Questions à Sukru Sina Gurel* «Pour la Turquie, la stabilité de l'Irak est essentielle » Pierre Beylau LE POINT - 04/10/2002 LE POINT : La Turquie est-elle prête à suivre les Etats-Unis dans leur croisade contre l'Irak ? SUKRU SINA GUREL : La Turquie souhaite que toute action s'inscrive dans le cadre de la légitimité internationale incarnée par l'Onu. Lorsque j'ai rencontré le ministre irakien des Affaires étrangères, je lui ai dit que son pays devait se conformer sans délai aux résolutions des Nations unies. L'acceptation par Bagdad du retour des inspecteurs constitue une fenêtre d'opportunité pour s'assurer de l'élimination des armes de destruction massive. J'ai attiré l'attention de nos amis américains sur les conséquences que pourrait avoir une action militaire qui se situerait dans un processus hasardeux. Le problème d'un éventuel changement de régime en Irak est du ressort des seuls Irakiens. Pour la Turquie, la stabilité de l'Irak est essentielle. Le nord de l'Irak est une zone de non-droit qui abrite des bases terroristes. Cela concerne donc directement la sécurité de la Turquie. LE POINT : Certains semblent réticents à accepter la candidature de la Turquie à l'Union européenne... SUKRU SINA GUREL : La Turquie est un îlot de stabilité et de démocratie dans la région. Un refus de l'Europe de fixer une date pour le début des négociations d'adhésion provoquerait une immense déception dans mon pays. Certains redoutent que l'Union européenne ait un jour des frontières communes avec des pays du Moyen-Orient. Mais refuser notre entrée dans l'Europe, c'est prendre le risque de voir un jour la Turquie devenir à son tour un pays du Moyen-Orient *Ministre turc des Affaires étrangères |