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LA TURQUIE DANS LA PRESSE FRANCAISE

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La question du foulard islamique constitue
un premier test pour les dirigeants de l'AKP

Nicole Pope
Le Monde - 26/11/2002

 

Il était inévitable, après la victoire électorale du Parti de la justice et du développement (AKP, islamiste modéré), le 3 novembre, que la question du foulard islamique, qui divise la Turquie depuis des années, soit reposée avec acuité.
 
Le débat a été relancé, il y a quelques jours, lors du départ du président turc, Ahmet Necdet Sezer, pour le sommet de l'OTAN, à Prague. Le président de l'Assemblée nationale nouvellement élu, Bülent Arinç, membre de l'AKP, s'était rendu à l'aéroport pour assister au départ du couple présidentiel : une simple affaire de protocole. Mais, élément inhabituel, Bülent Arinç était accompagné de son épouse, qui porte le foulard, et la présence de Mme Arinç, visiblement émue à l'occasion de cette première cérémonie officielle, a fait frissonner l'élite kémaliste du pays. "Bülent Arinç a voulu adresser un message à sa base radicale en amenant son épouse voilée", a protesté le commentateur Tufan Türenç dans le quotidien Hürriyet, en ajoutant : "L'érosion des règles de l'Etat laïque et démocratique a commencé."
 
Les grands quotidiens turcs, qui ont affiché les portraits des nouveaux ministres, ont publié, quelques jours plus tard, les photos de leurs épouses : quinze d'entre elles ont la tête couverte. Emine Erdogan, la femme du dirigeant de l'AKP, très active dans les quartiers pauvres, porte le foulard. Hayrunnisa Gül, l'épouse du premier ministre, avait tenté de s'inscrire à l'université à la fin des années 1990, mais elle en avait été rejetée en raison de son türban, comme on appelle le foulard islamique en Turquie.
 
Les dirigeants de l'AKP tentent pour l'instant de contourner le problème. "C'est une question de choix personnel", affirme le premier ministre, Abdullah Gül. "Le foulard n'est pas un élément étranger à la structure naturelle de la Turquie. Il est regrettable que ces questions aient été politisées", ajoute-t-il. Le chef de l'AKP, Recep Tayyip Erdogan, s'est contenté pour sa part d'affirmer : "La question ne figure pas à mon agenda."Pour éviter une confrontation avec les institutions étatiques, l'AKP n'avait pas présenté de candidates voilées aux élections.
 
RÉFÉRENCE INDIRECTE
 
Le président de la République, fervent laïque, a pour sa part tranché en affirmant : "Il est impossible d'autoriser le foulard dans le secteur public car il est anticonstitutionnel." Mais la Constitution peut être amendée avec l'accord des deux tiers des députés, et l'AKP détient 363 des 367 voix nécessaires.
 
S'il ne semble pas vouloir forcer une décision sur ce sujet pour l'instant, le Parti de la justice et du développement a déjà indiqué qu'il entendait "lever les obstacles à l'éducation", une référence indirecte à l'interdiction de porter le foulard à l'université, perçue comme une pression injuste par de nombreux Turcs pieux.
 
Le port du foulard islamique a fait l'objet d'une série de décisions et contre-décisions légales au cours des deux dernières décennies. Les partisans de la laïcité affirment que le türban, le foulard épinglé sous le menton, qu'ils distinguent du fichu traditionnel, est l'uniforme de l'islam politique. Pour le grand public, ces symboles extérieurs sont moins importants : il n'est pas rare de voir des adolescentes, avec et sans foulard, se promener côte à côte.
 
Une étude sur l'attitude des Turcs face à la religion, publiée en 2000 par la Fondation pour les recherches économiques et sociales (Tesev), indiquait que la majorité des Turcs sont religieux et pratiquants, mais qu'ils sont également tolérants. Alors que 77 % d'entre eux déclaraient que la République laïque avait eu un effet positif sur le développement du pays, 66 % estimaient que le port du foulard devrait être autorisé dans les universités et la fonction publique.
 
Les dirigeants turcs devront-ils désormais, au nom de la laïcité, laisser leurs épouses à la maison ou serait-il plus moderne de leur permettre de jouer un rôle actif dans la société, avec foulard si nécessaire ? Est-il juste d'accuser les "islamistes" de vouloir maintenir le pays dans l'ignorance et de refuser aux filles voilées l'accès aux universités ? La Turquie va devoir trouver des réponses à ces questions. "Nous sommes convaincus que la Turquie doit résoudre ce problème. C'est ce que le peuple veut. Les élections l'ont démontré", a récemment déclaré le premier ministre, Abdullah Gül, au quotidien Hürriyet, en rappelant que son parti a obtenu 34 % des voix. "Mais si nous parvenons à résoudre cette question par le compromis, le pays y gagnera", a-t-il ajouté.

    

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