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Mondial 2002 - Les Turcs à la poursuite de leur rêve

Le Monde du 22 juin 2002

 

Séduisants au niveau des compétitions de clubs, les joueurs veulent absolument prouver que leur équipe nationale peut se hausser au niveau des meilleures et se constituer un palmarès.

Installés à l'hôtel Riiga Royal de Sakai, dans la banlieue d'Osaka (Japon), les Turcs, vainqueurs des coorganisateurs mardi à Miyagi, se remettent de leurs émotions. Après les trous d'air subis par l'avion qui les a amenés de Corée -"Plus de 600 pieds en 20 secondes", confirme l'agent turc d'Interpol chargé de leur sécurité - et la victoire surprise contre le Japon (1-0), en huitièmes de finale, les joueurs sont enfin "relaxés et calmes", confirme un membre de l'encadrement. Avant l'orage : celui de la rencontre contre le Sénégal, samedi 22 juin, à Osaka, une équipe "physique" qui pourrait mettre à rude épreuve la défense des hommes de Senol Gunes.

Alors qu'elle n'en est qu'à sa seconde participation au Mondial depuis 1954, la Turquie a créé la surprise en se qualifiant pour les quarts de finale : ses premiers matches avaient paru plutôt mous. Les Ottomans s'étaient inclinés (1-2) contre le Brésil, avaient fait match nul avec le Costa Rica (1-1) puis gagné (3-0) face à la Chine. C'est une meilleure différence de buts qui leur a permis de finir deuxièmes du groupe C.

Pourtant, l'équipe de Senol Gunes, qui rencontre le Sénégal, n'est pas exactement née de la dernière pluie : depuis leur première qualification pour le championnat d'Europe en 1996, les Turcs n'ont cessé de progresser sur la scène mondiale. Ils l'ont fait discrètement, à l'ombre des grandes équipes, et leur performance d'aujourd'hui apparaît d'autant plus solide qu'elle est loin d'être un accident.

En 2000, la Turquie atteint les quarts de finale du championnat d'Europe, avant d'être éliminée (0-2) par le Portugal. Or la même année, le club stambouliote de Galatasaray emporte la Coupe de l'UEFA face à l'Arsenal (0-0, 4-3 t.a.b.), puis bat le Real Madrid au but en or (2-1) lors de la Supercoupe d'Europe. Or la plupart des joueurs sélectionnés par Senol Gunes jouent, ou ont joué, dans le célèbre club d'Istanbul, dont le stade du quartier de Ali Sami Yen est surnommé "l'enfer" par ses supporteurs. C'est le cas de huit des joueurs choisis pour affronter le Japon, du vétéran Hakan Sukur, alias le "taureau du Bosphore", qui joue désormais à Parme, à Hasan Sas, l'homme du match contre la Chine, en passant par l'attaquant Umit Davala, qui a marqué mardi contre le Japon.

Tout comme le Bayern Munich du début des années 1970 avait servi d'ossature à l'équipe d'Allemagne victorieuse du Mondial de 1974, les hommes de Galatasaray se connaissent et, pour certains, jouent ensemble depuis treize ans. "L'équipe turque continue sur la lancée initiée il y a deux ans. Bien sûr, il y a à la base le Galatasaray, et le nom du club, mais il faut penser avant tout à l'équipe nationale, aux joueurs et à leurs entraîneurs", a expliqué Senol Gunes.

Jusqu'à présent, l'ancien gardien de but de Trabzonspor n'a pas eu à se plaindre de la cohésion de son équipe. Il a maintenu une défense solide - dont les Brésiliens ont toutefois montré les limites - et une force de frappe sans pareille sur les deux ailes. Mais cet édifice présente aussi des failles.

La presse turque s'est ainsi fait l'écho de la frustration du capitaine Hakan Sukur, qui accuse ses coéquipiers de ne penser qu'à eux. Le "taureau du Bosphore", qui n'a toujours pas marqué un but, a donné l'impression d'avoir été en retrait face à des partenaires plus entreprenants. "Regardez cette équipe : les milieux de terrain ne pensent qu'à eux. Ils jouent pour se montrer, pour focaliser l'attention des recruteurs. Comment pourrais-je marquer puisque je ne reçois jamais le ballon ?", a-t-il déclaré au quotidien Hurriyet. Et puis, les premiers pas quelque peu chancelants de la Turquie au début de ce Mondial ont suffi pour que la presse turque se déchaîne. "A ce moment, tout le monde en Turquie pensait que les joueurs étaient les plus mauvais du monde, explique le journaliste Erce Kaftan, de Kanal D. Depuis la victoire contre le Japon, ça a changé, la surprise a été énorme pour tout le monde." En mal de reconnaissance mondiale mais aussi dans son propre pays, l'équipe turque veut à tout prix atteindre les demi-finales de la Coupe du monde, histoire de se réconcilier définitivement avec elle-même.

Brice Pedroletti (à Osaka)

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