Poli, polyglotte et polyvalent: le chauffeur de taxi turc idéal ISTANBUL, (AFP - 10/09/2003) - Poli, polyglotte et polyvalent: c'est ainsi que l'Institut Turc des Standards (TSE) a défini dans un "code de bonne conduite" édité récemment le profil idéal du chauffeur de taxi turc, plutôt réputé pour être un cow-boy du macadam.
"Le chauffeur de taxi doit être poli, savoir parler une langue étrangère si possible et proposer un parapluie au client si nécessaire", recommande notamment le TSE. Parmi les mesures proposées figurent le bannissement d'une musique "dérangeante", la connaissance des gestes de premier secours, d'un minimum d'arithmétique et de la topographie de la ville. Souvent critiqué pour rouler à une vitesse excessive et fumer au volant, le chauffeur de taxi d'Istanbul a surtout du mal à s'orienter dans sa ville. "Parfois le touriste lui-même nous guide car il sait mieux lire le plan de la ville que nous!", confirme à l'AFP Ihsan Aknur, autoproclamé "meilleur chauffeur de taxi" sur son site internet. "Conduire dans Istanbul est difficile à cause de la circulation, des travaux, et de l'état des routes": il faudrait s'occuper de ces problèmes avant de nous demander de faire le portier", ironise Ahmet Kizilkaya, 35 ans, lui aussi chauffeur de taxi à Istanbul. Ce code de bonne conduite, dont les intéressés ne connaissent pas encore le mode d'application, sera difficile à mettre en place tant car il n'existe pas d'organisme officiel pour la formation des 17.416 chauffeurs de taxi, officiellement déclarés à Istanbul (principale métropole du pays avec près de 15 millions d'habitants). "Il n'y a même pas d'école pour devenir chauffeur", regrette Yasar Dincer, 28 ans, dont le taxi flambant neuf est équipé de la climatisation. "Pour obtenir son permis de conduire, il suffit de payer", ajoute-t-il. Il n'est un secret pour personne que certains chauffeurs ne disposent parfois même pas de permis, empruntant la voiture d'un ami pour arrondir leur fin de mois, d'autres utilisant leur voiture personnelle pour des courses clandestines. Le TSE demande que les chauffeurs soient rasés de frais, qu'ils demandent à leurs clients si la cigarette ne les dérange pas, mais aussi qu'ils sachent se servir de leur cric pour changer une roue. Ihsan Akhnur reconnaît l'attitude parfois irrespectueuse des chauffeurs de taxi envers leurs clients. "Les chauffeurs ne se rasent pas toujours, ils parlent mal même parfois le turc, ont des voitures sales, bref, manque de respect au client", dit-il. Pour sa part, il a pris des cours d'anglais pour comprendre les touristes et il conserve un parapluie dans le coffre de son véhicule. Pour Ahmet, le "coup du parapluie" est "amusant" car protéger le client jusqu'à sa porte "risquerait de bloquer la circulation". Organisme d'état, l'Institut turc des standards définit des critères de standardisation de "tous produits et services" et en fait la suggestion aux ministères concernés qui décident de leur application. Selon l'association des artisans chauffeurs d'Istanbul (IESOB), qui reconnaît avoir à faire à de "nombreuses" plaintes de clients, les normes du TSE ne répondent pas aux vrais problèmes de la profession, à savoir le faible niveau de revenus, la qualité des voies publiques et les travaux qui ralentissent la circulation. "On a beau leur demander de faire attention à leur conduite, ils se moquent du client!", se plaint Didem, 23 ans, cliente quotidienne pour aller à l'université, déplorant également un "sérieux défaut d'hygiène" dans les célèbres voitures jaunes. |