La Turquie organise une réunion régionale sur l'Irak Le Monde - 16/01/2003 Après avoir mené une tournée au Proche-Orient visant à intensifier les efforts pour éviter une guerre, Ankara a invité, jeudi 16 janvier, les ambassadeurs de la Syrie, de l'Egypte, de l'Arabie saoudite, de la Jordanie et de l'Iran à participer la semaine prochaine à un sommet régional pour désamorcer la crise. La Turquie, alliée de longue date des Etats-Unis, refuse d'accéder aux demandes de Washington, car elle craint que ce conflit ne la déstabilise. Sollicitée par son allié américain pour servir de base arrière en cas de guerre contre l'Irak voisin, la Turquie, qui veut éviter le conflit, a annoncé, jeudi 16 janvier, qu'elle allait organiser, probablement la semaine prochaine, un sommet régional pour tenter de désamorcer la crise. La Syrie, l'Egypte, l'Arabie saoudite, la Jordanie et l'Iran y ont été conviés. "Il a été notifié aux ambassadeurs des cinq pays visités par le premier ministre (turc), Abdullah Gül, que la Turquie est prête à organiser une réunion" pour trouver une issue pacifique à la crise irakienne, a indiqué le porte-parole du ministre turc des affaires étrangères, Yusuf Buluc. Selon l'ambassadeur d'Egypte à Ankara, Fathy Al-Shazly, ce "forum" pourrait se tenir la semaine prochaine, mais le lieu de la réunion n'a pas été immédiatement précisé."Nous sommes en faveur de tout ce qui peut être fait pour éviter une guerre. (...) Les pays de la région vont exhorter les deux parties (Irak et Etats-Unis) (...) à faire des pas concrets pour désamorcer la tension", a déclaré l'ambassadeur à la presse. Le premier ministre turc est récemment rentré d'une tournée proche-orientale visant à intensifier les efforts pour éviter une guerre. "Saddam ne doit plus constituer une menace pour sa région et le monde. Et il doit le prouver", a affirmé jeudi M. Gül au journal turc Milliyet. "Pour nous, les pays de la région, l'objectif principal est d'exercer des pressions sur Saddam en ce sens", a-t-il souligné. Il a en outre estimé que "la perception de la menace doit changer dans la région" et doit être "éliminée". Interrogé quant à savoir si les initiatives de la Turquie avaient provoqué la colère de Washington et de l'ONU, M. Gül a déclaré : "Au contraire, ils s'en félicitent." Mais contrairement à ce qu'affirme le premier ministre turc, les relations entre la Turquie et les Etats-Unis sont tendues. La Turquie, alliée de longue date des Etats-Unis et membre de l'OTAN, rechigne à accéder aux demandes de Washington de participer à une intervention militaire contre l'Irak, craignant que l'instabilité régionale n'affecte son économie déjà fragile et ne réveille les velléités sécessionnistes des Kurdes, des deux côtés de la frontière. Confrontée aux appels de plus en plus pressants de Washington, Ankara a autorisé la venue en Turquie de 150 spécialistes militaires américains chargés d'inspecter par petites équipes des aérodromes et ports militaires susceptibles d'être utilisés en cas de guerre contre l'Irak. En échange, les Etats-Unis lui ont promis un soutien de l'OTAN. Ils ont officiellement demandé à l'Alliance, mercredi 15 janvier, une assistance à la Turquie en cas d'agression par Bagdad, et le déploiement de batteries missiles antimissiles Patriot pour la protéger. Le chef d'état-major américain, le général Richard Myers, est attendu dimanche en Turquie et doit rencontrer le lendemain à Ankara son homologue turc, le général Hilmi Ozkok, et le ministre de la défense, Vecdi Gönül. Mais Ankara a annoncé qu'il se prononcera sur son éventuel soutien à une opération militaire uniquement quand le Conseil de sécurité de l'ONU aura statué sur le désarmement de l'Irak. Le gouvernement turc du Parti de la justice et du développement (AKP), un parti issu de la mouvance islamiste modérée, est confronté à une difficile décision du fait de l'opposition de l'opinion publique à une opération militaire. Quelque 87 % des Turcs sont opposés à une guerre en Irak, selon un sondage. Jeudi, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes de Turquie, notamment Istanbul et Ankara, pour s'opposer à une possible intervention américaine contre l'Irak. Avec AFP |