 ans.
Cette préférence pour la droite ne serait que l'une des "asymétries comportementales" repérées chez l'être humain. Le ftus et le nouveau-né présentent cette même préférence, laquelle pourrait influencer le développement visuel et moteur de l'individu. "Ma découverte pourrait être liée à d'autres formes de latéralité par exemple, préférer le pied, l'oreille ou l'il droit qui n'apparaissent que longtemps après que la préférence du nouveau-né pour le côté droit a disparu", avance le chercheur.
Reste que pour s'embrasser, comme le note finement Onur Güntürkün, il faut être deux, ce qui soulève une question pour laquelle l'étude du chercheur n'offre qu'une pauvre réponse statistique : de quel côté les têtes balancent-elles lorsqu'un bécoteur de gauche rencontre une papouilleuse de droite, ou inversement ?