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Les Etats-Unis sollicitent la Turquie en cas de guerre contre l'Irak

Le Monde - 28/11/2002

 

Washington va dépêcher la semaine prochaine deux hauts responsables dans plusieurs pays européens en vue d'obtenir des soutiens en cas d'intervention militaire contre l'Irak, a-t-on appris mercredi au département d'Etat américain.

Le secrétaire adjoint à la défense, Paul Wolfowitz, et le sous-secrétaire d'Etat chargé des affaires politiques, Marc Grossman, prévoient de se rendre dans une dizaine de pays, a déclaré un haut responsable américain sous couvert de l'anonymat.

Ces consultations entrent dans le cadre des démarches effectuées par Washington auprès d'une cinquantaine de pays pour savoir quelle aide ils pourraient apporter à une intervention militaire en Irak, en cas d'échec des inspections en désarmement de l'ONU.

MM. Grossman et Wolfowitz voyageront ensemble et commenceront leur périple par Ankara le 3 décembre. La Turquie serait l'étape la plus importante, ce pays étant un allié indispensable pour les Américains. L'administration Bush considère malgré tout, rapporte le New York Times, que même sans l'aide de la Turquie, les Etats-Unis gagneraient une guerre contre l'Irak.

Cependant, une campagne américaine serait plus efficace et plus rapide, selon eux, si l'Irak était obligé de se battre sur plusieurs fronts. De même, le Pentagone veut se débarrasser de ses doutes sur le rôle de la Turquie en cas de conflit. Dernier argument de taille, la Turquie détient des bases aériennes que les Etats-Unis souhaiteraient utiliser, et une armée puissante.

La Turquie, seul membre musulman de l'OTAN, et seul à avoir une frontière commune avec l'Irak, est un allié-clé des Etats-Unis dans cette région, mais a exprimé de fortes craintes de voir un conflit avec Bagdad provoquer des tensions avec la communauté kurde, présente des deux côtés de la frontière.

Selon le New York Times, les Etats-Unis essaient de convaincre la Turquie d'être un allié par de nombreux arguments : d'abord, qu'une guerre se concluerait plus rapidement et donc que les répercussions économiques seraient limitées ; ensuite, qu'une menace des forces militaires turques encouragerait Saddam Hussein à se conformer aux exigences des Nations unies.

L'argument économique est également mis en avant : Washington promet une aide économique à la Turquie pour qu'elle puisse se préparer à la guerre et plus généralement, l'administration américaine promet que si un nouveau gouvernement s'installe en Irak, la Turquie en tirerait profit.

Le 12 décembre, l'Union européenne se réunit à Copenhage pour discuter de l'entrée de la Turquie en Europe ; le président Bush aurait appelé le président danois, Anders Fogh Ramsussen, pour qu'il soutienne cette candidature.

CONVAINCRE LE RESTE DE L'EUROPE

Les autres pays où ils comptent se rendre sont Chypre et la Grèce le 4 décembre, l'Allemagne et les Pays-Bas le 5, la France le 6, puis le Portugal les 6 et 7, notamment pour une réunion de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) prévue à Porto.

Ils doivent ensuite se rendre à Bruxelles et Londres, selon un itinéraire encore provisoire.

Le porte-parole adjoint du département d'Etat, Philip Reeker, n'a pas donné d'indication sur ce voyage, mais a souligné que Washington souhaitait par ce type de démarche maintenir une forte pression sur l'Irak pour qu'il se conforme à ses obligations en matière de désarmement.

"La planification d'une opération militaire potentielle est nécessaire pour garder la pression sur Bagdad pour qu'il se soumette à la volonté internationale", et pour être prêt "au cas où il refuserait", a-t-il déclaré.

Bien que la liste des pays visités comprenne l'Allemagne, M. Reeker s'est refusé à commenter les déclarations du chancelier Gerhard Schröder qui a déclaré que Berlin autoriserait les Etats-Unis à utiliser leurs bases et celles de l'OTAN malgré l'opposition allemande à un conflit en Irak.

Washington a également, dans le cadre de ces préparatifs, demandé à la Hongrie et d'autres pays leur assistance en matière de formation d'opposants irakiens en vue d'un possible renversement du régime en place à Bagdad.

"La Hongrie est l'un des pays sollicités, mais pas le seul," pour accueillir ces entraînements, a déclaré M. Reeker, sans préciser quels étaient les autres.

M. Reeker a précisé que ces discussions étaient encore "préliminaires" et ajouté que ni Washington ni les autres capitales concernées n'avaient encore pris de décision ferme.

Selon un responsable américain s'exprimant sous couvert de l'anonymat, ces Irakiens pourraient être utilisés comme interprètes ou comme agents de renseignement pour des forces armées engagées sur le terrain.

La Hongrie a déjà une étroite coopération militaire avec Washington au sein de l'OTAN, dont elle fait partie.

Avec AFP


DÉBUT DE LA DEUXIÈME JOURNÉE D'INSPECTIONS DE L'ONU EN IRAK 

Les experts en désarmement de l'ONU ont quitté jeudi matin leur base de Bagdad pour une deuxième journée d'inspections, après un début de mission jugé positif la veille.

Les équipes de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et de la Commission de contrôle et de vérification de l'Onu (Cocovinu) ont quitté l'hôtel Canal, leur quartier général dans la capitale irakienne vers 8 h 30 locales (6 h 30, heure de Paris).

Comme la veille, les inspecteurs de l'AIEA, au nombre de six, et ceux de la Cocovinu (11) forment deux groupes séparés qui visiteront chacun des installations différentes, répertoriées dans une liste qui compte des centaines de sites. Les deux équipes sont accompagnées de fonctionnaire irakiens, et leurs convois sont suivis par des dizaines de journalistes.

Dans les jours qui viennent, le nombre des inspecteurs doit s'accroître rapidement pour atteindre une centaine avant la fin de l'année, selon l'ONU, afin d'accélérer la vérification des armes de destruction massive de l'Irak.

Mercredi, dressant le bilan d'une première journée d'inspections, les responsables à Bagdad de l'AIEA et de la Cocovinu avaient salué la bonne coopération des Irakiens.

"C'est un bon démarrage", avait déclaré le responsable de l'AIEA, le Français Jacques Baute, mais il avait prévenu que le degré de coopération doit se juger sur la durée.

Une précédente mission de l'ONU, l'Unscom, présente en Irak de 1991 à 1998, s'était heurtée à l'opacité du système irakien et aux réticences des Irakiens à révéler l'ensemble de leur arsenal. Elle avait toutefois détruit des centaines de tonnes d'armes et d'équipments avant d'être forcée de quitter le pays en décembre 1998. Les Etats-Unis avaient ensuite procédé à quatre jours de bombardements intenses sur l'Irak.

Avec AFP

    

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