A Dietzenbach, Vecih Yasaner, candidat Vert, veut "donner un visage aux étrangers" Le Monde - 17/09/2002 Dietzenbach (Hesse) "Je suis la preuve vivante que l'Allemagne est un pays d'immigration." A 44 ans, Vecih Yasaner est l'un des rares candidats d'origine étrangère à se présenter aux élections législatives allemandes du 22 septembre. Inscrit en sixième position sur la liste des Verts du Land de Hesse, terre d'élection du charismatique ministre des affaires étrangères, Joschka Fischer, il ne se fait pourtant guère d'illusions sur ses chances d'accéder, dimanche prochain, au Bundestag. "Il faudrait pour cela que les Verts obtiennent sur la région plus de 10 %, ce qui est peu probable", admet-il. Au total, sur la vingtaine de candidats naturalisés présents dans la campagne, seuls deux ou trois semblent bien placés pour décrocher un siège. "Dans le Land voisin de Rhénanie-Westphalie, Bülent Arslan se retrouve en 45e position sur la liste CDU !", persifle Vecih Yasaner. Originaire d'Antakya (sud de la Turquie), il vit depuis vingt-six ans en Allemagne. Marié à une Berlinoise et père de trois filles, il a accédé à la nationalité allemande en 1996, "après de longues et pénibles démarches administratives". Un an plus tard, il devenait conseiller municipal de Dietzenbach, cité-dortoir de la banlieue de Francfort. "Je veux, dans cette campagne, donner un visage aux étrangers vivant en Allemagne", avance-t-il dans un allemand impeccable, juste teinté d'une pointe d'accent turc. Vecih Yasaner prend-il le contre-pied d'une croyance ancrée dans une partie de la population allemande ? En mars 2002, Edmund Stoiber, chef de file des conservateurs, affirmait que "l'Allemagne n'est pas un pays d'immigration classique". "Il est à côté des réalités, répond le candidat écologiste. Malgré 7,4 millions d'étrangers dont 2 millions de Turcs, le candidat CDU-CSU suit son électorat le plus droitier qui ne veut pas entendre parler des immigrés." Sur les panneaux électoraux de Dietzenbach, Vecih Yasaner affiche son léger sourire et sa moustache en bataille. Ici, depuis l'adoption, en 1999, de la nouvelle loi sur la nationalité, près de 3 500 immigrés de l'agglomération ont décroché la citoyenneté allemande, soit 10 % de la population totale de la ville. Plus de la moitié d'entre eux viennent de Turquie. "Mais Vecih Yasaner aura du mal à compter sur leurs voix", estime Welmer Hoch, conseiller municipal social-démocrate chargé des questions sociales. Ici, un tiers des électeurs d'origine turque de la ville vote en faveur des conservateurs. FAIBLE MOBILISATION Plutôt que du côté d'un hypothétique "vote immigré", c'est donc davantage chez les partisans des Verts et du SPD qu'il faut chercher son électorat. "A cela s'ajoute la traditionnelle faible mobilisation des électeurs d'origine étrangère. Ils ne seraient guère plus de 10 % à se déplacer dans les bureaux de vote en raison d'un réel désintérêt, auquel s'ajoute un sentiment diffus de méfiance envers la politique allemande", précise Welmer Hoch. Dans la cave du Café 33, situé en dessous du commissariat de police, Ramazan, jeune turc de 27 ans, est serveur à ses moments perdus. "Je suis né en Allemagne mais je veux garder la nationalité turque. J'aime ma culture sans pour autant être un nationaliste. Et pourquoi aller voter ? Ils sont tous pareils", lance-t-il. Vecih Yasaner ne répond pas. "Ici, j'ai beaucoup de droits, je me sens dans le système, poursuit Ramazan. Il n'y a que pour trouver du travail que les Allemands et les citoyens européens passent avant moi." "Le gouvernement de Gerhard Schröder a fait beaucoup en quatre ans, mais il faut aller plus loin dans la politique d'intégration", estime Vecih Yasaner. "Nous devons encore davantage faciliter les naturalisations et accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales", ajoute-t-il. Manifestement, l'immigration n'est pas devenue un thème majeur de la campagne pour ces législatives. Vecih Yasaner s'en réjouit au point qu'il ne désespère pas "d'immigrer un jour au Parlement de Berlin". |