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Turquie : victoire des islamistes modérés lors des législatives

Le Figaro - 04/11/2002


Les islamistes du Parti de la justice et du développement (AKP) ont remporté hier la majorité absolue au Parlement turc, selon des résultats complets encore officieux portant sur 100% des voix. Crédités de 34,2% des voix aux élections législatives anticipées, les islamistes devraient obtenir 363 sièges sur les 550 que compte le Parlement turc. Un dirigeant du parti, Abdullah Gül, a revendiqué la victoire, affirmant que l'AKP serait à même de former à lui seul le prochain gouvernement. «Selon les premiers résultats, il semble que nous arrivions au pouvoir seuls», a-t-il dit à la presse. Le parti social-démocrate Républicain du peuple obtiendrait pour sa part 20% des suffrages.

Quarante-cinq minutes après la clôture des bureaux de vote à 18 heures, Abdullah Gül, le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP) l'annonçait fièrement : son parti était non seulement largement en tête, mais apparemment également en mesure de former un gouvernement seul, sans l'aide d'aucune autre formation. Les premières estimations issues du siège du parti annonçaient des chiffres tournant autour de 40 % des suffrages. Un peu plus tard, les différentes télévisions donnaient des chiffres reposant sur le dépouillement de 12 % des suffrages exprimés : l'AKP était à 34-35 % ; le CHP (gauche kémaliste) à 20 % et trois ou quatre autres partis flirtaient avec la barre des 10 %, sans pour autant l'atteindre. S'ils se confirment, ces chiffres signifieraient une formidable gifle à la fois pour les partis traditionnels et pour les tenants de l'idéologie laïciste emmenés par l'armée qui, depuis quelques années, tentent de « casser » les conservateurs islamisants, sans manifestement y parvenir.

Le désaveu pour les partis classiques est en tout cas flagrant : nul n'était en mesure de dire hier soir si l'une quelconque des formations traditionnelles serait en mesure de siéger au Parlement. Le seuil de 10 % des suffrages qui doit être obtenu au niveau national pour ce faire a visiblement joué le rôle d'un véritable couperet. A l'origine, il avait été établi pour empêcher un éventuel parti kurde d'arriver au Parlement : c'est aujourd'hui pratiquement tous les partis de Turquie qui pourraient se retrouver rejetés au dehors de la représentation nationale alors que, selon l'agence Anatolie, le Dehap (pro-kurde) pouvait se féliciter d'une « belle percée ». Les premières estimations lui donnaient quelque 6 % au lieu des 4,8 % de 1999.

Le désaveu populaire pour les partis de gouvernement trouve probablement son origine dans la crise. Déclenchée et entretenue par les maladresses du gouvernement sortant, la pire récession qu'ait connue le pays depuis 1945 a vu quelque deux millions de personnes mises à pied en dix-huit mois. La « sanction » électorale vaut également pour les milieux laïcistes, emmenés par les militaires. Depuis 1997, ces derniers ont juré de se débarrasser de l'islam politique et Recep Tayyip Erdogan était leur bête noire déclarée. Interdit de se présenter aux suffrages début octobre, le charismatique président de l'AKP et ancien maire d'Istanbul savoure probablement sa revanche. Condamné à quatre mois de prison pour avoir récité un poème jugé « subversif » en 1999, il ne peut aujourd'hui espérer siéger au gouvernement, les ministres devant être députés.

L'inconnue d'aujourd'hui tourne autour des autres partis. A part le CHP, aucune des seize autres formations en lice n'est assurée de passer la barre des 10 % et il faudra probablement attendre le décompte final pour savoir si l'un de ces partis peut effectivement siéger à la chambre. Dans le cas contraire, toutes les voix comptabilisées sur ces petits partis seront réparties sur les deux formations restantes selon le « système d'Hondt », qui privilégie les meilleurs résultats. Au final, les islamistes modérés pourraient se retrouver avec une majorité à la chambre allant au-delà des deux tiers : de quoi modifier la Constitution, c'est-à-dire les assises mêmes du régime.

    

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