Le refoulé arménien Nicola POPE Le Monde - 15/12/2002 Les autorités admettent les massacres de 1915, mais rejettent le mot "génocide" LA question arménienne demeure une source de friction fréquente entre la Turquie et les pays occidentaux. Ainsi, les relations franco-turques ont-elles traversé une période de grand froid après la reconnaissance du génocide arménien par l'Assemblée nationale française, le 18 janvier 2001. Les autorités turques reconnaissent que de nombreux Arméniens ont perdu la vie à l'est de la Turquie durant la première guerre mondiale et que des massacres ont eu lieu, mais elles rejettent catégoriquement le mot " génocide ", qui implique une volonté délibérée d'exterminer tout un peuple. Selon la version du ministère des affaires étrangères turc, " certains éléments arméniens dans les régions de l'Empire ottoman se sont trouvés les pions de forces étrangères et ont collaboré avec l'ennemi", d'où la nécessité de " transférer les Arméniens de l'Est vers d'autres régions ". Des 1,5 million d'Arméniens qui vivaient en Anatolie avant 1915, il n'en reste aujourd'hui qu'environ 40 000, concentrés à Istanbul. Les détails de ces événements tragiques, commémorés chaque 24 avril par les Arméniens, demeurent très disputés, et les attaques du groupe arménien Asala durant les années 1970 et 1980, qui avaient coûté la vie à des dizaines de diplomates turcs, n'ont fait que durcir la position de l'opinion publique turque. La République de Turquie elle-même n'est pas directement mise en cause, puisque les événements de 1915 se sont déroulés avant sa fondation, à l'époque de l'Empire ottoman. La position défensive d'Ankara est due en partie à la crainte que toute admission de responsabilité ouvrirait la voie à des revendications territoriales et des demandes de compensation financière de la part des Arméniens. |