A l'OTAN, double veto de la France et de la Belgique aux Américains Laurent Zecchini Le Monde - 10/02/2003 Paris et Bruxelles tiennent sur leur position de refus d'une "logique de guerre" "Le vrai sujet doit être celui de la protection de la Turquie, et non une instrumentalisation de l'OTAN à des fins de communication" : cette mise au point de Michèle Alliot-Marie, ministre française de la défense, faite ce week-end à Munich lors de la Conférence internationale sur la politique de sécurité, résume les raisons pour lesquelles, depuis près de trois semaines, la France, mais aussi l'Allemagne et la Belgique, s'opposent à une demande conjointe des Etats-Unis et de la Turquie : Washington et Ankara demandent à l'OTAN d'examiner un ensemble de six mesures visant à protéger la Turquie d'éventuelles attaques irakiennes. Ces trois pays - le Luxembourg, qui avait un temps fait partie de la "bande des quatre", s'est finalement laissé convaincre par les arguments de Washington - discernent dans cette initiative une volonté américaine de faire apparaître une solidarité de l'OTAN avec la perspective d'une guerre contre l'Irak : si l'Alliance protège la Turquie, cela signifie de facto qu'elle accepte, voire soutient, "la logique de guerre" américaine, alors même que Paris, Berlin et Bruxelles restent mobilisés en faveur de celle des inspections des Nations unies. Lundi 10 février, la France et la Belgique ont réitéré leur opposition aux demandes américaines. Les ambassadeurs des dix-neuf pays membres de l'Alliance devaient tenir une réunion de crise dans la matinée. Après cette nouvelle rebuffade aux propositions américaines, la Turquie annoncerait une demande de consultations dans le cadre de l'article 4 du traité de l'Atlantique nord. Ces consultations sont de droit lorsque l'une des parties estime que son "intégrité territoriale", son "indépendance politique" ou sa "sécurité" est menacée. Si elle se confirme, cette procédure prendra quelques jours, mais la France, pas plus que d'autres pays, ne s'y opposera. On entrera en effet dans un tout autre cas de figure : la liste des mesures demandées par la Turquie sera nettement plus courte que celle initialement déposée par Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone. Il s'agira pour l'essentiel du déploiement en Turquie de batteries de missiles antimissiles Patriot, de l'envoi d'avions Awacs de l'OTAN pour surveiller le territoire frontalier avec l'Irak, et enfin de mesures de protection civile qui pourraient être étendues aux risques d'attaques chimiques. La question des missiles Patriot est de facto résolue depuis que les Pays-Bas et l'Allemagne ont fait part de leur intention d'envoyer à la Turquie les missiles qu'elle demande. Comme, dans ce cas de figure, c'est la Turquie seule qui solliciterait la solidarité des alliés, il ne serait plus question des autres demandes initiales de Washington, notamment le remplacement de troupes américaines par celles de l'OTAN dans les Balkans, l'appui de l'OTAN pour la protection des routes maritimes, et son éventuelle intervention dans la période post-conflit en Irak. La Turquie, mais aussi la France, l'Allemagne et la Belgique, auraient ainsi gain de cause, obligeant les Etats-Unis à battre en retraite. Plusieurs gouvernements ont fait valoir à Ankara que le fait d'invoquer l'article 4 revient à confirmer que son engagement aux côtés des Etats-Unis comporte des risques : une démonstration qui n'est pas du meilleur effet au moment où le premier ministre turc, Abdullah Gül, est critiqué pour prêter main forte à Washington. |