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Öcalan échappe à la peine de mort

Eric Biegala
Le Figaro - 04/10/2002

 

La Cour de sûreté de Turquie a levé hier la condamnation à la peine capitale qui pesait sur l'ancien chef du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) Abdullah Öcalan. Le patron des rebelles kurdes avait été capturé en février 1999 au Kenya et condamné à mort quelques mois plus tard.

Selon l'agence officielle Anatolie, la peine capitale a été transformée en une peine de prison à vie, conformément à l'abolition de la peine de mort décidée par le Parlement en août dernier.

Brocardé comme « tueur d'enfant », « terroriste sanglant » ou « chef séparatiste », Abdullah Öcalan concentrait sur sa personne toutes les haines distillées par le régime. A la lutte armée – souvent particulièrement sauvage en effet – qu'il a menée pendant quinze ans dans le Kurdistan de Turquie, l'armée d'Ankara a répondu en conduisant des opérations de contre-guérilla sans merci. Plus de 3 000 villages kurdes ont ainsi été évacués et souvent détruits. Le conflit a fait au total quelque 32 000 victimes, les deux tiers dans les rangs du PKK.

Avec la peine de mort levée pour Öcalan, c'est aujourd'hui l'un des principaux repoussoirs du régime qui s'efface. Mais le sort du chef kurde était notoirement lié aux promesses de démocratisation faites à l'Union européenne (UE).

Reconnue comme candidate en 1999, la Turquie n'a pas encore commencé ses négociations d'adhésion proprement dites. Le train de réformes qu'elle s'était engagée à faire passer piétinait depuis le début de l'année 2001. L'abolition de la peine capitale mise à part, les autres mesures les plus controversées concernaient l'autorisation pour les Kurdes d'apprendre leur langue et de l'utiliser à la télévision.

Les amendements nécessaires ont pourtant finalement été votés dans la nuit du 2 au 3 août dernier, les pro-Européens du gouvernement Ecevit profitant d'une crise grave au sein de l'exécutif pour imposer au reste de la classe politique turque ces réformes que personne ne se serait risqué à promouvoir quelques mois plus tôt. L'abolition de la peine capitale n'était d'ailleurs exigée par l'Union européenne qu'à l'horizon 2004, mais les échéances finissaient tout de même par se rapprocher. D'autant que les Turcs se sont donné pour objectif d'obtenir des Européens une date ferme pour entamer leurs pourparlers d'adhésion...

La diplomatie d'Ankara est d'ailleurs particulièrement active sur ce front, le ministre des Affaires étrangères, Sukrü Sina Gürel, parcourant l'Europe pour faire valoir cette revendication et tenter de convaincre les Quinze d'y souscrire à l'occasion du sommet de Copenhague en décembre.

Echéance intermédiaire, c'est mercredi prochain que la Commission européenne devrait publier son « rapport d'étape » annuel sur l'avancement des candidats à l'intégration, et notamment la Turquie. Le « timing » de la peine de substitution dont bénéficie l'ancien chef des rebelles kurdes à partir d'aujourd'hui était donc particulièrement important.

    

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