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LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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Ankara entre le marteau et l’enclume

Nur Dolay
Courrier International - 24/01/2003

 

Alors que les Etats-Unis mettent la pression sur la Turquie, des manifestations contre la guerre en Irak se multiplient partout dans le pays. Et Ankara cherche toujours une alternative à la guerre, la conférence régionale d’Istanbul étant le dernier avatar de cette politique étrangère.

Le Premier ministre turc, Abdullah Gül, est revenu de sa tournée en Egypte, Syrie, Jordanie, Iran et Arabie Saoudite convaincu que les mêmes soucis et les mêmes considérations prévalent dans chacun de ces pays. D’où l’idée de la réunion qui s’est tenue jeudi 23 janvier à Istanbul entre les ministres des Affaires étrangères des six pays. Elle s’inscrit dans la “diplomatie active pour la paix” déployée depuis le début de l’année mais laisse la presse turque dubitative. “Beaucoup d’obstacles devant l’initiative de paix”, titre “Radikal”. Le quotidien libéral met en garde : “Le calendrier des discussions risque d’être dépassé par les échéances de guerre des Etats-Unis.” Après la rencontre d’Istanbul, un sommet de chefs d’Etat ou de gouvernement est en effet envisagé à Damas. Le quotidien “Yeni Safak”, proche du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir, est optimiste malgré tout. “Aussi longtemps que la Turquie fait son possible pour empêcher la guerre, sa force et son prestige grandissent”, explique-t-il. “Une Turquie dont la position restaurée auprès des pays arabes sera plus forte en Europe”, poursuit le journal islamiste. “Mais, si nous allions à cette guerre, un front ouvert sur son sol pourrait coûter la perte du Sud-Est [à majorité kurde] à la Turquie.”

Pour le quotidien kémaliste “Cumhuriyet”, la politique étrangère du gouvernement d’Abdullah Gül est prétentieuse, un brin incohérente, voire hypocrite : les pays arabes sont en droit de s’interroger sur la position d’otage d’Ankara vis-à-vis des Etats-Unis… “Nous nous réunissons pour empêcher la guerre, mais au même moment les spécialistes américains sont en train d’examiner les bases militaires et les ports turcs pour voir comment ils peuvent les utiliser au mieux.” “Cumhuriyet” rappelle l’amère expérience d’un autre Premier ministre islamiste, Neçmettin Erbakan, lors de sa visite en Libye. Humilié et insulté dans la tente de Kadhafi, il était revenu avec le résultat opposé à celui escompté.

 

Le modèle turc

Les Américains considèrent cependant la Turquie comme un modèle à présenter au monde arabe. Dans une interview accordée au quotidien libéral “Sabah”, James Woolsey, ancien directeur de la CIA, explique que son pays désire restructurer le Moyen-Orient à l’image des idées de Mustafa Kemal Atatürk, l’artisan de la Turquie moderne. Et “Cumhuriyet” de s’insurger contre la récupération du nom du père de l’indépendance. “Le modèle d’Atatürk s’est créé à travers la lutte contre l’impérialisme, rappelle le quotidien. Ce n’est nullement un modèle créé par l’impérialisme en tuant le peuple d’un autre pays… Les Etats-Unis, l’Angleterre et leurs alliés ­ s’il en reste ­ vont agresser l’Irak, ils vont détruire des cibles militaires et des civils puis importeront le modèle d’Atatürk sous la marque ‘made in USA’. Ne nous faites pas rire M. Woolsey !”

Malgré les divergences d’appréciation entre les islamistes et la gauche kémaliste concernant le rôle de la Turquie au Moyen-Orient et ses relations avec ses voisins arabes, les deux courants politiques habituellement inconciliables sont pour une fois d’accord : il faut tout faire pour éviter la guerre en Irak. Un avis que partagent les militaires turcs. “Cumhuriyet” rappelle “l’incroyable habileté du pays à rester en dehors de la Seconde Guerre mondiale tout en étant au milieu d’un cercle de sang et de feu”. Dans un élan démocratique, le Premier ministre Abdullah Gül brandit le poids de l’opinion publique et s’en remet aux décisions du Parlement face aux exigences américaines : “Je ne suis ni émir ni roi…” explique-t-il. “Nous sommes obligés de prendre en considération les réactions du peuple.” Et on sait que celui-ci désapprouve à 80 % un conflit armé à sa porte. Une occasion à saisir pour M. Gül de montrer son respect pour le verdict populaire.

    

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