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IMMIGRATION

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Double peine : histoire d'une "campagne" et d'une "conversion"


PARIS, 30 avr (AFP)
- "Au début, personne n'y croyait, même pas Tavernier", raconte Bernard Bolze, coordinateur de la "Campagne contre la double peine", après l'adoption en conseil des ministres de la loi sur l'immigration qui réduit largement le risque d'expulsion d'étrangers sortant de prison.

Plus de vingt ans de bataille, commencée avec la grève de la faim à Lyon en avril 1981 du père Christian Delorme et du pasteur Jean Costil, membre de la Cimade (Conseil oecuménique d'entraide), et "à un moment, on ne sait pas trop pourquoi, ça marche", dit-il.

Il évoque "une alchimie entre plusieurs ingrédients" : le renversement de l'opinion publique sur ce sujet difficile, le soutien de personnalités du monde culturel comme le cinéaste Bertrand Tavernier, le travail sur "la communication" pour donner chair aux dossiers et... la "conversion" du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

"Au début, le slogan, c'était : immigration + délinquance = expulsion", raconte Bernard Bolze, "cela ne faisait frémir personne, les gens étaient plutôt d'accord".

Alors, la "campagne" lancée en septembre 2001 par une trentaine d'associations, pour laquelle a été recruté Bernard Bolze, fondateur en France de l'Observatoire international des prisons (OIP), a utilisé les services d'un studio de création graphique professionnel.

Le logo très simple, "Une peine./" (une peine point barre), a été accompagné d'un court texte : "plusieurs milliers de personnes de nationalité étrangère, mais dont l'essentiel de la vie est en France, sont contraintes chaque année à quitter le territoire français après avoir accompli une peine consécutive à une condamnation (...) Elles ne connaissent habituellement pas le pays dont elles ont la nationalité".

La rencontre avec Tavernier a été décisive. "Sans son film, +Histoire de vies brisées+, on se serait privé d'avocat, mais sans notre campagne, le film ne serait resté qu'une semaine à l'affiche", dit Bernard Bolze.

Le film a été présenté, depuis novembre 2001, dans deux cents villes de France avant une projection lors d'un meeting décisif au Zénith, en octobre 2002, marquée par l'annonce, par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, de l'ouverture d'un débat sur la double peine.

Pendant un an, la "campagne" a rendu publique une centaine de "cas", "des récits neutres, sans jugement de valeur", illustrant, mieux que tout discours, le destin tragique de ces condamnés à l'exil et les conséquences pour leur famille.

"Tous les jours, on obtenait des assignations à résidence du ministère de l'Intérieur, parfois au dernier moment", raconte Bernard Bolze. Ainsi, le 2 avril, il a rendez-vous avec le ministre à 18H30. Il donne le nom d'un étranger qui doit être embarqué à 20H00 le même soir. "On a réussi à le faire descendre de l'avion", dit-il.

La "campagne" va continuer, sans lui, puisque son contrat s'achève en juin, mais avec un projet, lancer la bataille au niveau européen pour l'instauration d'une "sécurité de résidence" pour les étrangers.

    

 

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