Recep Tayyip Erdogan empêché par le président turc de devenir premier ministre Le Monde - 20/12/2002 La probable élection de M. Erdogan dans un prochain scrutin local dans la province de Siirt et son entrée au Parlement pourraient lui donner accès au poste de premier ministre. Le président turc Ahmet Necdet Sezer a opposé son veto jeudi à une série d'amendements constitutionnels qui auraient permis au leader du parti au pouvoir en Turquie, Recep Tayyip Erdogan, d'être élu au Parlement et de devenir ensuite premier ministre, ont indiqué les services de la présidence. Le président a renvoyé les amendements au Parlement pour que celui-ci en débatte à nouveau, expliquant qu'ils avaient été présentés "avec des buts subjectifs, concrets et personnels", selon un communiqué publié par ses services. Les amendements prévoyaient que seules pouvaient être déclarées inéligibles les personnes condamnées pour "terrorisme" et non pour "actions idéologiques ou anarchiques". MAJORITÉ ÉCRASANTE EN FAVEUR DE M. ERDOGAN Adoptés par une majorité écrasante de députés vendredi dernier, ils auraient permis à M. Erdogan, leader du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), de se présenter à une élection législative partielle. M. Erdogan, populaire ancien maire d'Istanbul, n'était pas éligible en raison d'une condamnation à 10 mois de prison (dont 4 effectifs) en 1998 pour incitation à la haine religieuse pour avoir récité, à Siirt (Sud-Est), un poème nationaliste aux accents islamistes lors d'un meeting politique. Sur les 461 députés ayant participé au vote vendredi, 440 avaient approuvé les amendements et 18 voté contre. L'AKP compte à lui seul 363 représentants à l'Assemblée monocamérale turque, soit quatre sièges de moins que la majorité des deux tiers nécessaire pour des modifications constitutionnelles. Un scrutin local doit se tenir dans la province de Siirt dans les trois mois suivant son annulation par le Haut Conseil électoral (YSK), le 2 décembre, sur requête de l'AKP en raison d'urnes endommagées. Un député AKP, qui s'est déclaré prêt à se désister pour le chef de l'AKP, ainsi qu'un député du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate, seule formation d'opposition parlementaire), et un indépendant, depuis envoyé en prison, avaient été élus dans cette circonscription. La probable élection de M. Erdogan à Siirt et son entrée au Parlement devaient lui donner accès au poste de premier ministre, réparant l'"injustice", selon le mot d'Erdogan, d'un chef de parti privé du droit de diriger le gouvernement de son parti vainqueur aux élections. "Le Parlement sait ce qu'il a à faire", a commenté le vice-président du parti Hayati Yazici, laissant entrevoir que les parlementaires pourraient renvoyer au chef de l'Etat l'amendement constitutionnel inchangé, auquel M. Sezer ne pourrait s'opposer qu'en convoquant un référendum populaire. En Turquie, le président de la République est élu par les députés. L'AKP est arrivé au pouvoir le 3 novembre à la suite d'une large victoire aux législatives, avec plus de 34 % des voix, qui lui a assuré une majorité parlementaire et un gouvernement monopartite sans précédent depuis 1950. Avec AFP |