Le débat s'enlise à l'Otan Philippe Gélie Le Figaro - 12/02/2003 Alors que les alliés sont toujours à la recherche d'un compromis, Paris est ouvertement accusé de saper l'autorité des institutions internationales. Le débat menace de s'enliser à l'Otan, en l'absence d'accord sur les préparatifs d'une guerre en Irak. Les ambassadeurs des dix-neuf Etats membres se sont réunis une nouvelle fois en vain hier soir, après un déjeuner à huis clos. Rendez-vous est de nouveau pris pour ce matin. Malgré une pression politique et médiatique de plus en plus forte, le front commun franco-belgo-allemand semble résister à la «diplomatie de couloirs». C'est la tactique privilégiée hier par le secrétaire général de l'Alliance, lord George Robertson. D'«intenses consulta tions» bilatérales ont d'abord entraîné le report d'une réunion du Conseil de l'Atlantique Nord (NAC) prévue en fin de matinée. Puis le déjeuner informel qui rassemble chaque mardi les ambassadeurs chez l'un d'entre eux, hier chez le Portugais, s'est prolongé jusqu'au milieu de l'après-midi. Mais lors de la troisième délibération en trois jours sur l'aide à la Turquie, les ambassadeurs du «front du refus» ont fait savoir qu'ils n'étaient pas mandatés pour accepter un compromis. Plusieurs hypothèses ont été évoquées. Lord Robertson aurait mis sur la table une nouvelle proposition, visant exclusivement à «rassurer l'opinion turque sur sa sécurité» en mobilisant des moyens défensifs. L'idée de laisser aux Etats membres quelques jours pour en «délibérer» a été évoquée. Dans cette hypothèse, la prochaine réunion décisive du NAC se tiendrait vendredi ou samedi, après la présentation à New York du rapport des inspecteurs en désarmement de l'ONU. Mais le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, a réitéré hier l'espoir «que les alliés se mettent d'accord dans les 24 heures». Par rapport aux six demandes initiales des Etats-Unis, l'implication de l'Otan serait profondément revue à la baisse. Devenues turques et non plus américaines (Ankara ayant invoqué l'article IV de la Charte de l'Alliance), les demandes adressées aux alliés se limiteraient à la surveillance de la frontière irako-turque par des avions radars Awacs, au déploiement de missiles antimissiles Patriot et à l'envoi d'unités spécialisées contre les attaques chimiques et biologiques. La question d'une protection renforcée des bases alliées dans chaque Etat membre restait en suspens. Face aux quinze Etats membres alignés sur les Etats-Unis, Paris, Berlin et Bruxelles maintiennent une position de principe qui pourrait rester irréconciliable avec tout compromis. Soucieuses de rassurer la Turquie, seul allié frontalier de l'Irak, les trois capitales refusent néanmoins de donner le signal que l'Otan bascule dans une «logique de guerre». Le bras de fer au sein de l'Alliance préfigure ainsi un débat encore plus difficile au Conseil de sécurité : c'est ce qu'a estimé hier Colin Powell, pour qui le blocage à l'Otan vise essentiellement à faire pression sur l'ONU. Néanmoins, la formule susceptible de «sortir» des délibérations d'aujourd'hui pourrait répondre à une exigence centrale des trois pays récalcitrants, en replaçant l'Alliance derrière l'ONU, et non devant. A défaut de recueillir l'agrément des trois, elle risque ainsi de miner leur solidarité. Hier, le principal espoir du groupe majoritaire était de voir l'Allemagne changer de camp sous la pression. «Les Allemands ne sont pas à l'aise», admettait un diplomate d'un des trois pays qui ont opposé leur veto. D'autant que Berlin préside le Conseil de sécurité des Nations unies... «La France veut attendre, la Turquie est pressée, les Etats-Unis font pression», a résumé hier un diplomate. Lord Robertson a téléphoné aux ministres pour tenter d'infléchir leur position. Il lui revient de convoquer ou de suspendre les réunions, selon qu'il veut maintenir la pression ou détourner l'attention de l'enlisement des alliés. |