Pour le Vatican, Ankara c'est aussi Constantinople
Sophie de Ravinel Le Figaro - 27/11/2002 Lors de sa visite au Parlement italien, le 14 novembre dernier, Jean-Paul II a insisté une nouvelle fois sur la réalité des racines chrétiennes de l'Europe dont découlent aujourd'hui les valeurs qui animent la société européenne. «Si l'on veut donner une stabilité durable à la nouvelle unité européenne, affirmait-il en effet, il est nécessaire de veiller à ce qu'elle s'appuie sur les fondements éthiques qui en furent autrefois la base, laissant en même temps un espace aux richesses et aux diversités des cultures et des traditions qui caractérisent les différentes nations.» Pour Jean-Paul II, ces «fondements éthiques» sont, avant toute autre considération, au service de la personne humaine qui possède des droits inaliénables et universels. S'adressant ainsi au nouvel ambassadeur de Turquie auprès du Saint-Siège, Filiz Dinçmen, le 7 décembre dernier, le Pape insistait sur le fait que «parmi les droits élémentaires de la personne humaine, se trouve la liberté religieuse». «Dans un Etat séculier qui est ouvert à la transcendance, ajoutait-il, la liberté religieuse doit aussi inclure le droit de faire apparaître des valeurs personnelles dans la vie publique». Ces valeurs «pouvant contribuer à l'effort commun pour construire une société ouverte à toutes les dimensions de la personne humaine». Dans son discours, Jean-Paul II se montrait alors confiant du fait que la petite minorité chrétienne de Turquie puisse être reconnue juridiquement. L'Etat turc étant ainsi invité à montrer que «la recherche de l'unité nationale n'est pas en contradiction avec le respect du droit des individus et des minorités». Un droit qui est pour Jean-Paul II, «la plus sûre garantie de la cohésion et de la sécurité d'une nation». Avec ce discours, le Pape pensait au petit troupeau des catholiques de Turquie, mais aussi certainement à la situation précaire du Patriarcat oecuménique de Constantinople et des quelques milliers d'orthodoxes qui en font partie. De son côté, Filiz Dinçmen n'hésitait pas à insister auprès de Jean-Paul II pour qu'il soutienne la candidature de la Turquie en Europe. Et ses arguments tournaient autour des «racines chrétiennes» de son pays qui a accueilli les sept premiers conciles oecuméniques, a vu naître l'apôtre Paul et abrite encore «d'innombrables lieux saints chrétiens». |