Interrogations sur un coup d'Etat ou un exil de Saddam Hussein Mouna Naïm Le Monde - 18/01/2003 Depuis quelques jours, les pays arabes sont engagés dans de grandes manuvres diplomatiques sur fond de rumeurs et de déclarations aussitôt démenties d'un possible exil de Saddam Hussein. La Turquie, de son côté, annonce pour la semaine prochaine un sommet des dirigeants des pays de la région pour dégager une solution politique à la crise irakienne. Initiative que confirment les Egyptiens. Selon le magazine Time, les Saoudiens travaillent à encourager un coup d'etat contre le président irakien. De leur côté, les inspecteurs du désarmement ont trouvé, jeudi 16 janvier, douze têtes de roquette pouvant contenir des armes chimiques : onze étaient vides. En visite à Paris, hans blix, chef des inspecteurs, a déclaré qu'il souhaite "plus d'explications" de Bagdad sur les armes découvertes. Partira ? Partira pas ? Parce qu'elles en disent trop ou pas assez, des déclarations de certains dirigeants arabes, associées à des démarches diplomatiques turques aux contours mal définis, ont relancé les spéculations sur un possible exil de Saddam Hussein et sur les scénarios de sortie de crise qui, proposés conjointement par de grands pays de la région, pourraient épargner la guerre à l'Irak. Jeudi 16 janvier, dans la foulée d'une tournée régionale du premier ministre Abdullah Gül, le ministère turc des affaires étrangères a convoqué les ambassadeurs de Syrie, d'Egypte, d'Arabie saoudite et d'Iran pour uvrer à une déclaration conjointe réclamant instamment la paix et une coopération satisfaisante de l'Irak avec les Nations unies. Selon l'agence turque Anatolie, les dirigeants de ces pays pourraient être invités à un sommet autour du même thème. La veille, le président égyptien Hosni Moubarak, de retour d'un voyage éclair en Arabie saoudite, avait, pour la seconde fois en quelques jours, attribué à Ankara, en coordination avec des pays arabes, l'intention de prendre une initiative pour une solution politique de la crise irakienne. Trois jours plus tôt, le prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz avait souhaité, en termes fort elliptiques, que la possibilité soit donnée aux Arabes de "s'entendre avec Bagdad pour parvenir à une solution qui permette d'éviter la guerre". RUMEUR INSISTANTE D'après un diplomate du Golfe non identifié, cité sur le site Internet de l'hebdomadaire américain Time, l'objectif de Riyad est d'inciter l'ONU à proposer l'amnistie aux dirigeants irakiens, à l'exception des 100 à 120 plus hauts placés, dans l'espoir d'encourager un coup d'Etat contre Saddam Hussein. Mais le scénario le plus souvent évoqué est celui d'un possible exil du président irakien. Evoquées comme possibles terres d'accueil, la Russie, la Libye et la Mauritanie ont démenti. La demande, il y a quelques semaines, par le Qatar, d'une réunion extraordinaire d'un sommet arabe a été perçue comme allant dans le même sens. Après l'invasion du Koweït par l'Irak, en août 1990, et à mesure qu'augmentaient les risques de guerre, la rumeur, insistante, avait déjà couru que Saddam Hussein s'exilerait. Il n'en avait rien été. Aujourd'hui, le vice-premier ministre, Tarek Aziz, ironise : Saddam Hussein "n'est pas homme à quitter son pays, mais plutôt à se battre jusqu'au bout", a-t-il déclaré à la BBC. Pour Bagdad, la rumeur relève de la "guerre psychologique"menée par les Etats-Unis. "UNE BONNE SOLUTION" Qu'en pensent les opposants irakiens ? "Un exil serait une très bonne solution pour tout le monde, répond Ahmed Bamarni, représentant en France de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK). Les Américains seraient parvenus à obtenir sa chute, les pays de la région s'en féliciteraient et les Irakiens ne pourraient que se réjouir de la chute du dictateur sans nouvelle effusion de sang. Les Nations unies pourraient alors se voir confier l'administration d'une période de transition en Irak, et ce renforcement du rôle de l'ONU ne pourrait que satisfaire l'ensemble du monde."Saddam Hussein peut-il accepter de partir ? "S'il a la garantie d'être laissé en paix, oui, dit M. Bamarni. Il a peur néanmoins d'être poursuivi en justice"pour les crimes commis contre son peuple. Ce ne sont pas les preuves et témoignages qui manquent, répertoriés par les Kurdes après la débandade de l'armée irakienne dans le Kurdistan en 1991 et par de multiples organisations de défense des droits de l'homme. Saddam Hussein "n'est pas homme à abandonner le pouvoir, commente Seywan Barzani, représentant en France du Parti démocratique du Kurdistan (PDK). Qui plus est, il croit à ce qu'il dit lorsqu'il affirme être le chevalier qui libérera Jérusalem ou je ne sais trop quoi ! S'il part, trois à quatre mille personnes devront partir avec lui, parmi ceux qu'il a mouillés à des degrés divers dans ses crimes". "Son exil épargnerait à l'Irak une terrible guerre, qui pourrait dégénérer en guerre civile. Les gens sur place ont très peur d'une possible vengeance du régime ; il suffirait d'un obus chimique sur une ville pour faire des milliers de victimes." Hosham Dawod, chercheur au CNRS et d'origine irakienne, est perplexe. "Saddam Hussein, dit-il, se méfie de tout, et il y a peu de chances qu'il se laisse convaincre par des promesses" d'impunité en exil. "Mais il est aussi un homme pragmatique, capable de surprendre". Son exil éventuel serait un "demi-échec pour les Américains : il conforterait le département d'Etat, mais serait la pire des solutions" pour certains des faucons du camp néoconservateur. Devant quelques journalistes européens, un haut responsable du gouvernement américain se contentait, lui, de noter que les Etats-Unis avaient enregistré "des tensions" au sein du régime irakien. Il ajoutait, cependant, qu'elles étaient difficiles à interpréter, tant le régime de Bagdad restait opaque et "impénétrable".
-------------------------------------------------------------------------------- Le "non" d'un ministre allemand
Un vote positif de l'Allemagne au Conseil de sécurité de l'ONU en faveur d'une intervention militaire en Irak "n'est sur le fond plus imaginable",a déclaré le ministre allemand de la défense, Peter Struck, au quotidien régional Rheinpfalzdu 17 janvier. M. Struck reconnaît que les relations germano-américaines sont "difficiles en ce moment". Jusqu'ici, l'Allemagne, qui doit prendre, le 1er février, la présidence du Conseil de sécurité, avait laissé ouverte la question de savoir si elle voterait oui ou non à une guerre contre l'Irak. Mardi, Gerhard Schröder s'était prononcé, pour la première fois, en faveur d'une deuxième résolution des Nations unies avant une éventuelle intervention militaire. La semaine dernière, il avait affirmé que l'Allemagne "ferait tout"pour que la résolution 1441 de l'ONU sur l'Irak puisse être appliquée sans recours à la guerre. |