La Turquie donne son feu vert au déploiement des GI Eric Biegala Le Figaro - 07/02/2003 Le Parlement d'Ankara a voté hier en faveur d'une assistance militaire de trois mois Par 308 voix «pour» et 196 «contre», le Parlement turc a autorisé hier plusieurs milliers de soldats du génie américain à opérer une mise à niveau des infrastructures portuaires et aéroportuaires du pays en vue du transit d'au moins 20 000 soldats américains. La Turquie vient ainsi de clairement s'aligner sur les velléités d'intervention américaine en Irak, tout en se réservant la possibilité de faire valoir ses propres intérêts dans la région. Notamment en ce qui concerne les hydrocarbures. Contrairement à ce qui était espéré à Washington, la motion la plus importante celle devant autoriser l'US Army à se déployer sur le sol turc pour y établir une «base d'assaut» vers le nord irakien ne sera pas présentée au Parlement turc avant le retour des vacances religieuses de Kurban bayram, c'est-à-dire avant le 17 février. Les pressions américaines le vice-président Dick Cheney a passé 40 minutes au téléphone avec le chef du gouvernement turc ce mardi n'ont guère eu de succès. Les stratèges du Pentagone envisagent en effet de faire transiter par la Turquie une force d'au moins 20 000 hommes, susceptible de fixer les troupes de Saddam au nord du pays, l'essentiel de l'offensive se déroulant à partir du sud. La grande majorité des Turcs et une bonne partie des parlementaires sont toutefois opposés à un déploiement américain d'importance sur le sol turc, comme d'ailleurs à toute opération contre l'Irak. Mais pour le régime l'enjeu principal est ailleurs... «Nous voulons que la Turquie puisse contrôler [le Kurdistan irakien]. Nous voulons que des troupes turques quatre fois plus importantes que les troupes américaines qui devront s'y déployer pénètrent dans le nord irakien», aurait ainsi plaidé le chef du gouvernement auprès de l'opposition parlementaire selon le quotidien Yeni Safak. Plaidoirie efficace : Deniz Baykal, le chef de l'opposition, a indiqué qu'il ne s'opposerait nullement à une telle défense des «intérêts nationaux» turcs. La troisième motion que le gouvernement s'apprête à soumettre aux députés après les vacances turques n'est autre en effet que l'autorisation de déployer l'armée en Irak. «Les soldats turcs ne participeront pas à la guerre ; ils ne combattront pas», insistait hier Abdullah Gül à l'occasion d'une conférence de presse. «Ils seront [dans le Nord irakien] pour prévenir des massacres, des vagues de réfugiés et l'établissement d'un Etat [kurde] indépendant là-bas», précisait par ailleurs le chef du gouvernement, cité par le quotidien Hürriyet ; «nous voulons que nos soldats s'affranchissent de toutes ces tâches sans tirer un seul coup de feu». L'avenir politique de l'Irak était d'ailleurs au centre d'un véritable «conseil de guerre» qui a réuni hier à Ankara Kurdes irakiens, Turcs et Américains en la personne de Zalmai Khalilzad, représentant de l'Administration Bush auprès de l'opposition irakienne. «Les diverses parties ont simplement énoncé leur point de vue sur la question [de l'après-Saddam]. Pour notre part, nous avons réitéré notre position en faveur d'un Irak fédéral et démocratique», indiquait hier soir Safet Dizayi, représentant du parti démocratique du Kurdistan irakien à Ankara ; «Les Turcs estiment que le passage au cadre fédéral devait se faire en douceur». En clair, Ankara veut surtout éviter que les Kurdes irakiens ne se saisissent de la ville de Kirkuk à la faveur de l'opération américaine. Principale agglomération kurde en Irak et surtout second centre de production pétrolière du pays, Kirkuk est aujourd'hui défendue par la Garde Républicaine de Saddam Hussein... En privé, les autorités turques ont souvent indiqué leur intention de revendiquer une partie du pétrole de Kirkuk en vertu d'accords signés en 1926. Une perspective récemment évoquée par le ministre des affaires étrangères. «Pour le moment, ce n'est pas une politique officielle, mais je ne serais pas étonné que l'affaire soit évoqué à une table de négociation quant au futur de l'Irak. (...) de toute façon il faut absolument que nous ayons une force militaire importante là-bas pour contrôler les Kurdes», explique une source proche de l'état-major. |