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Chypre : Recep Tayyip Erdogan affiche sa volonté de négocier

Nicole Pope
Le Monde - 05/01/2003

 

"Je ne suis pas favorable à la poursuite de la politique menée depuis trente à quarante ans", a déclaré le chef de l'AKP, le parti au pouvoir en Turquie. Au sein de l'appareil étatique turc et de l'armée, de nombreux faucons continuent de percevoir Chypre comme une "cause nationale" et refusent tout compromis.

Recep Tayyip Erdogan, le chef du parti au pouvoir en Turquie, a finalement donné libre cours à sa frustration et publiquement réprimandé le dirigeant chypriote turc, Rauf Denktas, pour sa réticence à accepter le plan soumis par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, comme base de négociation pour la réunification de l'île méditerranéenne. "Je ne suis pas favorable à la poursuite de la politique menée sur Chypre depuis trente à quarante ans. Nous ferons ce qui nous incombe,a déclaré M. Erdogan le 2 janvier. Chypre n'est pas l'affaire personnelle de M. Denktas. Si nous pensons que c'est négociable, alors négocions."

Le défi lancé par le chef de file du Parti de la justice et du développement (AKP), vainqueur des élections du 3 novembre, ne s'adressait pas seulement au leader chypriote turc. Au sein de l'appareil étatique turc et de l'armée, de nombreux faucons continuent de percevoir Chypre comme une "cause nationale" et refusent tout compromis. A l'instar de l'ancien premier ministre Bülent Ecevit, ou de M. Denktas, ils estiment que "le problème de Chypre a été résolu en 1974", avec l'intervention militaire turque.

Malgré le manque d'empressement évident du vétéran chypriote, qui est âgé de 78 ans et a récemment subi deux opérations cardiaques, le porte-parole de la présidence avait néanmoins déclaré le 18 décembre, après une rencontre entre M. Denktas et le président turc, Ahmet Necdet Sezer, qu'Ankara soutenait pleinement sa position. Le Conseil national de sécurité, tout en se déclarant en faveur de la poursuite des négociations, avait également appuyé M. Denktas.

SEMAINES DÉTERMINANTES

Les Européens ont déjà indiqué qu'avec ou sans réunification Chypre serait acceptée au sein de l'Union européenne, une décision qu'Ankara avait rejetée par le biais d'un communiqué du ministère des affaires étrangères, publié le 18 décembre, qui affirmait que "la Turquie n'accepte ni légalement ni politiquement la décision du sommet européen de Copenhague au sujet de Chypre".

Selon le ministère turc des affaires étrangères, les récentes déclarations de M. Erdogan n'indiquent pas un changement de politique. Ankara a toujours défendu la poursuite des pourparlers, précise-t-il. Mais le nouveau gouvernement aborde la question avec une attitude plus flexible et une réelle volonté d'arriver à un accord qui semble avoir convaincu le côté grec.

M. Erdogan a toutefois indiqué que son intention n'était pas d'accepter en bloc le projet de l'ONU. "Nous n'avons jamais défendu la carte [la division du territoire] du plan Annan. Nous ne l'avons jamais acceptée. La seule chose que nous défendons fermement est que les négociations continuent."

Les semaines à venir vont être déterminantes. La colère des Turcs chypriotes, qui sont descendus dans la rue pour demander la démission de M. Denktas, a déjà apporté de l'eau au moulin de M. Erdogan et du gouvernement. "Si 30 000 personnes manifestent en même temps au nord de Chypre, cela veut dire qu'il se passe quelque chose, a déclaré M. Erdogan. Nous devons penser sérieusement à cela. Si une décision n'émerge pas d'ici au 28 février, les choses vont être beaucoup plus difficiles." Dans les médias turcs, qui ont désormais ouvert le débat sur Chypre, un changement d'attitude est perceptible et de nombreux commentaires dépeignent M. Denktas comme un dirigeant vieillissant, isolé de son public. "Les Chypriotes ne font plus confiance à Denktas, ils veulent une solution et ils ne veulent pas attendre la Turquie pour pouvoir entrer dans l'Union européenne", déclarait le commentateur d'origine turque chypriote Metin Münir dans le quotidien Sabah.

       

 

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