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En Turquie, le numéro deux de l'AKP, Abdullah Gül,
est nommé premier ministre

Nicole POPE
Le Monde - 17/11/2002



Convoqué par le président turc, samedi, le chef du gouvernement pressenti devait remettre, dimanche, la liste de ses ministres. Lundi, Recep Tayyip Erdogan doit se rendre à Athènes.
Istanbul de notre correspondante

C'est désormais certain : Abdullah Gül sera le prochain premier ministre de Turquie. Le président devait convoquer M. Gül samedi à midi et lui confier la tâche de former le nouveau gouvernement.


Le dirigeant du Parti de la justice et du développement (AKP), Recep Tayyip Erdogan, s'était rendu, vendredi 15 novembre, au palais présidentiel de Cankaya où, au cours d'un très bref entretien avec le président turc, Ahmet Necdet Sezer, il a soumis au chef de l'Etat les noms choisis par son parti. M. Erdogan aurait apparemment proposé trois noms, en soulignant sa préférence pour Abdullah Gül.

Abdullah Gül, qui est âgé de 52 ans, était le favori dès le départ, mais certains craignaient que ce choix crée des frictions avec les institutions étatiques, compte tenu du fait qu'il avait occupé un poste ministériel au sein du gouvernement du premier ministre islamiste Necmettin Erbakan, forcé de quitter le pouvoir en 1997 sous la pression des militaires, et que son épouse porte le foulard islamique. D'autres prédisaient que M. Erdogan choisirait un candidat moins populaire, qui ne menacerait pas sa position à la tête du parti.

La nomination de M. Gül illustre à quel point l'atmosphère a changé en Turquie depuis les élections du 3 novembre, puisque le chef de l'Etat, kémaliste de bonne souche, ne s'est pas opposé au choix de l'AKP. Elle démontre également que M. Erdogan, sûr de son pouvoir, ne voulait pas d'une "marionnette" à la tête du gouvernement et qu'il a opté pour un politicien expérimenté et bien connu du public. M. Gül en est à son quatrième mandat parlementaire ; il a assumé des fonctions ministérielles dans le passé ; il a des contacts fréquents avec le corps diplomatique étranger à Ankara et il est de plus membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

Il n'était pas évident cependant qu'Abdullah Gül accepte de jouer le rôle de premier ministre, sachant que cette fonction serait vraisemblablement temporaire. Un consensus est en train de se former en Turquie sur la nécessité de corriger la situation anormale créée par l'interdit électoral imposé à M. Erdogan, qui est en contraste flagrant avec la popularité qui a porté son parti au pouvoir. De nombreux éditoriaux ont été écrits sur ce sujet et Kemal Dervis, ancien ministre de l'économie et député de l'opposition, a, lui aussi, déclaré que le poste de premier ministre devrait revenir au leader du AKP.

M. Erdogan avait été reçu comme un chef de gouvernement, lors de sa récente visite à Rome, où il avait rencontré le premier ministre italien, Silvio Berlusconi. Un accueil similaire est attendu à Athènes, Madrid, Dublin, Londres, Strasbourg et Bruxelles où le dirigeant de l'AKP doit se rendre dans les prochains jours pour soutenir la candidature de la Turquie à l'entrée dans l'UE.

Au siège de l'AKP, M. Erdogan, M. Gül et plusieurs autres dirigeants ont travaillé jusque tard dans la nuit pour mettre la dernière touche au programme du gouvernement. M. Erdogan a clairement indiqué que le programme d'Abdullah Gül serait le sien : l'AKP joue la collégialité et c'est d'ailleurs au travail d'équipe qu'il doit une grande partie de son succès.

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Importantes échéances pour le gouvernement

La Turquie fait face à d'importantes échéances : il reste moins d'un mois avant le sommet européen de Copenhague. Il est probable qu'Abdullah Gül retournera au palais présidentiel, dimanche 17 novembre, pour soumettre au chef de l'Etat une liste de ministres composant un cabinet aminci, qui ne comptera vraisemblablement que 23 membres. Avec l'aval du président, le gouvernement sera officiellement formé et pourra s'atteler aux réformes nécessaires pour relancer l'économie et pour convaincre les Européens de fixer une date pour le début des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE. La question de Chypre sera le premier test : M. Erdogan et son parti ont adopté une attitude positive à l'égard du plan soumis par l'ONU. Le leader de l'AKP, qui avait prévu de se rendre dans la partie nord de Chypre, samedi, avant sa visite à Athènes, le 18, a dû annuler son voyage car le dirigeant chypriote turc, Rauf Denktash, se trouve encore à New York où il a récemment subi deux interventions de chirurgie cardiaque.

    

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