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Ataturquie

A TA TURQUIE, Association socio-culturelle

REPERES SUR LA TURQUIE

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Repères sur la Turquie
(Par Murat V. ERPUYAN)


Survol historique

    Les Turcs sont originaires d'Asie centrale (actuels Kazakhistan, Ouzbékistan, Turkménistan), en majorité des nomades. Après quelques siècles de déplacement vers l'Est (Chine), ils changent de direction et commencent à émigrer vers l'Ouest. Et au début du 7ème siècle ils font connaissance avec les arabes au moment où la civilisation arabo-musulmane est à son apogée. Devant l'ampleur et la grandeur de celle-ci, ils adoptent la religion musulmane. A partir du 12ème siècle, ils pénètrent en Anatolie. Le premier état turc d'Anatolie est fondé par les Seldjoukides. A la dislocation de celui-ci, un de ses états fédéraux, les Ottomans, prennent le relais. L'apogée ottomane commence et prend de l'ampleur avec la prise de Constantinople en 1453 par Mehmet le Conquérant. Cette ville devient la capitale de l'Empire et désormais, elle est appelée Istanbul. Quand on arrive à l'époque de Soliman le Magnifique (les Turcs  l'appellent Soliman le Législateur) l'empire devient la première puissance mondiale et atteint ses limites territoriales. En effet, l'ensemble de l'Anatolie, l'Irak, la Syrie, le Liban, une grande partie de la péninsule arabe, l'Egypte, la Libye, la Tunisie, l'Algérie font partie de l'Empire. La Méditerranée est considérée comme un lac ottoman et la Sublime porte règne dans une grande partie de l'Europe : le Nord de la Mer Noire (une partie de la Russie), la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce, la Yougoslavie, une partie de la Hongrie et de l'Autriche.

    Ainsi, l'Empire ottoman est un pays multiculturel, multiracial. Sous sa domination, de multiples religions et langues coexistent. Si les sultans ont progressé en Europe, c'est parce qu'ils ont apporté une certaine paix (pax ottoman) et parce que les Européens étaient perdus dans leur conflit interne. rappelons que les Byzantins préféraient voir les Turcs à la place des Croisés.

    Il faut absolument souligner que les Ottomans n'imposaient pas leur religion ni leur langue quand un territoire était conquis. En Europe, l'église devenait un interlocuteur privilégié des autorités ottomanes et avait la charge de protéger les droits des chrétiens. C'est la raison essentielle qui explique la paix ottomane. D'autant plus que par l'intermédiaire de l'armée des janissaires, les sujets ottomans d'origine non musulmane pouvaient accéder aux postes suprêmes de l'Etat. En effet, chaque famille chrétienne cédait un fils aux autorités ottomanes qui à l'âge de 5-7 ans envoyé auprès du paysan anatolien pour subir sa conversion à l'Islam. A l'âge adulte, il intégrait l'armée des janissaires et ses talents et ses capacités pouvaient le conduire jusqu'au poste de Grand Vizir (deuxième personnage de l'état). Par exemple, Sokollu qui était le Grand Vizir de Soliman, a su préserver l'unité de l'Empire à la mort du Sultan. Par ailleurs le grand architecte Sinan n'était pas non plus d'origine turque.

    Dans ce contexte, la culture ottomane devenait le centre d'une synthèse de toutes les connaissances et accumulations passées et portait en elle en quelque sorte, la continuité des cultures précédentes. Ainsi, les Turcs qui ont sans doute appris l'utilisation de l'huile d'olive quand ils sont arrivés sur les côtes égéennes, ont su élaborer une cuisine raffinée. Curieusement, aujourd'hui en Grèce, la majorité des plats ont des appellations en langue turque. Par ailleurs, l'architecture ottomane prend pour modèle Sainte-Sophie (encore une preuve de la volonté de continuité) et donne des mosquées aux coupoles de plus en plus larges tenues par des piliers de plus ne plus fins à l'opposé de l'architecture arabo-musulmane.

    La ville de Vienne devient une obsession chez les Ottomans et la deuxième tentative s'achève avec un échec. On peut considérer que le recul commence à partir de cette date. La Révolution française propageant les concepts de nation et de peuple renforce le désir d'indépendance. Ainsi, les pays sous domination ottomane obtiennent, les uns après les autres, leur indépendance. Une autre explication du déclin réside dans le décalage économique entre les deux parties en conséquence de la révolution industrielle. En effet, le contrôle total par les TUrcs de la route de la soie et le départ vers l'Occident d'un certain nombre d'hommes de science après la conquête de Constantinople ont fait naître en Europe, le besoin d'accéder à l'Orient sans passer par l'Anatolie. D'où la découverte de l'Amérique, d'où les débuts de la révolution industrielle. Malgré le fait que le Sultan avait le titre de Calif, même les peuples arabes se révoltent contre les Ottomans soutenus par les Anglais. L'Empire ottoman devient l'homme malade de l'Europe et prend part à la Première guerre mondiale aux côtés des Allemands. Finalement, il est vaincu, Istanbul et la majorité du territoire anatolien se trouvent occupés par les vainqueurs.

L'ère républicaine : mutation d'un peuple

    Un général, Mustafa Kemal, qui a su bloquer aux Dardanelles les forces alliées en 1915, n'acceptant pas la défaite , gagne l'Anatolie et convoque une Assemblée nationale à Ankara. Malgré les conditions extrêmement difficiles, il gagne la guerre d'indépendance.

    Bien que la guerre soit lancée contre les occidentaux, Mustafa Kemal entame une grande opération d'occidentalisation du pays, puisque l'Occident représente la civilisation contemporaine (le retard à combler). Au nom de cette expression neutre mais progressiste, la Turquie connaît une période unique et sans précédent dans l'histoire durant laquelle la société turque subit une transformation et une mutation radicales. Malgré le peuple, mais pour le peuple, guidé par cette devise, Mustafa Kemal et ses compagnons terminent avec la loi religieuse (charia) et dans l'impatience, on adopte les codes européens en les traduisant. Ainsi, le Code civil suisse oblige les Turcs à abandonner la polygamie et à se marier à la mairie du fait que le mariage religieux n'a aucune valeur juridique. L'égalité entre l'homme et la femme est reconnue. Bien que le Code civil suisse ne le prévoyait pas, la femme turque trouve le droit de vote et l'éligibilité en 1934 avant la quasi-majorité des pays européens. L'école devient le fer de lance des valeurs républicaines et devient obligatoire pour tout enfant pour une période de cinq ans. Faut-il souligner que l'école est mixte ! Dans la foulée, on adopte l'alphabet latin au prix de quelques modifications, renvoyant l'écriture arabe aux oubliettes tout en prenant le risque de rompre le lien avec le passé épistolaire. Il est vrai que l'alphabet arabe n'était pas compatible avec la langue turque basée sur des règles phonétiques.

    Les réformes succèdent les unes aux autres, ainsi, le jour férié dans la semaine, en conformité avec la civilisation contemporaine, devient le dimanche (au lieu du vendredi). On remplace les anciennes mesures par la mesure kilométrique. La réforme de l'habillement interdit le port du fez et du chador et suggère un habillement à l'occidentale. Quand les détracteurs de Mustafa Kemal, l'accusent de combattre la religion du fait qu'en conséquence de cette réforme, on ne pouvait mettre le front par terre lors de la prière en raison du port du chapeau ; la sagesse populaire trouvant ses solutions, le paysan turc adopte une casquette dont la visière va sur la nuque quand il s'agit de faire sa prière.

    L'une des dernières réformes, celle sur les patronymes exige de la population d'avoir un nom de famille et la Parlement à titre d'exemple donne le nom d'Atatürk à Mustafa Kemal et Inönü au général Ismet.

    En plus de la fête nationale le 29 octobre (c'est le 29.10.1923 que la République est proclamée), trois fêtes nationales prennent place dans le calendrier :

    - le 23 avril est la Fête de l'enfant (le 23.04.1920) est la date à laquelle la Grande Assemblée s'est réunie à Ankara, en vue de la préparation de la guerre d'indépendance. Lors de la Fête de l'enfant (la première et l'unique au plan mondial), on organise des festivités au sein des établissement scolaires, les enfants deviennent symboliquement ministre, parlementaire, préfet, maire...

    - le 19 mai est la Fête de la jeunesse (le 19.05.1919, Mustafa Kemal débarque à Samsun en quittant Istanbul, c'est le début de l'insurrection contre les occupants). Les élèves des collèges et les lycéens défilent, organisent des festivités.

    - le 30 août est la Fête de gloire dédiée à l'armée, journée de célébration de la victoire sur les occupants le 30.08.1922.

    Atatürk a su même mourir à temps (10.11.1938) avant que son pouvoir ne s'effrite dans le temps tout en restant le symbole du sauveur auprès de ses compatriotes.

    Par la suite, Ismet Inönü, fidèle compagnon d'Atatürk, fin diplomate qui a négocié et signé le traité de Lausanne en 1924 (reconnaissance par l'Occident de la République turque) a pris le relais. Il a le grand mérite d'écarter la Turquie de la deuxième guerre mondiale en préservant une neutralité positive. Il a facilité grandement le passage à la démocratie après 1945, autorisant d'autres partis à mener une activité politique et il joué un grand rôle jusqu'à sa mort dans les années soixante-dix.

    Quand Staline réclame des droits en ce qui concerne le passage par le Bosphore et les Dardanelles, la Turquie quittant sa position de pays non aligné, se rapproche de l'Occident, devient ainsi membre de l'OTAN et membre fondateur du Conseil d'Europe. Le rapprochement avec les Etats-Unis se traduit par l'installation des bases militaires américaines un peu partout en Anatolie faisant du pays le gendarme de l'Occident face à l'URSS.

Place de la Turquie dans le nouvel ordre mondial

    Dans les années soixante, la Turquie connaît une période économique marquée par une forte croissance sous la direction des partis conservateurs, pourtant cette croissance reste insuffisante devant la progression rapide de la démographie. Dès le début des années soixante, la Turquie exporte sa main-d'oeuvre essentiellement vers l'Allemagne.

    Chaque fois que la situation économique ne satisfait pas la population, quand le partage de la croissance économique bascule d'une manière accablante en faveur d'une couche sociale, la Turquie connaît des périodes chaotiques. Les pouvoirs conservateurs ne respectant pas les règles démocratiques, bloquent la vie sociale et l'armée intervient en arbitre du dernier ressort conformément à la tradition (dans toute l'histoire turque l'armée a joué un rôle prépondérant et se considère dans l'ère républicaine gardienne des valeurs kémalistes). Ainsi en 1960, en 1971 et 1980 l'armée intervient puis regagne les casernes. En 1960, l'intervention peut se qualifier de progressiste du fait qu'elle donne naissance à une constitution soucieuse de la démocratie, imposant à l'Etat un devoir social garant de la paix interne. Par contre, après une période d'extrême chaos, avec l'intervention de 1980 se traduit par un conservatisme en opposition avec les règles démocratiques aboutissant dans les années 90 à la montée du fondamentalisme religieux en opposition avec la laïcité et l'émergence de la question kurde.

    La Turquie occupe une position géo-politique d'une importance capitale. Quand l'URSS s'effondre, le rôle de gendarme de l'Occident confié à la Turquie s'estompe. On remarque qu'elle n'a rien perdu de sa position stratégique puisqu'elle se situe entre l'Europe (et notamment dans les Balkans) le Moyen-Orient et l'Asie centrale. Les pays turcophones fraîchement indépendants constituent un espace nouveau pour la Turquie. La guerre du Golfe et la volonté expansionniste basée sur la religion de l'Iran constituent des preuves pour l'importance géo-politique de l'Anatolie.

    La Turquie est membre associé de l'Union européenne conformément au traité d'Ankara de 1964. En réalité, ce traité prévoyait une adhésion définitive après une période de trente années permettant l'adaptation et l'harmonisation du pays avec l'Union. Aujourd'hui l'Europe ne peut pas refuser la demande d'adhésion formulée en 1987 par Ankara mais n'a pas non plus la volonté de l'intégrer pour de multiples raisons. Bien que des difficultés notamment d'ordre économique existent, cette adhésion pourrait renforcer la démocratie en Turquie. Par ailleurs, elle prouverait que l'Europe n'est pas un club de riches et de chrétiens.

Le Turc est membre d'un peuple issu d'un long brassage culturel

    Qui est Turc ? Question à laquelle il est difficile de répondre, puisque la population anatolienne est issue d'un brassage millénaire enrichie des apports extérieurs lors de l'expansion ottomane.

    Aujourd'hui, bien que la population est à 99 % musulmane, elle témoigne d'une hétérogénéité bien complexe en raison de la coexistence des peuples d'origines diverses.

    Ce brassage, cet héritage des cultures anatoliennes, cette accumulation de savoir-faire et cette terre de passage pour la plupart des grandes civilisations qui ont marqué l'histoire, constitue une extraordinaire richesse et offre une mosaïque humaine.

    Malgré les déchirures fréquentes et querelles intestines chauvines, l'anatolien est un êtres tolérant et a donné naissance à Yunus Emre (troubadour et grand humaniste), à Mevlana (l'homme de religion prêchant la tolérance et bannissant la peur de l'autrui), à Nasreddin Hoca (personnage probablement fictif reflétant l'humour du peuple à travers les petites histoires et anecdotes), à Sinan (grand architecte d'origine grecque de l'empire ottoman), à Karagöz et Hacivat (personnages de théâtre d'ombre), à Nazim Hikmet (poète), à Yasar Kemal (écrivain)...

    Il faut tout de même souligner que cette diversité enrichissante est une carte à jouer dans les mains des concurrents de la Turquie. Hier, la question arménienne, aujourd'hui le problème kurde, trouvent leur raison d'existence non seulement dans les querelles internes du pays mais s'expliquent également par les enjeux externes...   

   

 

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