Un parlementaire soucieux des droits de l'homme et familier des milieux européens Nicole POPE Le Monde - 17/11/2002 Portrait Economiste, Abdullah Gül s'est rallié à la voie réformiste choisie par l'AKP
Tout comme Recep Tayyip Erdogan, le dirigeant de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP), Abdullah Gül, économiste et spécialiste des affaires internationales, s'intéresse à la politique depuis son plus jeune âge. Mais contrairement à M. Erdogan, qui a été maire d'Istanbul mais jamais député, Abdullah Gül a déjà une solide expérience parlementaire et gouvernementale. Il vient d'être élu à l'Assemblée nationale pour la quatrième fois, et il a occupé un poste de ministre d'Etat au sein du gouvernement formé par le premier ministre islamiste Necmettin Erbakan, en 1996. Né le 29 octobre 1950, Abdullah Gül est issu d'une famille pieuse de la ville anatolienne de Kayseri. Après des études secondaires dans sa ville natale, il entre à la faculté d'économie de l'université d'Istanbul en 1968, à une période de fortes tensions entre étudiants de gauche et droite. Attiré dans l'orbite de Necmettin Erbakan, Abdullah Gül fait ses premiers pas politiques au sein du mouvement islamiste. En 1975, il participe à la campagne électorale de Recai Kutan, un proche de Necmettin Erbakan qui, en tant que dirigeant du Parti du bonheur (Saadet), représente aujourd'hui le courant traditionaliste du mouvement dont Recep Tayyip Erdogan, Abdullah Gül et leurs collègues, plus modernes et ouverts sur le monde occidental, ont choisi de se séparer, en 2001, pour suivre une trajectoire plus réformiste au sein du Parti de la justice et du développement (AKP). Abdullah Gül poursuit une partie de ses études de doctorat à Londres et à Exeter, avant de revenir à Istanbul où il se marie quelques jours seulement avant le coup d'Etat de 1980, qui écourte sa lune de miel et lui vaut le désagrément d'une brève détention. Après avoir enseigné à l'université de Sakarya, Abdullah Gül passe plusieurs années à Djeddah, en Arabie saoudite, où il occupe un poste d'économiste à la Banque islamique de développement. De retour dans sa ville natale, en 1991, pour la cérémonie de circoncision de son fils, M. Gül se laisse tenter par la candidature parlementaire que lui offre le Parti de la prospérité, dirigé par Necmettin Erbakan. Elu à l'Assemblée nationale, il gravit rapidement les échelons au sein de sa formation politique. En 1993, il devient vice-président du parti, responsable des relations internationales. Souriant, ouvert et d'un abord facile, parlant couramment l'anglais, Abdullah Gül s'impose rapidement au sein du parti comme l'interlocuteur favori des diplomates étrangers en poste à Ankara. Membre de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, il y développe des contacts avec de nombreux collègues européens. Il s'y fait également remarquer par des discours attirant l'attention sur le sort des Bosniaques et des Tchétchènes. Après les élections de 1995, remportées par Necmettin Erbakan et son parti, Abdullah Gül entre au gouvernement pour assumer à la fois la fonction de porte-parole et celle de ministre d'Etat, responsable de Chypre et des Républiques turcophones d'Asie centrale. Il contribue à mettre sur pied un projet de coopération entre pays musulmans émergents, le D-8, qui voit le jour au cours d'un sommet à Istanbul, en 1997. Mais le séjour au gouvernement du Parti de la prospérité est de courte durée, puisque M. Erbakan doit démissionner sous la pression des militaires en 1997. BONNE ADRESSE Abdullah Gül n'abandonne pas sa carrière politique pour autant et il se fait fréquemment l'avocat, auprès de ses interlocuteurs étrangers, des droits de l'homme et des libertés individuelles. Son épouse, Hayrunissa, après avoir élevé leurs trois enfants, tente de s'inscrire à l'Université, mais elle est rejetée parce qu'elle refuse de quitter son foulard islamique. Elu député du Parti du bonheur, qui succède au Parti de la prospérité après la dissolution de ce dernier, Abdullah Gül est une nouvelle fois contraint de changer d'adresse politique en 2001 lorsque le nouveau parti est à son tour interdit par la Cour constitutionnelle. Abdullah Gül semble avoir finalement trouvé la bonne adresse, puisque l'AKP a remporté les élections du 3 novembre avec 34,4 % des voix et que cette victoire lui vaut le poste de premier ministre, même si c'est par défaut, en raison des obstacles légaux qui empêchent son chef de parti d'assumer cette fonction. |