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La Turquie donne la priorité à l'Europe

Nicole POPE
Le Monde - 19/11/2002


Le nouveau gouvernement veillera au respect des droits de l'homme

"Nous allons montrer qu'un pays musulman peut être démocratique, transparent et moderne et être avec le reste du monde", a déclaré le nouveau premier ministre turc, Abdullah Gül, dans un entretien accordé au quotidien Hürriyet.

Samedi 16 novembre, le président turc, Ahmet Necdet Sezer, a officiellement mandaté le numéro deux du Parti de la justice et du développement (AKP) pour former le 58e gouvernement du pays. M. Gül a aussitôt affirmé que l'adhésion à l'Union européenne et les droits de l'homme seraient ses priorités et que les mesures de démocratisation qu'il allait prendre "surprendraient les dirigeants européens". Le gouvernement introduira immédiatement des peines sévères pour mettre fin à la torture et assurer le respect des critères de Copenhague, nécessaires pour franchir la porte de l'Europe. Une réforme de l'éducation est prévue, de même qu'une modification de la loi sur les partis politiques et le système électoral.

La nomination de cet économiste de 52 ans, politicien affable et expérimenté, considéré comme un modéré, n'a fait que renforcer le climat d'espoir et d'optimisme prudent qui règne en Turquie depuis la victoire spectaculaire de l'AKP aux élections du 3 novembre.

Abdullah Gül s'est dit prêt à céder sa place au dirigeant de l'AKP, Recep Tayyip Erdogan, dès que les lois qui font obstacle à la nomination de ce dernier seraient modifiées. Selon la Constitution turque, le premier ministre doit être choisi parmi les membres du Parlement. Or, M. Erdogan, qui a purgé une peine de quatre mois d'emprisonnement pour propagande islamiste, n'est pas éligible. "Aujourd'hui, nous avons une situation anormale" a déclaré M. Gül. "Il est absolument de notre devoir de la normaliser".

"PLAN D'ACTION D'URGENCE"

Malgré ces tracasseries judiciaires, c'est M. Erdogan qui a dévoilé le "plan d'action d'urgence" préparé par son parti pour résoudre les problèmes aigus dont souffre la Turquie : pauvreté, chômage et corruption. Il a confirmé que le nouveau gouvernement maintiendrait les grandes lignes du programme signé avec le Fonds monétaire international mais qu'il en négocierait certains détails.

Pour surmonter la crise, tous les secteurs de l'Etat devront limiter leurs dépenses. L'AKP a déjà annoncé que ses députés ne s'installeraient pas dans les logements officiels mis à leur disposition à Ankara, pour montrer que les dirigeants du pays ne vivent pas dans une tour d'ivoire. Des peines plus sévères seront introduites pour lutter contre la corruption et les pouvoirs de la Cour des comptes seront étendus pour inclure la présidence, le Parlement et les institutions de régulation.

Le gouvernement fera l'inventaire des avoirs de l'Etat pour établir les priorités et vendre les biens superflus. Les privatisations, qui ont progressé lentement au cours de la décennie écoulée, seront réexaminées dans les trois mois à venir et une nouvelle stratégie sera définie. Des mesures seront prises pour attirer les investissements étrangers et des incitations fiscales seront offertes aux investisseurs locaux. Pour abaisser le coût élevé de l'électricité, le secteur de l'énergie sera ouvert à la concurrence dans les trois mois. Le gouvernement affirme qu'il tiendra sa promesse électorale en commençant, dans six mois au plus tard, la construction de 15 000 kilomètres de routes à double voie, qui permettront de désenclaver certaines régions du pays.

Plus encore que l'armée et les institutions étatiques, méfiantes envers ces dirigeants issus de la mouvance islamiste, ce seront les marchés financiers qui serviront de garde-fou au gouvernement. Le service de la dette grève lourdement son budget et pour pouvoir financer leurs projets, les dirigeants turcs devront s'assurer que les taux d'intérêt, qui déterminent le coût du remboursement de la dette et fluctuent au gré de la confiance accordée au gouvernement, continuent de baisser.

Pour assurer la mise en application de ces réformes, l'équipe gouvernementale devrait être restreinte (vraisemblablement de moins de 25 ministres) et les rênes de l'économie tenues par une seule personne. La liste des ministres devrait être soumise au chef de l'Etat en début de semaine.

    

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