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A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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Abdullah Gül, premier ministre turc :
"Nous sommes dans une position très difficile"

Laurent Zecchini
Le Monde - 08/02/2003

 

Les Etats-Unis vous accusent de "traîner les pieds" s'agissant de votre engagement à leurs côtés dans une guerre contre l'Irak.

Les Etats-Unis sont notre partenaire stratégique. Nous ne voulons pas détériorer cette alliance. En même temps, la Turquie est un pays voisin de l'Irak, et nous sommes le seul pays démocratique, avec une société ouverte, de la région. C'est pourquoi nous sommes dans une position très difficile. Nous devons prendre en considération les sentiments de notre opinion publique : un sondage vient de nous indiquer que 94 % de la population turque est hostile à la guerre, comme le sont les partis d'opposition. Donc, d'un côté, nous voulons préserver notre allié stratégique ; de l'autre, nous recherchons une solution pacifique. Pour cela, j'ai rencontré tous les leaders de la région, afin de trouver une solution non violente à cette crise. En même temps nous avons adressé des appels pressants à l'Irak et nous espérons qu'ils seront entendus. Nous avons fait de notre mieux. Nous allons encore essayer.

Après l'intervention du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, au Conseil de sécurité de l'ONU, ne pensez-vous pas que la décision des Américains est déjà prise ?

Non je ne crois pas, il faut attendre la décision que le président Bush prendra après le 14 février -date du nouveau rapport des inspecteurs de l'ONU-. Il est encore temps pour une solution pacifique, même s'il n'en reste plus beaucoup. Les conséquences d'une guerre seront difficiles pour tout le monde. Les Turcs se souviennent qu'en 1991 500 000 réfugiés ont pénétré en Turquie. Nous avons souffert des conséquences économiques de la guerre. Voisins directs de l'Irak, nous supporterons les conséquences directes d'un conflit. Personne ne pourra dire que nous n'avons pas tout fait pour l'éviter.

Les sondages que vous évoquez ne laissent-ils pas penser que votre gouvernement va prendre un risque politique élevé en soutenant Washington.

Nous n'allons pas coopérer avec les Américains pour leur faire plaisir : nos intérêts sont en jeu, parce que nous ne voulons pas que l'Irak soit démembré. S'il y a une guerre en dehors de notre contrôle, nous ne pouvons pas fermer les yeux, vu notre proximité avec ce pays. L'intégrité territoriale de l'Irak est pour nous essentielle.

Si la guerre éclate, nous devons prendre des précautions, y compris pour des raisons humanitaires. D'abord nous devons arrêter le flux des réfugiés. Ensuite, nous devons protéger les gens d'éventuels massacres, comme ceux qui ont eu lieu pendant la première guerre du Golfe. Les Turcs, les Turkmènes, les Kurdes, les Arabes, ce sont tous des membres de notre "famille", leur sort nous préoccupe.

Quels pourraient être les aspects positifs, pour la Turquie, d'une éventuelle guerre contre l'Irak ?

Nous ne voulons pas que tous ces gens dont je vous ai parlé pâtissent des conséquences de la guerre. En 1991, lorsque nous avons accueilli 500 000 réfugies, les Européens nous ont fait des tas de promesses. Malheureusement, seulement 10 000 à 15 000 réfugiés ont été accueillis par l'Europe, les autres sont restés en Turquie.

D'autre part, nous ne voulons pas voir l'émergence d'un autre Etat -kurde- dans la région.

Si guerre il y a, le soutien de la Turquie aux Etats-Unis doit-il être récompensé, financièrement ?

Ce n'est pas quelque chose d'essentiel mais, bien sûr, si nous supportons les conséquences économiques de cette guerre, il est tout à fait normal que nous obtenions une aide et une compensation, ne serait-ce que parce que des dizaines de milliers de Turcs ont de la famille dans le nord de l'Irak. Donc, nous aurons besoin d'une certaine aide économique.

Estimez-vous que les préoccupations pétrolières des Américains sont un facteur important ?

Il peut y avoir des gens qui, à Washington, pensent que c'est le cas, mais je continue de croire que l'administration américaine, le président George W. Bush, préféreraient une solution pacifique.

    

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